IA, emploi et fiscalité : replacer l’humain au cœur de la valeur

Alors que l’intelligence artificielle et la robotisation redessinent en profondeur le monde du travail, la question n’est plus de savoir si les métiers vont évoluer, mais comment accompagner cette mutation sans fracture sociale. Pour Aouatif Bozaz, Fondatrice & CEO de Guidya, le défi est clair : adapter fiscalité, formation et protection sociale afin que la valeur créée par l’IA profite à l’ensemble de l’écosystème productif marocain, tout en sécurisant les parcours professionnels.

Fiscalité de l’IA : ne pas taxer l’innovation, mais redistribuer la valeur

Face à la montée en puissance de l’automatisation, la tentation d’une « taxe robot » refait régulièrement surface dans les débats internationaux. Une approche que tempère Aouatif Bozaz. Pour elle, l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation, mais de s’assurer que les gains de productivité bénéficient au capital humain.

Plutôt qu’un prélèvement pénalisant, elle défend une fiscalité incitative, orientée vers la valeur ajoutée technologique. Une partie des bénéfices issus de l’intégration de l’IA pourrait ainsi alimenter un fonds national dédié à la formation continue, marquant un glissement progressif d’une fiscalité basée sur la masse salariale vers une contribution fondée sur la création de valeur numérique.

Sécuriser les carrières à l’ère de l’automatisation

Dans un marché du travail en recomposition permanente, Aouatif Bozaz appelle à rompre avec la logique du diplôme figé. Elle plaide pour une approche dynamique, fondée sur un flux continu de compétences, mobilisant individus, entreprises et institutions.

Cette stratégie repose sur plusieurs leviers : l’upskilling de masse pour intégrer l’IA générative dans les pratiques professionnelles, le reskilling ciblé pour accompagner les métiers menacés, mais aussi la portabilité des droits à la formation à travers un compte personnel d’apprentissage. À cela s’ajoute l’anticipation par la data et le renforcement des compétences transversales, devenues clés dans un environnement automatisé.

L’initiative JobInTech est citée comme exemple concret d’un pont efficace entre formation et besoins réels du marché, en parfaite cohérence avec la stratégie Maroc Digital.

Protection sociale : amortir le choc et préparer le rebond

Pour la CEO de Guidya, la protection sociale doit désormais jouer un double rôle stratégique : amortir les effets de l’automatisation et faciliter la transition vers les métiers d’avenir. Inspirée du modèle scandinave de « flexisécurité » , elle insiste sur la portabilité des droits sociaux, indépendamment du statut professionnel.

Des dispositifs existants, comme l’Indemnité pour Perte d’Emploi (IPE), pourraient évoluer vers de véritables leviers de reconversion, finançant à la fois la perte de revenu et la montée en compétences, à condition d’une coordination renforcée entre acteurs publics, entreprises et organismes de formation.

Revenu de transition : financer la mobilité, pas l’assistanat

Si le débat sur le revenu de transition gagne du terrain à l’international, Aouatif Bozaz appelle à la prudence. Pour le Maroc, la priorité n’est pas l’assistanat passif, mais la création de passerelles financières conditionnées à des projets de reconversion réels.

L’enjeu est aussi préventif : grâce à l’analyse des données, il devient possible d’anticiper l’obsolescence des compétences et d’agir avant la rupture professionnelle. La garantie d’employabilité doit ainsi devenir un outil d’anticipation continue, et non une simple assurance chômage.

Former en continu pour ne plus subir le changement

Face à l’obsolescence rapide des compétences, la « grande formation » ponctuelle montre ses limites. L’apprentissage doit devenir permanent, agile et modulaire. Micro-certifications, outils prédictifs et apprentissage entre pairs constituent, selon elle, les piliers d’une nouvelle culture de formation.

L’objectif est clair : apprendre chaque jour pour ne jamais subir brutalement la transformation technologique.

Vers une refonte progressive des modèles sociaux

Pour Aouatif Bozaz, les valeurs de solidarité doivent rester intactes, mais les mécanismes doivent évoluer. À l’ère de l’IA, la fiscalité et la protection sociale doivent capter la nouvelle richesse créée et la réinvestir dans le capital humain, tout en s’appuyant sur des systèmes nativement digitaux, plus transparents et plus agiles.

Source de l’article : Industries Du Maroc