Super-grippe: le Maroc face à un variant plus virulent

Alors qu’une vague grippale d’une intensité inhabituelle frappe plusieurs pays européens, le Maroc enregistre à son tour une hausse marquée des infections respiratoires. Cas plus sévères, apparition d’un variant émergent et risque de tension hospitalière: le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques de santé, dresse un état des lieux préoccupant et met en garde contre les semaines à venir.

En Europe, la grippe sévit avec force. En France, en Allemagne, au Royaume-Uni et dans d’autres pays, les autorités sanitaires sont en alerte face à une circulation exceptionnellement élevée du virus. Les services d’urgence sont sous pression, les établissements scolaires enregistrent de nombreuses absences et les adolescents ainsi que les jeunes adultes figurent parmi les premières catégories touchées, avant que les enfants ne soient à leur tour concernés.

Le Maroc suit une trajectoire comparable. Depuis la mi-novembre, médecins et pharmaciens constatent un afflux inhabituel de patients présentant des symptômes particulièrement marqués: fièvres élevées, courbatures intenses, fatigue écrasante, toux persistante, parfois associées à des troubles digestifs. Nombreux sont ceux qui évoquent une grippe « plus violente que les autres années », une perception renforcée par l’émergence d’un nouveau variant, rapidement baptisé par les médias la «super-grippe». Pour comprendre cette dynamique, le Dr Tayeb Hamdi livre une analyse détaillée et appelle à la vigilance.

Selon les premières données internationales, un facteur central se dégage : l’apparition récente d’un variant particulièrement actif. « Un nouveau variant du virus de la grippe, appelé sous-clade K – surnommé super-grippe par les médias et les réseaux sociaux – a émergé et circule activement. Il s’agit d’un variant de la souche A(H3N2), qui a accumulé pendant l’été 2025 sept mutations, le distinguant de la souche qui circulait auparavant», explique le Dr Hamdi.

Ces mutations ne sont pas anodines. Elles ont modifié le comportement du virus, notamment sa capacité à contourner l’immunité existante. « Elles ont permis à ce nouveau variant de détourner l’immunité contre les virus grippaux. On a observé une circulation intense parmi les adolescents, les jeunes et les adultes, puis les enfants et le reste de la population, avec des saisons grippales précoces au Japon d’abord, puis aux États-Unis, au Canada, en Europe et dans l’ensemble de l’hémisphère Nord», souligne le spécialiste.

La propagation a été fulgurante. «Cette diffusion rapide de la super-grippe s’ajoute à la virulence initiale déjà connue de la souche H3N2 par rapport à H1N1!», précise-t-il, une combinaison qui éclaire la recrudescence des formes sévères observées à l’international.

Le Royaume n’échappe pas à cette tendance mondiale. «Au Maroc, on constate sur le terrain, en attendant les chiffres officiels du ministère de la Santé, une accélération des cas de syndromes grippaux depuis la mi-novembre, qui s’intensifie ces derniers jours, au lieu d’un démarrage habituel en décembre », observe le Dr Hamdi. Les perspectives pour les semaines à venir sont claires: «Comme dans les autres pays de l’hémisphère Nord, on s’attend à beaucoup plus de cas, des infections plus sévères et davantage de formes graves parmi les groupes vulnérables».

Ces groupes à risque incluent les personnes de plus de 65 ans, celles souffrant de maladies chroniques quel que soit l’âge, les femmes enceintes, les personnes obèses, celles dont l’immunité est affaiblie, ainsi que les enfants de six mois à cinq ans. L’impact pourrait également dépasser le seul champ sanitaire.

«Il faut aussi s’attendre à une mise sous tension du système de santé dans les semaines à venir, avec un absentéisme accru dans les activités économiques et scolaires», avertit l’expert.

Sur le plan clinique, les manifestations de cette super-grippe restent proches de celles de la grippe saisonnière, mais avec une intensité parfois plus marquée. «Les symptômes demeurent similaires: fièvre élevée pouvant atteindre 39 à 40 °C, frissons, maux de tête, écoulement nasal, douleurs articulaires et musculaires, toux sèche, parfois accompagnées de diarrhée ou de vomissements», détaille le Dr Hamdi.

La question de l’efficacité vaccinale est dès lors centrale. « Les vaccins pour la saison 2025-2026 incluent l’ancienne souche H3N2 et non celle qui a récemment émergé. Toutefois, les données épidémiologiques recueillies au Royaume-Uni montrent que ces vaccins continuent d’offrir une certaine protection contre le virus en circulation, et surtout une forte protection contre les formes graves», assure-t-il.

Le médecin lance d’ailleurs un appel clair à la population, en particulier aux personnes à risque: «Il est encore temps de se faire vacciner le plus rapidement possible. Il faut rappeler que la protection ne commence effectivement que deux semaines après l’injection».

Dans l’attente du pic épidémique attendu dans les prochaines semaines, la prévention demeure l’arme la plus efficace pour limiter la propagation du virus et réduire la gravité des cas. Outre la vaccination, que le Dr Hamdi qualifie d’« outil le plus efficace pour se protéger contre la grippe, et surtout contre ses formes graves », il insiste sur l’importance des gestes de vigilance dès l’apparition des premiers symptômes.

Rester chez soi et limiter les contacts, notamment avec les personnes vulnérables, pratiquer une hygiène régulière des mains, aérer les espaces de vie et porter un masque en cas de contact nécessaire avec autrui figurent parmi les recommandations clés. Des mesures simples mais essentielles qui, appliquées avec rigueur, pourraient contribuer à atténuer l’impact de cette super-grippe sur le Maroc dans les semaines à venir.

Source de l’article : lareleve.ma