ENTRETIEN. « Quand les Léopards jouent, le temps s’arrête » : Samuel Moutoussamy raconte l’évolution de la RD Congo
L’attente est énorme autour de la République démocratique du Congo. Plus de 50 ans après leur seule participation à une Coupe du monde et leur dernière Coupe d’Afrique remportée, en 1974, les Léopards se présentent au Maroc avec un nouveau statut. Vainqueurs successivement du Cameroun (1-0), puis du Nigeria (1-1, 5-4 tab), lors des barrages africains, ils disputeront leur place pour le Mondial 2026 en mars, lors du barrage intercontinental. L’ancien Nantais Samuel Moutoussamy, en sélection depuis 2019, raconte les progrès de la RDC depuis quelques années, avec le rôle déterminant de Sébastien Desabre, à la tête de l’équipe depuis 2022.
Comment était l’ambiance à Kinshasa lors de votre retour au pays après votre qualification pour le barrage intercontinental ?
C’était vraiment une folie totale. Les supporters nous attendaient déjà à l’aéroport. Ils nous ont suivis dans les rues de Kinshasa jusqu’au stade. C’était une vraie fête.
Ils étaient déjà nombreux pour vous encourager au Maroc…
Exactement, il y avait énormément de supporters pour les deux matches. Ils chantaient, ils nous ont soutenus… C’était un avant-goût de la CAN (rires). Et de ce qui peut se passer si on arrive à se qualifier en Coupe du monde.
Battre le Cameroun puis le Nigeria, habitués à participer à la Coupe du monde, signifie-t-il que la République démocratique du Congo a changé de statut ?
Je pense qu’on est en train de passer un cap, de changer de statut en Afrique. C’est un peu anecdotique mais on est entré dans le top 10 africain du classement Fifa. C’était l’objectif qu’on s’était fixé lors de l’arrivée du coach Sébastien Desabre (en 2022). Reprendre la place qui est censée être la nôtre sur le continent. Le fait de tenir tête et battre ces grosses équipes-là montre qu’on a progressé. C’est le résultat du travail fourni ces dernières années.
La désillusion face au Sénégal est-elle oubliée ? Ou faudra-t-il attendre la qualification pour qu’elle soit définitivement derrière ?
Non, pour l’instant, rien n’est oublié. Il reste un match. Je l’appelle : « Le match d’une vie » (sourire). On sait que tout peut changer si on le gagne, dans la vie de tous les joueurs, du staff… Ça va être quelque chose d’extraordinaire si on arrive à le faire. Mais pour l’instant, aucune déception n’a été oubliée car, pour l’instant, on n’est pas qualifié. Mais le step est énorme. « Quand le coach Desabre est arrivé, il a mis la main sur tous les problèmes extra-sportifs » Depuis votre arrivée en sélection, en 2019, vous avez assisté à une évolution des performances sportives. Comment l’expliquez-vous ?
Quand je suis arrivé, c’était un peu un entre-deux. On était en train de changer de dynamique. Il y a eu des coaches différents. À ce moment-là, la logistique autour de l’équipe nationale était un peu compliquée. Les hôtels, les terrains, les billets d’avion… Il y avait beaucoup de petits problèmes, qui étaient assez contraignants. Quand le coach Desabre est arrivé, il a mis la main sur tout ça, pour qu’on soit dans les meilleures conditions et qu’on ne pense pas à l’extra-sportif. Tout l’extra-sportif a été complètement géré et contrôlé. Ça a tout facilité.
Les joueurs ne se concentrent plus que sur le terrain désormais ?
Exactement. On est uniquement focus sur le football. Tout le reste est déjà organisé. Le contact est fluide avec le staff, avec tous ceux qui gèrent la logistique. On sent un vrai soutien et un vrai intérêt de la part de tout le monde, du gouvernement à la fédération. Tout le monde a changé de dimension, a passé un cap dans l’intérêt collectif pour la sélection.
À quel point est-ce important d’avoir un sélectionneur qui connaît le continent et ses spécificités ?
C’est là que se fait la différence. Le coach connaît l’Afrique. Il sait comment s’y prendre, tactiquement, quels ingrédients mettre psychologiquement. Il a cette expérience et il nous la transmet dans les causeries d’avant-match. Il nous explique comment aborder les matches. C’est une expérience que certains joueurs avaient déjà mais qu’on arrive désormais à tous se transmettre dans le groupe, grâce au coach et au staff. C’est ce qui explique, en partie, pourquoi on arrive à passer ce cap. Les autres sélectionneurs avaient aussi fait du bon travail mais c’est ce qui manquait à ma génération, depuis que je suis arrivé. Aujourd’hui, on l’a. Le coach est ultra-impliqué.
Source de l’article : Ouest-France



Laisser un commentaire