Stationnement au Maroc : de grands changements se profilent

Stationnement au Maroc : de grands changements se profilent

Le stationnement au Maroc connaît une transformation profonde. D’activité largement informelle, il s’impose désormais comme un levier central des stratégies Smart City, à la jonction de la fluidité du trafic, de la digitalisation et des recettes publiques, avec des enjeux d’inclusion sociale.

Avec plus de 4,5 millions de véhicules en circulation en 2025, le besoin de structuration est immense. Dans les grandes villes comme Casablanca ou Rabat, la pression automobile est telle qu’une voiture qui cherche une place représente jusqu’à 30% du trafic urbain. Digitaliser le stationnement ne sert donc pas seulement à faciliter la vie des conducteurs : cela permet également de réduire les embouteillages, la pollution et les pertes de temps. Selon un expert en Smart Cities qui a requis l’anonymat, « le stationnement est probablement le levier le plus sous-estimé de la modernisation urbaine… alors qu’il conditionne l’équilibre global de la ville » .

Le stationnement comme pilier de la « Smart City » marocaine

Dans une approche Smart City, le stationnement ne se limite plus à un simple marquage au sol. Capteurs Internet of things (IoT), applications mobiles, systèmes de reconnaissance des plaques d’immatriculation : la donnée devient un outil de pilotage. Les municipalités peuvent désormais connaître en temps réel le taux d’occupation des places, ajuster les tarifs en fonction de la demande et limiter la circulation liée à la recherche de stationnement. « Une Smart City n’est pas une ville équipée d’écrans supplémentaires. C’est une ville capable d’anticiper ses flux et d’intervenir avant la saturation » , indique l’expert.

Au-delà de la fluidité du trafic, la digitalisation contribue également à la réduction des émissions de CO₂ et à l’amélioration de la qualité de vie. L’intégration de bornes de recharge électrique dans les nouveaux parkings accompagne la transition vers une mobilité plus durable.

Par ailleurs, le seuil des 10.000 véhicules 100% électriques en circulation a été dépassé en juin 2025. Cette progression s’accompagne d’un développement soutenu des infrastructures, avec désormais près de 2.500 points de recharge déployés à l’échelle nationale avec une concentration forte sur l’axe Tanger-Agadir.

Digitalisation du stationnement : concilier performance fiscale et inclusion sociale

La modernisation du stationnement au Maroc répond tout d’abord à un impératif budgétaire. Dans le modèle de la Smart City, chaque place de parking non digitalisée est une perte sèche pour les finances communales. L’adoption d’horodateurs connectés et d’applications de paiement mobile vise donc à instaurer une transparence totale, garantissant que les recettes profitent directement à la collectivité tout en asséchant l’économie informelle.

Cependant, cette mutation technologique ne peut pas faire l’impasse sur la réalité sociale. Les gardiens informels font partie intégrante du paysage urbain marocain. Au-delà du stationnement, ils assurent une mission de sécurité de proximité et de sécurité.

Comme le souligne l’expert : « Une Smart City doit être inclusive. Exclure brutalement ces acteurs vulnérables sous prétexte de modernité risquerait d’accentuer la précarité et de cristalliser les tensions sociales. » Pour réussir, la transition doit être collaborative et reposer sur une synergie entre les secteurs public et privé. C’est-à-dire que L’État et les municipalités ont un rôle de formation. Accompagner les gardiens vers l’alphabétisation numérique et l’utilisation des nouveaux outils de gestion. Les entreprises peuvent elles aussi intégrer ces profils dans le circuit formel. En les recrutant pour la surveillance des infrastructures, l’assistance aux usagers ou le signalement des infractions, elles transforment une activité précaire en un emploi salarié.

Des investissements lourds, des actifs stratégiques

La modernisation du stationnement implique de gros investissements, notamment pour la construction de parkings souterrains. « Creuser en centre-ville, sécuriser les infrastructures et déployer des systèmes intelligents représente des dizaines, voire des centaines de millions de dirhams » , indique l’expert. Par exemple, le parking Casa Anfa, inauguré le 26 février 2026 et disposant de 1.500 places, a nécessité un investissement global de 270 MDH. Certaines municipalités ne peuvent pas supporter seules ces coûts.

Dans ce contexte, les partenariats public-privé apparaissent comme un modèle incontournable. Par ailleurs, dans des villes à forte densité, le stationnement devient un actif stratégique. La rareté du foncier renforce la valeur de chaque mètre carré. Un parking bien situé peut générer des revenus réguliers et sécurisés, parfois plus rentables que certains segments immobiliers traditionnels.

Dans les zones de forte densité comme à Casablanca (Maârif, Gauthier) le rendement d’une place de parking est meilleur que le résidentiel. Le stationnement est de 6% à 9% de rendement brut annuel. Alors que dans l’immobilier résidentiel, il n’est que de 3,5% à 5% en moyenne dans le haut standing.

L’effet catalyseur de 2030

À l’horizon de la Coupe du monde de la FIFA 2030, l’échéance joue un rôle d’accélérateur stratégique. L’accueil de millions de visiteurs exigera une gestion optimisée des automobilistes, des infrastructures modernisées ainsi que des solutions de paiement rapides, fluides et sécurisées. « Si le stationnement est mal structuré, c’est toute l’expérience urbaine qui en souffre.

À l’inverse, un dispositif performant peut devenir un véritable levier d’image à l’international » , souligne l’expert. Le Royaume devra ainsi faire du stationnement un chantier prioritaire afin de se distinguer du Mondial 2026 où des polémiques émergent déjà, aux États-Unis autour de tarifs jugés excessifs et de parkings situés à plusieurs kilomètres des stades.

Corentin Nado / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma

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