Inondations : 482 millions de m³ en dix jours, 48 projets lancés ou réalisés, l’État accélère le tempo

Face à la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, le ministère de l’Équipement et de l’Eau revendique un changement d’échelle dans l’anticipation et la protection contre les inondations

Le Maroc encaisse de plein fouet les effets de la variabilité climatique, alternant sécheresses prolongées et épisodes pluvieux intenses. Devant la Chambre des représentants, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a dressé lundi un état des lieux chiffré des efforts engagés pour renforcer la protection contre les inondations et améliorer l’anticipation des risques hydrologiques.

Au cours des dix derniers jours, les apports enregistrés dans les retenues des barrages ont atteint 482 millions de mètres cubes (m3), un volume conséquent généré par des précipitations et des chutes de neige couvrant près de 55 000 km² du territoire national. Ce regain hydrique a porté le taux de remplissage global des barrages à environ 34 %, un niveau encore modéré mais suffisant, selon le ministre, pour couvrir les besoins cumulés de plusieurs régions stratégiques, notamment Fès-Meknès, Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra et l’Oriental.

Ces chiffres traduisent à la fois l’ampleur des apports récents et la fragilité persistante du système hydrique national, fortement dépendant d’événements climatiques de plus en plus concentrés dans le temps.

Safi, un ouvrage sous-dimensionné face à une pluie urbaine

L’exemple de Safi illustre les limites actuelles des infrastructures existantes. Le barrage destiné à protéger la ville contre les inondations, situé à environ neuf kilomètres de l’agglomération, n’a reçu que 200 000 m³ d’eau lors des derniers épisodes pluvieux, alors que sa capacité nominale atteint 3,5 millions de m³. Autrement dit, moins de 6 % de son volume potentiel a été mobilisé.

La raison avancée est technique : les précipitations se sont principalement concentrées à l’intérieur du périmètre urbain, échappant ainsi au bassin de collecte du barrage. Une configuration qui a empêché l’ouvrage de jouer pleinement son rôle de régulation, révélant un décalage entre les schémas de protection existants et l’évolution des dynamiques pluviométriques.

Pour y remédier, le ministère annonce le lancement d’une étude spécifique destinée à identifier de nouveaux leviers de protection, assortie de la réalisation d’ouvrages complémentaires à Safi, afin de limiter la récurrence de ce type d’événements.

Alertes précoces et cartographie du risque : des outils en révision

Sur le volet de l’anticipation, le dispositif d’alerte précoce constitue un autre indicateur clé de la stratégie gouvernementale. Des bulletins de vigilance ont été diffusés à l’échelle nationale, avec, pour Safi, des alertes émises dès les 8 et 9 décembre. Ces notifications s’appuient sur la plateforme officielle www.vigilance.marocmeteo.ma , qui met à disposition une carte de vigilance mise à jour quotidiennement.

Au-delà de l’alerte, le ministère s’attaque à un chantier de fond : la révision complète de l’Atlas des zones exposées aux inondations. Jugé obsolète face aux effets du changement climatique, l’ancien référentiel est en cours de refonte afin d’intégrer de nouveaux paramètres hydrologiques et urbains. Ce travail, dont l’achèvement est annoncé pour l’année prochaine, vise à identifier avec précision les zones nécessitant des mesures de préparation renforcées lors des périodes de fortes précipitations.

48 projets en cinq ans, une montée en puissance progressive

Sur le terrain, l’effort d’investissement se traduit par un nombre croissant de projets. Entre 2021 et 2025, 33 projets de protection contre les inondations ont été réalisés à travers le pays. Ils couvrent un large éventail de provinces, du nord au sud, incluant notamment Larache, Tanger, Tétouan, Meknès, Kénitra, Marrakech, Zagora, Taroudant, Tiznit, Tinghir, Tan-Tan ou encore Boujdour.

À ces réalisations s’ajoutent 15 projets supplémentaires déjà lancés, répartis entre des territoires aussi divers que Meknès, Tétouan, Skhirate-Témara, Laâyoune, Chefchaouen, Figuig, Taza, Sidi Kacem ou Youssoufia. Au total, ce sont donc 48 projets engagés ou achevés sur une période de cinq ans, soit une moyenne proche de dix opérations par an.

Un nouveau programme viendra renforcer cet effort dès le début de l’année prochaine, dans le cadre des agences des bassins hydrauliques, avec l’objectif affiché d’améliorer la cohérence territoriale et l’efficacité des investissements.

Ourika, un test grandeur nature du système d’alerte

L’efficacité des dispositifs d’alerte précoce a été illustrée par les inondations survenues en août dans la région d’Ourika. Selon le ministre, l’activation rapide du système d’alerte a permis d’éviter toute perte humaine, malgré la violence de l’épisode. Un cas présenté comme la démonstration tangible des progrès réalisés, mais aussi comme un argument en faveur du renforcement des équipements de surveillance et de communication.

Derrière ces chiffres, se dessine une réalité contrastée : des avancées mesurables en matière d’anticipation et de protection, mais aussi l’urgence d’adapter en permanence les infrastructures à des phénomènes climatiques de plus en plus imprévisibles.

Source de l’article : Le Desk