Tomate fraîche : le Maroc s’impose durablement parmi les piliers du marché britannique
En l’espace de vingt ans, le paysage des importations britanniques de tomates fraîches s’est profondément recomposé. Longtemps dominé par les bassins espagnols, puis structuré autour d’un duopole Espagne–Pays-Bas, le marché du Royaume-Uni repose désormais sur un trio d’origines majeures où le Maroc occupe une place centrale. Les données cumulées sur la période 2005–2024 confirment que la tomate marocaine n’est plus une origine émergente mais un fournisseur structurel du marché britannique, au même titre que les Pays-Bas et l’Espagne.
Cette évolution ressort d’une analyse publiée le 28 janvier 2026 par Hortoinfo, réalisée à partir des statistiques primaires de COMTRADE, la base de données de la Division des statistiques des Nations Unies, complétées par les chiffres d’Estacom ICEX pour les flux spécifiques d’Almería et des îles Canaries, sous le code 0702 du tarif douanier européen TARIC.
En 2005, la hiérarchie des fournisseurs de tomates du marché britannique était sans ambiguïté. L’Espagne occupait alors la première place mondiale en volume avec 182,68 millions de kilos exportés vers le Royaume-Uni. Les Pays-Bas suivaient, tandis que le Maroc demeurait un acteur marginal avec à peine 1,4 million de kilos expédiés cette année-là. Cette configuration n’a toutefois résisté ni aux mutations des filières européennes ni à l’émergence progressive de nouvelles origines compétitives.
Dès 2007, les Pays-Bas prennent l’avantage sur l’Espagne, avant que cette dernière ne perde définitivement sa position de leader à partir de 2009. Si les exportations espagnoles vers le Royaume-Uni se maintiennent à des niveaux significatifs, elles entament une trajectoire descendante de long terme. En 2021, l’Espagne ne se classe plus qu’en troisième position derrière le Maroc, avec 66,2 millions de kilos exportés, contre 110,8 millions de kilos pour le Royaume.
La progression marocaine apparaît, à cet égard, comme l’un des faits majeurs de ces deux décennies. Entre 2005 et 2024, les exportations marocaines de tomates fraîches vers le marché britannique passent de 1,4 million à 134,8 millions de kilos, soit une multiplication par 98 en volume. Cette dynamique permet au Maroc de dépasser successivement Almería en 2017, puis l’Espagne en 2021, avant de prendre la tête du marché en 2022, devançant pour la première fois les Pays-Bas avec 144,3 millions de kilos exportés contre 124,2 millions pour l’origine néerlandaise.
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Si les Pays-Bas retrouvent leur première place en 2023 et la confirment en 2024 avec 147,4 millions de kilos exportés vers le Royaume-Uni, le Maroc consolide néanmoins sa position de fournisseur clé, avec des volumes proches de 135 millions de kilos. Cette alternance au sommet du classement souligne la structuration d’un marché désormais dominé par deux origines majeures, tandis que l’Espagne occupe une troisième place stabilisée mais nettement inférieure en volume.
Le cas des îles Canaries illustre, en parallèle, l’ampleur des recompositions à l’œuvre. Historiquement liées au marché britannique, les exportations canariennes de tomates se sont effondrées sur la période observée. De 73,14 millions de kilos en 2005, elles chutent à seulement 39 480 kilos en 2024, soit une baisse de 99,95 %. Ce quasi-effacement contraste avec la trajectoire marocaine et témoigne d’un changement profond des équilibres méditerranéens.
Almería connaît également un recul, bien que plus modéré. Les exportations de tomates de cette province andalouse vers le Royaume-Uni passent de 34,17 millions de kilos en 2005 à 23,09 millions de kilos en 2024, soit une baisse cumulée de 32,43 %. Jusqu’en 2017, Almería devançait encore le Maroc sur ce marché, avant que ce dernier n’installe un écart croissant d’année en année.
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À l’issue de ces vingt années, le marché britannique de la tomate fraîche repose donc sur une configuration stabilisée autour de trois piliers. Les Pays-Bas conservent un rôle central, le Maroc s’affirme comme un fournisseur de premier rang, et l’Espagne maintient une présence significative mais en retrait. Pour les opérateurs marocains, ces chiffres confirment que la compétitivité du Royaume sur ce marché s’inscrit désormais dans la durée, sur un terrain où la concurrence se joue entre acteurs structurés et volumes massifs.
Source de l’article : AgriMaroc.ma



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