Travail sur plateformes numériques : vers un encadrement du freelancing ?
Lancée dans le cadre du programme « Emplois pour les jeunes au Maroc » , porté par Enabel, une étude qualitative pilotée par le Bureau international du travail s’attaque à un phénomène en pleine expansion : le travail via les plateformes numériques. Elle vise à mieux comprendre les réalités des travailleurs concernés, les enjeux économiques et sociaux, ainsi que les pistes pour bâtir une gouvernance inclusive et protectrice.
Livraison, transport, micro-tâches en ligne, prestations spécialisées…, face à l’essor fulgurant du travail via les plateformes numériques, reliant directement travailleurs et clients à travers des applications ou sites web, de nombreuses opportunités économiques se sont ouvertes, notamment pour les jeunes, les femmes et les travailleurs indépendants.
Néanmoins, ce sont autant de défis importants qui s’imposent aussi. Ils concernent la précarité du statut, l’absence ou insuffisance de protection sociale, la rémunération variable, la dépendance vis à vis des algorithmes et l’asymétrie d’information entre plateformes et travailleurs. Autre constat clé : au Maroc, ce phénomène connaît une croissance rapide mais demeure insuffisamment documenté, tant dans les grandes villes que dans les zones intermédiaires.
Il s’inscrit dans un contexte marqué par la montée du freelancing, la digitalisation accélérée des services et une difficulté à distinguer salariat et auto-emploi, emploi, sous-emploi ou travail informel. C’est dans ce cadre que le ministère de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences souhaite conduire une étude qualitative exploratoire. Objectif : mieux comprendre aussi bien les dynamiques du travail sur plateformes numériques et les profils concernés que les représentations ou les conditions de régulation, dans une perspective d’emploi décent, inclusif et productif.
Cette activité, appuyée par le programme de coopération bilatérale 2024-2029 « Maroc Horizons Emploi » mis en œuvre par Enabel (l’Agence belge de développement), est centré sur l’inclusion économique des jeunes, en particulier dans les régions de Fès-Meknès, Tanger-Tétouan-Al Hoceima et l’Oriental. Elle s’inscrit pleinement dans la dynamique nationale de promotion du travail décent tout en étant en cohérence avec les engagements du Maroc et les conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
Une approche scientifique et participative
L’étude à mener, sur la base d’entretiens semi-directifs, groupes de discussion, ateliers participatifs et consultations avec les parties prenantes (travailleurs, plateformes, autorités publiques, syndicats, société civile), devra tout d’abord permettre de produire une cartographie fine du phénomène. Elle aura à mettre en lumière les profils des travailleurs (genre, âge, niveau d’éducation, statut d’emploi), leurs conditions de travail, leurs aspirations mais aussi les risques auxquels ils sont exposés (précarité, absence de protection sociale, instabilité des revenus ou isolement).
Par ailleurs, il est prévu d’établir une typologie des plateformes opérant au Maroc. En effet, l’univers de ces plateformes est hétérogène, avec des géants internationaux (Uber, Glovo, Freelancer.com) opérant aux côtés d’acteurs nationaux ou locaux, dans des secteurs aussi divers que la livraison de repas, le transport de personnes, les services à domicile ou le digital freelancing. Il s’agit donc d’analyser leurs modèles économiques, leur fonctionnement algorithmique, ainsi que leurs relations contractuelles avec les travailleurs. Mais au-delà du simple état des lieux, il faudra formuler des recommandations concrètes pour les décideurs publics. Le but est d’éclairer la régulation du travail sur les plateformes en lien avec les normes internationales du travail, tout en tenant compte du contexte national.
La reconnaissance des travailleurs de plateformes, leur accès à la protection sociale, la couverture santé ou retraite, ainsi que la représentation collective figurent parmi les enjeux majeurs. Soulignons qu’à travers cette étude, aussi bien le ministère qu’Enabel espèrent jeter les bases d’un cadre de gouvernance progressiste, capable de concilier innovation numérique, création d’emplois et justice sociale. Une attention particulière est portée à la question du genre, en vue de garantir une inclusion équitable des jeunes femmes dans cette nouvelle économie.
Les résultats attendus devraient alimenter les politiques publiques nationales en matière d’emploi des jeunes, de transformation numérique et de développement inclusif. Cette étude s’inscrit par ailleurs dans les priorités stratégiques du Maroc en matière de digitalisation et d’emploi décent, telles qu’énoncées dans la Vision 2035 et les engagements internationaux du Royaume.
S.N. / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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