Un iceberg au large de Cherbourg : le scénario plausible, envisagé par l’auteur normand Rémi David
A qui appartient l’eau ? Peut-on remorquer un iceberg pour livrer de l’eau potable dans les pays chauds ? Pour son nouveau roman « Prélude à la goutte d’eau » , en librairie ce 15 janvier, Rémi David imagine un récit d’anticipation, abordant des thèmes comme le réchauffement climatique et le manque d’eau dans le monde.
L’imaginaire de Rémi David s’est forgé en regardant la mer. Né à Cherbourg, l’auteur normand a passé les 18 premières années de sa vie au bord de l’eau. Un thème qui lui est cher, et qui l’a porté tout du long de l’écriture de son nouveau roman « Prélude à la goutte d’eau » , édité chez Gallimard. Sa tournée littéraire débute tout naturellement à Rouen, ce jeudi 15 janvier, puisqu’il est auteur associé et chargé de la programmation du festival Terres de Paroles, organisé tous les ans dans la capitale normande, au mois de mai.
L’iceberg, un symbole fort pour dénoncer le pillage et la destruction de la nature
Sur le bandeau, rajouté à la couverture classique des éditions Gallimard, un dessin d’iceberg, « personnage » central du livre et objet de toutes les convoitises. « Pour moi, cet iceberg symbolise le beau, le côté sauvage de la nature, que j’affectionne, et qu’on ne peut pas s’approprier, » explique Rémi David.
Le thème de l’eau, pour son nouveau roman, lui est apparu comme une évidence après avoir visionné un documentaire sur la financiarisation de l’eau : « Main basse sur l’eau » , de Jérôme Fritel. Il y découvre comment l’or bleu a commencé à supplanter l’or noir dans la quête des spéculateurs. Comment l’eau est en phase de devenir une ressource plus précieuse, et plus lucrative que le pétrole. Aux Etats-Unis, par exemple, de grandes banques ont déjà ciblé l’eau comme source de profits majeurs. Son thème est trouvé pour son prochain livre. S’ensuivent deux années de recherche et de lectures.
En faisant mes recherches, j’ai découvert qu’un remorquage d’iceberg, aujourd’hui c’est juridiquement possible. Depuis les années 70, cette idée existe et elle refait surface régulièrement avec des projets de tracter ces géants du Pôle Nord vers Dubaï, par exemple.
Rémi David, auteur de « Prélude à la goutte d’eau » « J’ai travaillé par ricochets » Rémi David dévore les textes : « L’eau dans tous ses états juridiques » aux éditions Pedone, « A qui appartiennent les icebergs » dans la Revue québecoise de droit international, « Les arbres doivent-ils pouvoir plaider? » de Christophe Stone aux Editions Le Passager Clandestin. Il se nourrit d’histoires vraies, comme celle du prince saoudien Mohammed Al-Faisal, créateur de la société Iceberg Transport International, dans les années 70.
Mais Rémi David n’a pas voulu écrire un essai sur le manque d’eau, mais bien un roman « pour que le lecteur soit porté par une histoire et éprouve des émotions. » L’histoire démarre donc en 2050 avec le remorquage spectaculaire d’un iceberg « capturé » au Pôle Nord, pour en revendre l’eau douce, au prix fort. Il est en route pour le Maroc, pays en proie à des sécheresses de plus en plus fortes.
C’est lors d’une halte au large de Cherbourg, que Samira, une jeune juriste spécialisée dans la défense de la nature, décide d’attaquer le commanditaire de cette expédition, Erik Dolomont.
Les questions que pose le texte, c’est le monde dans lequel on est aujourd’hui, la manière d’appréhender les ressources naturelles, dans ce contexte où le monde se réchauffe.
Rémi David, auteur de « Prélude à la goutte d’eau » L’Axolotl, un cabinet d’avocat fictif « au service de l’eau » L’axolotl est une espèce de salamandre qui reste juvénile toute sa vie. Un animal qui fascine Rémi David, car il a le don de régénérer ses organes. Un symbole fort dans le livre, dont le nom aztèque signifie « serviteur de l’eau » et c’est justement le nom du cabinet d’avocats pour lequel travaille la jeune Samira.
Samira, dans le livre, elle aurait 6 ans en 2026, comme ma fille. Mais elle grandit dans un monde où les enjeux climatiques sont vitaux. Je pense que c’est quelquechose qui travaille beaucoup d’entre nous, ce monde dans lequel on est, et de la vitesse à laquelle ça s’accélère.
Rémi David, auteur de « Prélude à la goutte d’eau » Ce cabinet va faire immobiliser l’iceberg, au large de Cherbourg, le temps de trouver la faille pour empêcher la poursuite de son voyage et son changement d’état : de solide à liquide.
L’iceberg pouvait , comme un être humain, porter plainte en justice dès lors qu’il était la victime d’actions criminelles, qu’il s’agit de traque, de capture, de prédation, d’extraction, d’appropriation, d’emprise…
Extrait du livre « Prélude à la goutte d’eau » de Rémi David, aux Editions Gallimard
L’auteur s’est inspiré de Bernard Tapie pour créer le personnage d’Erik
Erik Dolomont a profité d’un vide juridique pour s’approprier cet iceberg. C’est un businessman qui a bâti sa fortune sur l’exploitation de la crise climatique. « Je ne voulais pas en faire une caricature. Il a un côté très cynique, mais c’est aussi un homme lettré, très populaire, qui a connu des drames dans sa vie. » Pour nuancer son personnage, Rémi David s’est inspiré de la série consacrée à Bernard Tapie, fasciné par « cet homme d’affaires qui peut se montrer très séduisant sur certains aspects. » Le roman pose la question de ce monde de l’argent qui domine le monde et qui dicte la cadence de ce que l’on vit.
Rémi David, auteur de « Prélude à la goutte d’eau » Ce thriller écologique transporte ses lecteurs de la Guinée à la Suède, en passant par le Maroc et la France, comme ces réfugiés climatiques, impuissants face à l’argent et les sécheresses devenues la norme en 2050.
Ce prélude à la goutte d’eau est une invitation à réfléchir au monde de demain : ce que l’on veut en faire, et comment préserver l’eau et la nature, sans quoi, nous ne sommes rien.
Source de l’article : France 3 Régions



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