La belle envolée, la grande migration de l’oie des neiges
Halte 1 – Le grand banquet du Saint-Laurent
Au milieu du fleuve, alors que l’archipel de l’Isle-aux-Grues s’éveille après l’hiver froid, le silence est soudainement rompu par des cris dans le ciel et une vague blanche à l’horizon : elles sont là, les oies des neiges, par milliers. Pour les insulaires, ce retour est le coup d’envoi du printemps.
L’oie blanche, ici, c’est la migration! C’est l’île qui reprend vie, au printemps comme à l’automne, résume le chasseur Nicolas Lemieux, le regard tourné vers les battures envahies.
À ses côtés, son compagnon Gilbert Lavoie partage cet engouement. Année après année, ça nous épate! On est émerveillés à chaque fois qu’on les voit arriver et on ne se tanne pas de les voir. J’adore les côtoyer, j’adore les chasser.
Pour déjouer la vigilance de ces oiseaux grégaires, les chasseurs doivent déployer des trésors d’ingéniosité afin de créer l’illusion parfaite. La stratégie demande du temps et une patience infinie. Dans les champs, ils installent un arsenal de fausses oies et de haut-parleurs.
L’objectif est ambitieux. On essaie de recréer un troupeau de 350 oiseaux dans un champ. Ça envoie le signal aux vraies oies de venir se nourrir ou se reposer, explique Nicolas Lemieux.
Mais la ruse a ses limites face à un oiseau qui s’adapte. Avec les années, on les a beaucoup éduquées. Elles sont très méfiantes. Aujourd’hui, on leur a tellement montré les nouvelles façons de faire qu’elles ont tout appris, constate Gilbert Lavoie.
Un peu plus loin dans l’archipel, presque au même moment, l’oie est aussi dans la mire des chercheurs. Pierre Legagneux, directeur du Centre d’études nordiques à l’Université Laval, observe ce manège avec attention. Son équipe scrute les groupes à la recherche d’oies équipées de colliers GPS.
L’archipel est un garde-manger pour les oies quand elles arrivent en migration, explique-t-il. Et pour cause : sur les berges de l’île aux Grues, c’est l’effervescence. Les oies ont la tête plongée dans la vase, arrachant avec vigueur les rhizomes de scirpe, leur principal carburant.
Après un hiver passé sur la côte est américaine, elles doivent s’engraisser avant l’ultime étape de leur périple : 3000 kilomètres vers le nord, d’une seule traite. Les tubercules sont riches en amidon, c’est de l’énergie brute pour elles, ajoute Pierre Legagneux, qui se passionne autant pour le comportement de l’oiseau que pour ses données GPS. « Elles se chicanent, elles se picossent, elles sont très territoriales, mais, en même temps, elles ont besoin des autres pour exister. Il y a tout ça qu’on retrouve dans nos comportements à nous. » — Une citation de Pierre Legagneux, directeur, Centre d’études nordiques
L’oie des neiges agit comme un véritable métronome. Pour bien comprendre son parcours, il faut d’ailleurs distinguer les deux populations présentes en Amérique du Nord. Alors que la petite oie des neiges traverse les territoires de l’ouest et du centre du continent, c’est la grande oie des neiges qui a fait de la vallée du Saint-Laurent, au Québec, son grand couloir migratoire.
Si, pour l’observateur, ce spectacle est une féerie, pour l’oiseau, c’est une mission critique et une course contre la montre où chaque gramme de graisse accumulée peut changer les choses pour sa reproduction.
Cette longue route migratoire s’explique par une quête bien précise qui dicte tous leurs déplacements. En fait, les grandes oies suivent perpétuellement le printemps. Que ce soit lors de leur hivernement aux États-Unis, de leur halte au Québec ou de leur arrivée dans l’Arctique, elles recherchent constamment des territoires où les températures frisent les 10 à 15 degrés Celsius maximum.
En fuyant les grandes chaleurs, ces populations s’assurent de toujours séjourner dans des endroits où l’herbe ne pousse pas trop rapidement. Cette croissance ralentie leur garantit ainsi un accès continu à de jeunes pousses hautement nutritives, indispensables à leur survie tout au long de l’année.
De la quasi-disparition à la surabondance
Pourtant, ce grand voyage a bien failli être un lointain souvenir. Au début du siècle dernier, l’oie des neiges a frôlé la disparition, avant de connaître un rebond en raison de l’encadrement de la chasse. Mais c’est l’intensification de l’agriculture qui a véritablement changé la donne. L’expansion des cultures et l’arrivée massive du maïs le long de la route migratoire ont offert aux oiseaux un buffet inespéré.
Le grain de maïs est disponible tout de suite, c’est très riche en énergie, souligne Pierre Legagneux. L’oie a vite compris qu’il était beaucoup plus rentable de picorer des grains dans les champs que d’arracher laborieusement des racines dans les marais. Cette diète agricole lui permet de s’engraisser plus rapidement, générant un surplus d’énergie qui est directement investi dans la reproduction.
Cette adaptation remarquable a mené à une explosion démographique à travers le continent. Alors que la population de la petite oie des neiges a atteint des sommets vertigineux avec au moins 15 millions d’oiseaux dans le centre du continent, l’impact sur leur habitat s’est avéré dévastateur. En arrachant agressivement les plantes pour se nourrir, cette surabondance d’oiseaux finit par créer une désertification de la toundra dans le Bas-Arctique, soutient Pierre Legagneux.
De son côté, la grande oie des neiges a franchi le cap du million d’oiseaux dans l’est. Il y a 20 ans, cette surabondance a mené à l’ouverture de la chasse printanière au Québec. L’objectif était d’empêcher la répétition d’un tel scénario dans le Haut-Arctique.
C’est donc ici, à des milliers de kilomètres de la toundra, que les chasseurs jouent un rôle crucial pour protéger la végétation nordique. Gilbert Lavoie reconnaît son rôle dans la gestion et la préservation de l’espèce. Si on veut une pérennité de la présence des oies et du succès de chasse, il faut aussi que les chasseurs respectent les réglementations, fait-il valoir.
Après des années d’efforts, cette chasse contrôlée porte ses fruits. La population est maintenant stable, même si, par moments, elle est un peu nombreuse par rapport à ce à quoi on s’attendrait s’il n’y avait pas de pratiques agricoles. Mais elle est stabilisée, donc on la gère relativement bien, confirme Pierre Legagneux.
Dès la mi-mai, l’instinct commande le départ : c’est le moment de la grande envolée. Les oies quittent le fleuve pour prendre la direction du Grand Nord, attendant les conditions météorologiques idéales pour s’élancer.
Dès qu’il y a des vents qui vont les pousser vers le nord, c’est à ce moment qu’elles vont partir, précise Pierre Legagneux. Elles vont migrer relativement haut, 2000 mètres à peu près d’altitude, puis effectuer un voyage autour de 60 km à l’heure.
La migration peut se faire sans aucune escale jusqu’à l’aire de reproduction. On a déjà vu ça avec nos données GPS : deux jours pour se rendre aux sites de reproduction, c’est notre record! affirme Pierre Legagneux.
À L’Isle-aux-Grues, ce départ laisse un grand vide, mais il est essentiel au cycle de la vie. On n’est pas déçus de les voir partir, mais la nature change complètement quand elles ne sont plus là, observe le chasseur Gilbert Lavoie. On est contents de voir que, quand elles partent, elles sont prêtes à pondre les œufs, à élever les petits, puis à nous revenir à l’automne.
Halte 2 – L’île Bylot : une oasis dans l’immensité
Après un périple de près de 3000 kilomètres, les couples d’oies atteignent l’Arctique pour se reproduire. Au cœur de cet espace s’étendent l’île Bylot et le parc national Sirmilik, un territoire protégé de 11 000 kilomètres carrés situé à l’extrémité nord de la Terre de Baffin, au Nunavut.
Le paysage y est contrasté : les montagnes et les glaciers de la cordillère arctique dominent le relief, tandis qu’au sud s’étend une vaste plaine de toundra.
Cet environnement sans infrastructure humaine offre un sentiment de nature sauvage, s’étonne encore Joël Bêty, professeur de biologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), même après de nombreux étés passés sur l’île Bylot. On sait que c’est un réel privilège d’être ici.
Il est l’un des principaux chercheurs à la station de recherche depuis 30 ans.
C’est dans cette toundra, sous une lumière constante 24 heures sur 24, que s’installe la plus grosse colonie d’oies des neiges au monde. L’île Bylot rassemble à elle seule 15 % de toute la population, le reste de l’espèce étant dispersé ailleurs dans le Grand Nord.
Contrairement aux grands groupes observés plus au sud, les oiseaux se répartissent ici en couples isolés et dispersés les uns des autres, note Joël Bêty. Ce qui est vraiment fascinant, c’est le fait qu’on peut observer les interactions entre plusieurs espèces sans obstacle visuel.
Le travail scientifique s’appuie sur la station de recherche de l’île Bylot du Centre d’études nordiques. C’est le fruit d’une collaboration entre diverses universités et centres de recherche au Québec. Pour couvrir ce vaste territoire, les scientifiques se répartissent entre un camp de base principal et des camps temporaires plus isolés dans la toundra.
Au camp 2, nous nous retrouvons au cœur de la colonie d’oies des neiges de l’île Bylot. On est dans la maison des oies ici, vraiment. Ça devient aussi un peu notre maison à nous aussi, notre quotidien, confie Matthieu Weiss-Blais, étudiant au doctorat, alors qu’il s’apprête à partir pour dresser un inventaire des nids.
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Avant de pénétrer dans la colonie d’oies, les chercheurs vérifient toujours s’il y a la présence d’un renard.
Matthieu Weiss-Blais et Pierre Fugère examinent minutieusement les nids de la colonie, œuf par œuf.
La mesure de chaque œuf est nécessaire pour anticiper une date d’éclosion.
Les nids d’oies sont faits de duvet, de plume et de matières organiques.
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Image 1 de 4 : Matthieu Weiss-Blais et un autre scientifique en train de regarder dans des jumelles, sur l’île Bylot, au Nunavut, en été 2025. Avant de pénétrer dans la colonie d’oies, les chercheurs vérifient toujours s’il y a la présence d’un renard. Photo : Benoît Livernoche.
Image 2 de 4 : Matthieu Weiss-Blais et un autre scientifique en train de regarder un nid d’oies des neiges et de prendre des notes dans la toundra, sur l’île Bylot, au Nunavut, en été 2025. Matthieu Weiss-Blais et Pierre Fugère examinent minutieusement les nids de la colonie, œuf par œuf. Photo : Benoît Livernoche.
Image 3 de 4 : Matthieu Weiss-Blais en train de mesurer un œuf d’oies des neiges, sur l’île Bylot, au Nunavut, en été 2025. La mesure de chaque œuf est nécessaire pour anticiper une date d’éclosion. Photo : Benoît Livernoche.
Image 4 de 4 : Un nid d’œufs d’oies des neiges, dans la toundra de l’île Bylot, au Nunavut, en été 2025. Les nids d’oies sont faits de duvet, de plume et de matières organiques. Photo : Benoît Livernoche.
Le travail de terrain est intense. Les chercheurs visitent des centaines de nids pour mesurer chaque ponte. Toutes les mesures qu’on prend sur les œufs nous permettent d’avoir plein de paramètres sur la reproduction, explique Matthieu Weiss-Blais.
Une fois la ponte terminée, la femelle se consacre entièrement à sa mission. Elle va passer 90 % de son temps sur le nid à incuber les œufs, Donc, c’est 23 heures par jour environ, ajoute l’étudiant. Parfois, en approchant l’oreille de la coquille, on peut déjà entendre l’oison cogner et se tourner dans l’œuf, prêt à naître.
Les réseaux de la toundra : l’effet domino
Sur l’île Bylot, le succès de la reproduction ne tient parfois qu’à un fil. Matthieu Weiss-Blais en fait le constat en arrivant devant un nid vide. Ici, le travail va être court, car on a eu une prédation, constate-t-il devant l’absence de coquilles au fond de la coupole. Cela ne laisse aucun doute, un renard est passé par là.
Dans cette toundra, les couples d’oies sont constamment aux aguets, car les renards arctiques rôdent sans relâche en quête de nourriture. Le renard ne s’attaque pas aux oies adultes, des batailleuses aguerries d’une masse comparable à la sienne.
Cependant, les renards sont passés maîtres dans l’art de voler les œufs, qu’ils vont ensuite cacher. Ces œufs serviront de nourriture plus tard. Ils ont une énorme mémoire spatiale, ils savent où sont les choses, puis ils ont surtout un odorat qui permet de tout retrouver , affirme Dominique Berteaux, professeur de biologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), qui étudie les populations de renards arctiques depuis plus de 20 ans. « Le renard parcourt entre 30 et 40 kilomètres chaque jour pour trouver de la nourriture. C’est comme si nous faisions un marathon tous les jours. » — Une citation de Dominique Berteaux, professeur de biologie à l’UQAR
Pour mieux comprendre leurs déplacements, l’équipe de recherche utilise des colliers émetteurs munis de GPS et d’accéléromètres. On est capables de savoir quand l’animal a couru, quand il a gratté le sol, sauté ou dormi, explique Dominique Berteaux.
Ces données révèlent que les jeunes renards peuvent parfois s’exiler à des milliers de kilomètres pour aller trouver leurs tanières. Ils peuvent atteindre le nord du Québec, le Yukon ou même le Groenland.
Les hot dogs de la toundra
Si le renard apprécie les œufs, c’est qu’ils sont riches en protéines. Mais, comme ils sont difficiles à obtenir, il se rabat souvent sur une proie beaucoup plus facile à attraper : le lemming. Moi, je les appelle les hot dogs de la toundra parce que les renards adorent manger les lemmings, affirme Dominique Berteaux.
C’est le petit snack d’après-midi, renchérit Dominique Fauteux, chercheur au Musée canadien de la nature, qui étudie ce petit rongeur considéré comme le baromètre écosystémique de l’Arctique.
La population de lemmings suit des cycles spectaculaires qui dictent la survie de nombreuses autres espèces. On peut voir que les lemmings se reproduisent à une vitesse fulgurante et qu’à l’intérieur d’une seule année la population peut centupler littéralement, explique Dominique Fauteux.
Ces pics d’abondance surviennent généralement tous les trois à quatre ans, suivis d’effondrements tout aussi brutaux. Selon le chercheur, la pression exercée par les prédateurs finit inévitablement par rattraper les petits rongeurs. La prédation dépasse alors le taux de reproduction, ce qui plonge la population à son plus bas niveau.
Cette dynamique crée une réaction en chaîne. Les années de pics, les prédateurs comme le renard ou le harfang des neiges sont rassasiés par ce buffet à volonté, ce qui diminue la pression sur les nids d’oies. À l’inverse, lorsque les lemmings se font rares, les renards se tournent massivement vers les œufs.
Il y a moins de reproduction, moins de renardeaux et, donc, plus de prédation sur les nids d’oies, précise Dominique Berteaux.
Sur l’île Bylot, un fil invisible relie ainsi le destin du minuscule rongeur à celui de l’oie blanche. Le lemming étant abondant va favoriser le succès reproducteur des oies, conclut Dominique Fauteux, soulignant que cette explosion de vie dans le Nord finit par avoir un impact direct sur le succès des chasseurs, à des milliers de kilomètres plus au sud, au retour des oies au Québec.
Le cycle de la vie : une course contre la montre
Au début de juillet, l’éclosion des premiers œufs d’oies marque un tournant, suscitant l’émotion parmi les chercheurs qui suivent les nids depuis la ponte. On est choyés de voir les oies dans leurs premiers instants de vie. C’est vraiment très précieux, avoue Matthieu Weiss-Blais, visiblement attendri.
Dès leur sortie de la coquille, les oisons sont identifiés par des marqueurs qui permettront de suivre leur taux de survie sur l’île. Cette naissance constitue la première étape d’un très long parcours migratoire vers le sud.
L’éclosion s’inscrit aussi dans une véritable course contre la montre amorcée dès l’arrivée des oiseaux au printemps. Dans l’Arctique, le cycle de la vie ne laisse aucun répit et la fenêtre disponible pour la reproduction s’avère très étroite.
En quelques semaines, on passe de la fonte de neige, à l’arrivée des oiseaux, la ponte, l’incubation, puis l’explosion de la vie, fait remarquer le professeur de l’UQAR Joël Bêty, en rappelant que tout est extrêmement compressé dans le temps.
Si le moindre problème retarde le processus, les oiseaux risquent tout simplement de sauter la reproduction.
La première migration des oisons
À peine une ou deux journées après l’éclosion, la famille entame déjà sa première migration. Les parents guident les oisons hors de la colonie pour franchir à la marche terres et rivières afin de rejoindre les aires d’alimentation, situées à environ 30 kilomètres de là. « C’est 30 kilomètres en ligne droite, mais imaginez un petit oison qui fait des montées, des descentes. La distance réelle parcourue est peut-être le double. » — Une citation de Joël Bêty, professeur de biologie, UQAR
Le long des plages et des bords de mer, on peut voir une multitude de traces de pas qui témoignent de ces déplacements massifs. Pour ces jeunes familles, la vigilance est totale. Si un renard surgit, les parents utilisent la mer comme refuge.
On les voit alors courir à l’eau ou monter sur la banquise pour protéger leurs petits. C’est vraiment spectaculaire, s’exclame Joël Bêty. Une fois arrivés dans les aires d’alimentation, les jeunes disposent de quelques semaines pour grandir et apprendre à voler.
Alors qu’ils traversent la toundra, les oisons marchent sur un sol en pleine transformation. L’Arctique se réchauffe aujourd’hui en moyenne de trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète et, sur l’île Bylot, les changements sont visibles à l’œil nu.
Au cours des 30 dernières années, une des transformations, c’est le recul des glaciers, observe Joël Bêty. Le dégel du pergélisol crée également des ravins et de petits lacs, changeant la configuration même du paysage.
Ces îlots inédits servent de refuge à une nouvelle venue, la bernache de Hutchins. Cet oiseau, qui ressemble à s’y méprendre à la bernache du Canada, mais en plus petit, colonise l’île de manière fulgurante.
Pour Joël Bêty, cette apparition est l’un des changements les plus marquants de ses décennies de recherche. Le biologiste se souvient encore d’être tombé sur le tout premier nid du secteur en 1996, alors qu’aujourd’hui l’équipe en dénombre près de 80.
Dans la toundra, l’histoire semble se répéter. Tout comme la grande oie des neiges, la bernache de Hutchins arrive du centre du continent, ayant elle aussi profité de l’abondance des terres agricoles du sud pendant son voyage.
Les deux espèces doivent désormais partager exactement le même garde-manger arctique. Puisque la nourriture est naturellement limitée dans ces contrées nordiques, les chercheurs surveillent attentivement cette cohabitation.
Pour mesurer l’impact précis du broutement sur la végétation fragile, l’équipe installe sur le sol des exclos, de petites structures grillagées. L’objectif, c’est d’empêcher les oies de brouter dans un petit secteur, précise Matthieu Weiss-Blais.
Ce dispositif simple mais ingénieux permet aux scientifiques de comparer la densité de la végétation intacte à l’intérieur de l’exclos avec celle qui a été broutée à l’extérieur.
Les relevés sont rassurants, démontrant que la consommation ne dépasse pas 10 % de la biomasse végétale. Ces résultats prouvent que la gestion de la population d’oies par la chasse dans le sud porte ses fruits et permet de maintenir la stabilité de l’écosystème à l’île Bylot.
À la fin du mois d’août et au début du mois de septembre, le signal du départ retentit dans la toundra. Les familles d’oies entament leur grand voyage de retour vers le sud, redescendant vers le Québec, puis les États-Unis.
Imaginez un oiseau qui traverse pour la première fois de sa vie un continent, c’est quand même assez fascinant, dit Joël Bêty sur un ton ému.
Cette grande migration a beau se répéter année après année, ce spectacle saisonnier réussit chaque fois à éblouir. Pour les observateurs et les chasseurs restés au sud, comme Nicolas Lemieux à L’Isle-aux-Grues, l’admiration est toujours au rendez-vous.
Je pense qu’on envie un peu leur esprit nomade de pouvoir parcourir comme ça du nord au sud le continent, avoue-t-il, touché par l’endurance de ces grands voyageurs.
Le retour de ces nuées d’oiseaux dans le ciel automnal conserve toute sa poésie. Les envolées, ça reste magique. On ne se tanne pas d’un beau coucher de soleil, on ne se tanne pas d’une belle envolée, ajoute le chasseur et pourvoyeur insulaire.
Ce grand voyage de plusieurs milliers de kilomètres s’inscrit dans un éternel recommencement. Année après année, la grande oie des neiges relie la toundra de l’île Bylot aux haltes migratoires du fleuve Saint-Laurent pour se rendre aux États-Unis, marquant les saisons de son vol continu.
Que ce soit au cœur de l’immensité arctique ou à leur retour tant attendu au Québec, ce cycle immuable continue de fasciner ceux qui croisent leur route.
Les oies vont toujours avoir des surprises pour nous et on va encore, et pour longtemps, venir les observer, s’émerveille Matthieu Weiss-Blais. C’est une espèce qui se rassemble et nous rassemble, un animal qui, au final, est inspirant.
Source de l’article : Radio-Canada



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