Souss-Massa : Tourisme rural, levier d’équité territoriale
Longtemps perçu comme une terre d’agriculture et de pêche, l’arrière-pays du Souss-Massa s’affirme aujourd’hui comme un véritable laboratoire du tourisme rural. Dans ses vallées verdoyantes, ses oasis millénaires et ses villages accrochés aux montagnes de l’Anti-Atlas, une nouvelle dynamique est à l’œuvre : celle d’un développement touristique ancré dans les territoires, équilibré et durable.
Avec plus de 300 établissements d’hébergement rural et près de 3.000 lits disponibles, le Souss-Massa s’impose comme la région pionnière du tourisme rural au Maroc. Près de 1.000 emplois directs y sont générés, preuve que ce secteur est devenu un pilier de la vitalité économique locale.
Une réussite portée par la Société de développement régional du Tourisme (SDR Tourisme Souss-Massa), le Conseil régional Souss-Massa et le Réseau de développement du tourisme rural, qui ont fait du tourisme de l’arrière-pays un axe majeur de la politique d’équité territoriale.
Valoriser, relier et transmettre
Chaque année, la SDR Tourisme Souss-Massa fait déployer un plan d’action ambitieux, financé dans le cadre d’une convention annuelle avec la région. Objectif : réhabiliter les sites naturels, valoriser le patrimoine culturel et développer un réseau cohérent de circuits touristiques reliant la montagne, la plaine et le littoral.
Cette stratégie s’appuie sur des études territoriales approfondies et une approche participative impliquant les acteurs locaux. À l’écoute des besoins du terrain, la SDR a lancé plusieurs études structurantes : le Pays d’accueil touristique d’Ida Outanane (PATI), la palmeraie de Tiout, la zone nord-est de Taroudant, les territoires de l’Anti-Atlas et la province de Tata, riche de son patrimoine rupestre unique.
Ces initiatives visent toutes à ancrer le tourisme dans la vie locale : encourager les jeunes et les femmes à créer des microentreprises, renforcer la formation, valoriser les produits du terroir, promouvoir l’artisanat et préserver la mémoire collective.
Du circuit du miel d’Ida Outanane à celui du safran, et du lac d’Ifni en passant par les palmeraies de Tiout et les grandes traversées de l’Anti-Atlas, la région propose aujourd’hui une palette d’expériences authentiques : écotourisme, agrotourisme, tourisme communautaire ou sportif.
Les circuits d’art rupestre de Tata font, quant à eux, voyager à travers le temps, dans un Maroc préhistorique sculpté dans la pierre. Ces itinéraires ne se contentent pas d’offrir une immersion culturelle, ils dynamisent des zones longtemps marginalisées, favorisent la création d’emplois et contribuent à la lutte contre l’exode rural.
Un modèle de gouvernance territoriale
Sous la houlette de la SDR, le développement du tourisme rural s’inscrit dans une logique de gouvernance intégrée : implication des collectivités, partenariat avec les associations locales et accompagnement du secteur privé.
Le programme de rénovation du parc des établissements d’hébergement touristique en milieu rural, doté d’un budget de 10 millions de dirhams, permet d’appuyer financièrement les établissements existants jusqu’à hauteur de 50% de l’investissement, avec un plafond de 400.000 DH par structure.
En parallèle, une vingtaine de sites touristiques ont été aménagés ou valorisés : Imourane, la Vallée du Paradis, le rucher d’Inzerki, le parc forestier d’Aït Baha, le lac Ifni, Aït Mansour, la Menara d’Aït Jerrar ou encore le site culturel de Taalat… Autant de destinations qui traduisent la volonté de faire du Souss-Massa une région modèle en matière de tourisme durable.
Des défis encore à relever
Mais si la base est solide, le tourisme rural du Souss-Massa doit encore franchir un cap. La connectivité reste un frein : routes secondaires parfois vétustes, signalétique insuffisante et accès difficiles à certains sites.
Sur le plan promotionnel, les circuits manquent encore de visibilité sur les marchés nationaux et étrangers. La commercialisation, elle aussi, demeure fragmentée : trop d’initiatives locales restent isolées, sans plateforme commune ni stratégie marketing intégrée.
Pour transformer le potentiel en véritable moteur économique, il faut structurer la chaîne de valeur : mieux former les acteurs, renforcer la digitalisation, améliorer la qualité des services et consolider la mise en réseau des opérateurs. En d’autres termes, passer d’un tourisme de projets à un tourisme de destination.
C’est à ce prix que le Souss-Massa pourra capitaliser sur ses atouts naturels et humains et inscrire durablement le tourisme rural au cœur du développement territorial équitable du Maroc.
Source de l’article : La Vie éco



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