Viandes blanches: surproduction et effondrement des prix plongent la filière dans la crise
La filière des viandes blanches fait face à une crise grave: surproduction, chute des prix, spéculation et pénurie d’aliments menacent sa durabilité.
La filière des viandes blanches traverse actuellement une crise profonde marquée par de forts déséquilibres économiques et structurels. Malgré une offre abondante sur le marché, les producteurs de poussins de chair et de poulet font face à des pertes financières importantes qui menacent la stabilité du secteur, alerte un communiqué de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA).
Derrière la disponibilité des produits avicoles se cache une réalité plus fragile: chute des prix à la production, hausse des coûts, perturbations logistiques et dysfonctionnements dans les circuits de distribution. Cette situation met en danger un secteur clé de la sécurité alimentaire nationale.
Hausse record de la production de poussins de chair en 2025
Face à une demande soutenue en viandes blanches, principale source de protéines animales pour de nombreux ménages, les opérateurs ont fortement augmenté la production.
En 2025, la production hebdomadaire de poussins de chair a atteint près de 10,4 millions d’unités, soit une progression de plus de 11 % par rapport à l’année précédente. La production de viande de volaille a également enregistré une hausse de 14 %.
L’objectif était d’éviter les pénuries et limiter la hausse des prix du poulet pour le consommateur. Mais cette augmentation de l’offre, sans mécanisme de régulation efficace, a provoqué un effet inverse sur le marché.
Effondrement des prix
La surproduction a entraîné une chute brutale des prix à la source. Le prix du poussin de chair est tombé autour de 0,5 dirham l’unité, un niveau largement inférieur aux coûts réels de production. Résultat: de nombreux éleveurs et unités de reproduction subissent des pertes « insoutenables » , selon la FISA. Et plusieurs exploitations sont aujourd’hui menacées de fermeture si la situation perdure.
La crise touche toute la filière avicole. Depuis le dernier trimestre 2025, les prix du poulet vif à la sortie des fermes varient entre 9 et 12 dirhams le kilogramme, sous l’effet d’une offre excédentaire. Ces tarifs ne couvrent plus les charges essentielles:
· alimentation animale
· énergie
· main-d’œuvre
· soins vétérinaires
· transport
À moyen terme, les professionnels alertent sur un risque de ralentissement brutal de la production de volailles, pouvant conduire à une contraction de l’offre et à une future hausse des prix pour le consommateur.
Des prix élevés au détail malgré la baisse à la production
Autre paradoxe du marché des viandes blanches: la baisse des prix chez les producteurs ne se répercute pas sur les marchés de détail. Les consommateurs continuent de payer le poulet à des prix élevés.
Pénalisant à la fois les producteurs et les ménages, cette distorsion s’explique par plusieurs facteurs:
· multiplication des intermédiaires
· manque de transparence des circuits de commercialisation
· pratiques spéculatives
· absence d’encadrement des marges
Perturbations portuaires et tensions sur l’alimentation animale
La crise est aggravée par des difficultés d’approvisionnement en aliments composés. Les perturbations météorologiques qui ont affecté les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar ont retardé le déchargement de navires transportant des matières premières stratégiques. Conséquences:
· ruptures de stocks dans les usines d’aliments pour bétail
· retards de production
· hausse attendue des coûts
· pénalités logistiques supplémentaires
Ces tensions fragilisent encore davantage la filière avicole.
Réformes urgentes
Les professionnels appellent à des mesures rapides pour éviter un effondrement du secteur. Plusieurs axes sont jugés prioritaires:
· sécurisation logistique et portuaire des importations de matières premières
· mise en place de mécanismes de régulation de la production
· encadrement des circuits de distribution
· lutte contre la spéculation
· amélioration de la transparence des prix
La filière des viandes blanches représente un pilier économique et social majeur avec des milliers d’emplois, l’accès à une protéine abordable et une contribution directe à la souveraineté alimentaire.
Sans réformes structurelles rapides et concertées, le secteur avicole risque une crise durable aux conséquences économiques, sociales et alimentaires importantes.
Source de l’article : H24info



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