Il dirigeait un réseau normand brassant des millions d’euros : comment les enquêteurs ont fait tomber ce baron de la drogue

Cet automne, les services de la JIRS (juridiction interrégionale spécialisée) de Lille, experts en matière de criminalité organisée, ont permis la mise en examen d’un ressortissant marocain, selon un communiqué publié ce lundi 22 décembre. L’individu était à la tête d’un réseau de narcotrafic rouennais. Récit d’une enquête internationale, qui aura duré plus de trois ans.

Tout commence en mars 2022 par une banale enquête préliminaire ouverte par la police judiciaire de Rouen, pour des faits d’importation et de revente de cannabis et de cocaïne.

À ce moment-là, les enquêteurs n’ont pas encore conscience de l’ampleur du trafic qu’ils viennent de mettre, en partie, au jour.

Un réseau de stupéfiants entre Le Havre et Rouen

Un magistrat instructeur rouennais se saisit de l’affaire mais très vite, voyant la dimension internationale de ce réseau de drogues, il choisit de transférer le dossier à la JIRS de Lille, plus compétente en matière de criminalité organisée.

Fin 2022, selon un communiqué publié ce lundi 22 décembre par le procureur de Lille, les premiers éléments de l’instruction permettent « d’identifier un réseau de narcotrafiquants rouennais, s’appuyant notamment sur les informations et services de dockers du Havre, et de Moulineaux (commune proche de Rouen) » .

1,5 tonne de cocaïne saisie

Résultat : au cours de l’année 2023, les enquêteurs parviennent à réaliser plusieurs saisies : en tout, plus d’1,5 tonne de cocaïne, retrouvée dans des conteneurs à leur arrivée au Havre, ou bien larguée en mer par ballots selon la technique du « drop-off » .

Des coups de filet durant lesquels les services de police réalisent plusieurs interpellations. À l’issue des gardes à vue, neuf personnes sont mises en examen. Et notamment trois dockers du Havre, placés sous contrôle judiciaire, « avec interdiction d’exercer la profession de docker » , précise le procureur de Lille.

Un baron de la drogue interpellé au Maroc

Grâce à ces auditions, les enquêteurs de la JIRS de Lille sont parvenus à remonter toute la filière, et identifier la potentielle tête pensante de ce gigantesque réseau normand. Cet individu était ainsi localisé à Casablanca, au Maroc, en 2024.

Il était suspecté d’avoir organisé toutes les importations, par route ou par mer, notamment de la résine de cannabis et de l’herbe de cannabis depuis le Maroc, et de la cocaïne depuis la Colombie et vers les ports du Havre, de Moulineaux et de Dunkerque.

Procureur de la République de Lille

Un baron de la drogue qui semblait aussi avoir des liens avec le narcotrafic marseillais. Selon les enquêteurs, le réseau dirigé par ce ressortissant marocain serait estimé à plusieurs millions d’euros.

Interpellé en février 2025 à Casablanca, au Maroc, il a été remis aux autorités françaises le 23 septembre dernier, et mis en examen le lendemain. « Importation de stupéfiants » , « association de malfaiteurs » et « corruption » Les chefs d’inculpation sont nombreux au vu de l’envergure internationale ce caïd de la drogue :

– Direction de groupement ayant pour objet une activité illicite liée aux stupéfiants

– Importation de stupéfiants en bande organisée

– Association de malfaiteurs

– Blanchiment aggravé

– Corruption (notamment de dockers)

À ce jour, le réseau a donc été en grande partie démantelé, mais l’instruction est toujours en cours. C’est notamment pour cette raison que le nom du chef de ce narcotrafic n’est pour l’heure pas communiqué.

L’enquête de la JIRS de Lille continue donc son cours afin d’identifier et neutraliser le reste de la hiérarchie à la tête de ce réseau. Pour l’heure, aucune date de procès n’a donc été donnée.

Une coopération des services de police européens

Mais si une telle audience devait un jour avoir lieu, elle pourrait permettre à la Justice de mettre au jour les agissements de toute une filière normande de trafiquants de drogue, en présence de relais locaux, mais aussi, et c’est assez rare pour être souligné, de « gros bonnets » .

Ces donneurs d’ordre souvent exilés à l’étranger et donc difficiles à atteindre. Comme ce fut le cas pour « Bibi » , Abdelkadder Bouguettaia, caïd havrais longtemps exilé à Dubaï et jugé à Lille en ce mois de décembre 2025.

Source de l’article : France 3 Régions