FEM : quand l’eau redessine les stratégies du Maroc

Face au stress hydrique et au changement climatique, l’eau n’est plus seulement un enjeu environnemental, mais un levier économique et géopolitique. Un récent rapport du Forum économique mondial éclaire la manière dont le Maroc s’inscrit dans cette nouvelle bataille mondiale, où les infrastructures hydriques deviennent un facteur clé de résilience, de croissance et de souveraineté.

Longtemps considérée comme une contrainte naturelle, l’eau s’impose désormais comme un actif stratégique majeur, au même titre que l’énergie ou les infrastructures de transport. C’est l’un des messages centraux du dernier rapport du Forum économique mondial (FEM), « Bridging the €6.5 Trillion Water Infrastructure Gap » . À travers ce diagnostic mondial, le Maroc apparaît, explicitement et en filigrane, comme l’un des pays les plus directement concernés par cette recomposition stratégique.

Le rapport dresse un constat sans appel : d’ici à 2040, le monde devra investir 11.400 milliards d’euros dans les infrastructures hydriques pour garantir l’accès, la résilience et la durabilité des systèmes d’eau et d’assainissement. Or, au rythme actuel, un déficit de financement de 6.500 milliards d’euros persiste, exposant les économies à des risques sociaux, climatiques et macroéconomiques croissants. Pour les régions arides et semi-arides, dont fait partie l’Afrique du Nord, l’enjeu est encore plus critique.

Dans ce contexte, le Maroc se distingue par son positionnement précoce sur des solutions structurantes. Le rapport du FEM cite notamment la station de dessalement « verte » de Casablanca comme exemple emblématique de nouvelle génération d’infrastructures hydriques. Alimentée exclusivement par de l’énergie éolienne, cette installation d’une capacité annuelle de 300 millions de mètres cubes est conçue pour répondre à la fois aux besoins en eau potable de plusieurs millions d’habitants et à l’irrigation agricole, tout en réduisant fortement l’empreinte carbone du dessalement.

Au-delà de ce projet précis, le cas marocain illustre une tendance plus large mise en avant par le FEM : l’eau n’est plus seulement un service public, mais un levier de souveraineté économique et de stabilité sociale. Le rapport souligne que chaque euro investi dans les infrastructures de l’eau génère en moyenne 1,3 euro de PIB et crée davantage d’emplois que des secteurs traditionnellement considérés comme prioritaires, tels que l’énergie ou les télécommunications. Pour un pays confronté à une pression hydrique structurelle, ces investissements deviennent un facteur de compétitivité à long terme.

Autre enseignement clé : la résilience hydrique repose de plus en plus sur la diversification des sources. Dessalement, réutilisation des eaux usées, efficacité des réseaux et innovation technologique sont présentés comme des piliers indissociables. Sur ce terrain, le Maroc coche plusieurs cases stratégiques, en intégrant les énergies renouvelables, en modernisant ses infrastructures et en attirant des partenariats public-privé de grande envergure.

En filigrane, le rapport du FEM envoie un message clair : dans un monde marqué par le changement climatique et la raréfaction des ressources, l’eau devient un actif économique stratégique, au cœur des politiques de croissance et de résilience. Pour le Maroc, l’enjeu n’est plus seulement de gérer la pénurie, mais de transformer la contrainte hydrique en avantage structurel, capable de sécuriser son développement et de renforcer son attractivité à long terme.

Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc