Vu du ciel, le Maroc reverdit : pluie et neige redonnent souffle aux paysages

Les clichés satellitaires diffusés ces derniers jours offrent une lecture saisissante de l’évolution du paysage marocain. Là où dominaient, en janvier 2025, des teintes brunes et jaunâtres révélatrices de sols asséchés, apparaissent aujourd’hui de larges zones verdoyantes, notamment sur le nord du pays, le littoral atlantique et plusieurs régions de l’intérieur. Les reliefs de l’Atlas, eux, se distinguent par une couverture neigeuse plus étendue, signe d’un hiver plus humide et plus froid que celui de l’an dernier.

Ce contraste visible depuis l’espace traduit une amélioration réelle de l’humidité des sols et un redémarrage de la végétation, aussi bien naturelle qu’agricole. Les épisodes pluvieux et neigeux enregistrés au cours de l’hiver 2025-2026 ont ainsi contribué à restaurer, au moins partiellement, des écosystèmes mis à rude épreuve par plusieurs années consécutives de sécheresse. Pour le monde rural, ces images nourrissent l’espoir d’une campagne agricole moins tendue et d’une meilleure recharge des ressources en eau.

Mais ce verdissement, aussi spectaculaire soit-il, ne suffit pas à masquer la réalité hydrique du pays. Au 9 janvier 2026, le taux de remplissage global des barrages atteint 45,5 %, pour un volume d’environ 7,6 milliards de mètres cubes. Un niveau en progression par rapport aux périodes les plus critiques, mais encore loin d’une situation de confort durable.

L’analyse par bassins met en évidence de fortes disparités territoriales. Le bassin d’Abou Regrag se distingue avec un taux de remplissage proche de 95 %, tandis que Tensift dépasse les 70 %, confirmant l’impact positif des dernières précipitations. À l’inverse, les bassins de la Moulouya et de la Draa–Oued Noun demeurent sous pression, avec des taux respectifs inférieurs à 40 % et autour de 30 %, reflétant la persistance de la vulnérabilité hydrique dans l’Oriental et le Sud.

Le bassin Guir Ziz Rhéris vient compléter ce tableau contrasté. Il affiche un taux de remplissage moyen de 56,6 %, correspondant à 304,1 millions de m³ stockés. Un niveau globalement satisfaisant à l’échelle nationale, mais marqué par de fortes différences internes. Le barrage Hassan Addakhil atteint 71 % de remplissage, soit 222,5 millions de m³, confirmant son rôle stratégique pour l’irrigation et l’alimentation en eau potable. En revanche, le barrage Kaddoussa reste limité à 36 %, avec 81,5 millions de m³, illustrant l’exposition persistante de certains ouvrages à l’irrégularité des apports hydriques.

Ainsi, les images satellitaires racontent une double réalité. Celle d’un Maroc qui, vu du ciel, retrouve des couleurs et une dynamique écologique plus favorable. Et celle d’un pays qui, sur le terrain, demeure confronté à une gestion fine et prudente de l’eau, ressource rare et stratégique. Le défi reste inchangé : transformer ces signaux climatiques positifs en une sécurité hydrique durable, capable de résister aux aléas du climat et aux tensions structurelles qui pèsent sur les bassins les plus fragiles.

Source de l’article : Le Matin.ma