Tests de QI : seule une minorité d’enfants surdoués à 7 ans le reste à l’adolescence

Dans bien des familles, le jour où un psychologue annonce qu’un enfant de 7 ans est « surdoué » ressemble à un tournant. On imagine déjà un parcours scolaire hors norme, des facilités qui dureront toute la vie, parfois des aménagements spécifiques à l’école. Une vaste étude de suivi montre pourtant que cette image figée ne colle pas vraiment à la réalité.

Ce que révèle le suivi du QI jusqu’à l’adolescence

Des milliers d’enfants et adolescents ont été testés à plusieurs reprises dans le cadre de la Twins Early Development Study (TEDS) au Royaume-Uni, les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Intelligence & Cognitive Abilities. Les auteurs ont distingué deux groupes à partir des tests réalisés à 7 ans : 3 958 enfants avec des scores dits « normatifs » (entre 99 et 115 points) et 1 580 enfants au-dessus de 115, considérés comme à haute capacité. Les mêmes participants ont ensuite été évalués à 12, 16 et 21 ans, puis leurs trajectoires ont été modélisées grâce à des modèles de courbe latente. « Nous avons cherché à éclairer la question de savoir s’il est fiable d’identifier des enfants à haute capacité cognitive à des stades prématurés du développement. Étant donné que les mesures présentent une fiabilité relativement faible aux âges précoces, nous nous attendions à des changements cognitifs/intellectuels remarquables tout au long de l’enfance et du début de l’adolescence », indiquent les chercheurs.

Les résultats confirment cette forte mobilité. Parmi les enfants du groupe à haute capacité à 7 ans, seuls 16 % conservent un niveau élevé à 16 ans. Dans le groupe normatif, environ 8 % des enfants « dans la moyenne » à 7 ans accèdent à un niveau élevé à 16 ans. L’étude scientifique décrit une population « cognitivement mobile » où une partie des enfants perd son avance, tandis qu’une petite minorité, partie de scores moyens, grimpe dans le haut de la distribution.

Sur cette base, les chercheurs estiment qu’identifier très tôt une « surdouance » a donc un intérêt limité. Selon eux, l’âge où il devient vraiment pertinent de parler de haute capacité générale se situe plutôt autour de 12 ans, à condition d’organiser des réévaluations régulières. Concrètement, un enfant surdoué à 7 ans peut revenir dans la norme quelques années plus tard, tandis qu’un camarade jusque-là discret peut voir ses performances s’élever pendant le collège.

Gènes : un moteur puissant de l’évolution cognitive

Pour expliquer les trajectoires individuelles, les chercheurs ont intégré au modèle statistique des marqueurs génétiques. Leur constat est clair : « Les scores polygéniques (potentiel génétique) plutôt que des facteurs situationnels tels que les environnements familiaux et scolaires (problèmes de comportement, chaos à la maison, événements de vie, etc.) prédisent les changements de capacité cognitive identifiés à mesure que les enfants grandissent ». Ils ajoutent : « Ce schéma est particulièrement vrai pour les enfants à haute capacité cognitive ».

L’école : un levier décisif à l’adolescence

Les données de l’étude montrent que l’engagement scolaire à 16 ans accompagne une hausse des capacités cognitives, quel que soit le niveau de départ. Les auteurs ne parlent pas ici de « réussite scolaire » au sens administratif, mais de l’implication réelle de l’élève dans ses apprentissages.

Cela signifie qu’un environnement scolaire stimulant peut aider certains adolescents à progresser bien après la fin du primaire, y compris ceux qui n’étaient pas classés à haute capacité à 7 ans.

Selon eux, « Relier le potentiel génétique, le développement du cerveau et la capacité cognitive est crucial pour mieux comprendre les changements identifiés ».

L’environnement : un facteur moins déterminant qu’on ne pense

L’étude révèle également une différence notable entre enfants selon leur niveau initial. Les chercheurs montrent que :

Les enfants ayant des scores normatifs à 7 ans sont plus sensibles aux instabilités familiales et aux événements de vie ;

Les enfants très doués semblent relativement protégés de ces variations environnementales.

Ils écrivent que les facteurs familiaux ou scolaires ne prédisent pas les trajectoires cognitives aussi fortement que les marqueurs génétiques. Les auteurs concluent que « l’identification prématurée des enfants à haute capacité cognitive n’est pas justifiée »et que « des suivis programmés sont nécessaires car nous avons constaté que la plupart des enfants sont intellectuellement mobiles en vieillissant. Parmi ceux qui obtenaient un score d’un écart-type au-dessus de la moyenne à 7 ans, seule une infime minorité préserve ensuite ses marques de haute capacité ».

Même si cette étude renforce l’idée d’une origine plus génétique de l’intelligence, elle ne permet pas de trancher sur le débat inné-acquis qui opposent de nombreux scientifiques depuis des décennies. Elle permet cependant de relativiser l’importance des tests de QI à des âges précoces, montrant que cette évaluation de l’intelligence peut donner des résultats qui vont fortement varier au cours de la vie.

Source de l’article : Doctissimo