Secteur du médicament : une ONG dénonce une « régression alarmante » de la souveraineté sanitaire au Maroc
Le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et du droit à la vie a exprimé sa vive inquiétude face aux conclusions du dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) consacré aux outils de régulation pharmaceutique, pointant de graves dysfonctionnements au niveau de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé.
Le Réseau affirme en ce sens que le rapport de l’OMS met en évidence un échec du Maroc à atteindre le « niveau de maturité 3 » , seuil international de référence en matière de régulation des médicaments et des vaccins. Pire encore, le Royaume aurait vu son classement reculer à l’échelle africaine, malgré les investissements consentis dans ce secteur stratégique, le plaçant en dehors du cercle des pays de référence en matière de production et de régulation pharmaceutiques.
Pour l’ONG, cette situation ne relève pas d’un simple dysfonctionnement technique, mais traduit un échec structurel de la politique nationale du médicament, marqué notamment par une gouvernance défaillante, une perte d’indépendance décisionnelle et une influence excessive de certains lobbies économiques.
Le Réseau dénonce en particulier la cherté persistante des médicaments, dont les prix dépasseraient, pour certains produits, jusqu’à dix fois ceux pratiqués dans les pays d’origine ou dans plusieurs pays européens et voisins. Une situation qui, selon lui, continue de peser lourdement sur le pouvoir d’achat des citoyens, dans un contexte où le Conseil de la concurrence peine à endiguer les pratiques de concentration et d’entente dans le secteur.
Il alerte également sur une hémorragie des compétences, évoquant le départ de plus de 200 cadres scientifiques et techniques de l’Agence, conséquence d’un environnement professionnel jugé peu attractif et instable. A cet effet, le Réseau critique le recours accru à des contrats temporaires, au détriment de l’expertise accumulée et de la continuité institutionnelle, y voyant une menace directe pour la souveraineté scientifique et réglementaire du pays.
Sur le plan institutionnel, l’organisation pointe un affaiblissement préoccupant de l’indépendance juridique et réglementaire de l’Agence, dont l’indice de performance serait tombé à un niveau très bas, révélant une dépendance excessive à des contraintes administratives et un déficit de transparence dans la prise de décision.
Comparant la situation du Maroc à celle de plusieurs pays africains — tels que le Ghana, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal ou encore l’Égypte — ayant obtenu la reconnaissance de l’OMS au niveau de maturité 3, le Réseau estime que ce recul compromet sérieusement le projet de souveraineté vaccinale, tout en réduisant les opportunités d’exportation et d’attractivité du médicament marocain à l’échelle continentale et internationale.
Face à ce constat, l’organisation appelle à lier responsabilité et reddition des comptes, plaidant pour une réforme en profondeur de la gouvernance du secteur. Elle recommande notamment une révision globale des prix des médicaments, en coordination avec les administrations concernées, afin de garantir un accès équitable aux traitements.
Le Réseau insiste également sur la nécessité d’accorder à l’Agence marocaine des médicaments une autonomie effective, en la dotant d’un statut institutionnel renforcé, et de mettre fin à la fuite des compétences par un dispositif d’incitations et de reconnaissance des ressources humaines.
Enfin, il appelle à la publication intégrale du rapport de l’OMS, ainsi qu’à l’ouverture d’une enquête transparente pour déterminer les responsabilités liées à ce recul, estimant que la souveraineté sanitaire constitue un pilier fondamental de l’État social et ne saurait être compromise par des choix de gouvernance jugés inefficaces.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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