Trump relance son projet de station balnéaire à Gaza

Après la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, et la poursuite de ses efforts pour mettre la main sur le Groenland, Donald Trump est reparti sur son projet de station balnéaire à Gaza. D’ici trois ans, il espère y voir une série de tours d’appartements luxueux en bord de mer.

Au Forum économique mondial, à Davos, le président des États-Unis a déclaré : « Je suis un promoteur immobilier dans l’âme […] et j’ai dit : » Regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ça pourrait être pour tant de gens. « » Ce projet immobilier lance le « Conseil de la paix » imaginé par Donald Trump pour superviser la reconstruction de Gaza et qui peut déjà compter sur l’adhésion de plusieurs pays.

La France ne s’y joindra pas « à ce stade » , invoquant des contradictions avec la Charte de l’ONU. Le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne n’ont pas montré plus d’enthousiasme.

Le président américain a retiré jeudi son invitation au premier ministre Mark Carney pour que le Canada en fasse partie. Ottawa était jusqu’ici resté vague sur ses intentions d’y prendre part.

L’Arabie saoudite, Israël, la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, l’Indonésie, le Pakistan, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Argentine, le Maroc et la Hongrie en seront.

Donald Trump a soutenu que la Russie avait dit oui, mais Moscou a indiqué être en train d’ « étudier » la question. « Nombril en chef du monde » Tout ça n’est rien de moins qu’ « un plan d’affaires vaniteux, une des choses les plus odieuses imaginables » , lance Fannie Lafontaine, avocate et professeure de droit à l’Université Laval, spécialisée en droit pénal international. « Ce Conseil de la paix serait littéralement une institutionnalisation marchandisée de Trump comme nombril en chef du monde » , ironise-t-elle.

Ce projet, ajoute Mme Lafontaine, « fait totalement fi des Palestiniens et de leur droit à l’autodétermination » , ainsi que de leur droit « d’obtenir justice pour les crimes commis » .

Tout gouvernement qui accepterait « de s’impliquer » et de « cracher un milliard » (le prix d’admission au Conseil de la paix) pour aider Trump et ses visées immobilières – sans aucun égard pour les Gazaouis, totalement exclus du projet – fait preuve d’une « idiotie crasse » , renchérit Craig Scott, professeur à la faculté de droit de l’Université York, à Toronto.

Avec une présentation PowerPoint à Davos, Jared Kushner – gendre de Trump et son conseiller informel, mais influent – a souligné qu’ « au Moyen-Orient, ils construisent des villes comme ça, pour deux ou trois millions de personnes, ils le font en trois ans » . « C’est faisable en trois ans si nous voulons que ce le soit » , a-t-il soutenu.

Une reconstruction, sans les Gazaouis

À qui est destinée cette reconstruction ? Pour l’heure, la bande de Gaza demeure enfouie sous des tonnes de débris et des milliers de Palestiniens vivent toujours sous des tentes, après les attaques israéliennes en représailles au massacre du 7 octobre 2023.

L’ONG Oxfam souligne que le plan américain a été soumis à « un parterre de milliardaires à Davos » . Mais « toute reconstruction doit viser à ce que les Palestiniens […] vivent en paix, dans la dignité et la sécurité » , en tout respect de l’intégrité de leur territoire, et en mettant fin « à l’occupation illégale du territoire palestinien occupé » , insiste l’organisme, dans une déclaration écrite.

On est très loin de cet objectif, déplore Oxfam. Un premier ordre d’évacuation – le premier depuis le début du cessez-le-feu en octobre – a été donné cette semaine aux habitants de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, a rapporté l’agence de presse Reuters.

Crise humanitaire toujours en cours

Selon Oxfam, la priorité doit être « de lever les restrictions israéliennes sur l’aide humanitaire » et d’assurer un cessez-le-feu permanent. À l’heure actuelle, la crise humanitaire reste entière et empêche les communautés de se relever, dénonce l’ONG.

La situation au Venezuela et les prétentions américaines sur le Groenland ont monopolisé l’attention médiatique ces dernières semaines. Mais en entrevue, Céline Füri, directrice des Politiques et des campagnes chez Oxfam, rappelle que « la majorité de la population gazaouie est sans domicile » et que les pluies hivernales ont causé maintes inondations qui ont détruit tentes et autres abris de fortune, en plus de rendre des routes impraticables.

Source de l’article : lapresse.ca