Sorti il y a 24 ans, c’est le meilleur film de guerre de Ridley Scott… Mais le Pentagone exigea un changement majeur s’agissant d’un des personnages

À 64 ans, Ridley Scott réalisait un film de guerre marquant : La Chute du faucon noir, avec notamment Josh Hartnett, Ewan McGregor, Tom Sizemore et Eric Bana. Une œuvre reconnue pour son réalisme et son esthétisme, qui allait devenir une référence pour le cinéma de guerre et même inspirer des créateurs de jeux vidéo. Mais comme c’est souvent le cas pour ce type de production, l’aide du Pentagone n’était pas gratuite et a entraîné certaines contraintes.

Il n’est pas rare que les productions cinématographiques américaines fassent appel au gouvernement pour obtenir des facilités : autorisations de tournage, conseils techniques, expertise sur des sujets précis… La NASA collabore régulièrement avec Hollywood à ce titre, et le Département de la Défense (DOD) américain entretient depuis près d’un siècle des liens étroits avec l’industrie cinématographique. Le DOD dispose même d’un bureau de liaison à Los Angeles pour superviser ces collaborations.

Comme l’explique le site officiel du DOD, son rôle est double : « Dépeindre avec précision les récits militaires et s’assurer que les informations sensibles ne sont pas divulguées. » Le lieutenant-colonel Tim Hyde, responsable du bureau de liaison, précise : « Nous prenons ces deux rôles très au sérieux. » Mais cet appui n’est jamais sans conditions : les autorités demandent parfois des ajustements scénaristiques ou des modifications de personnages pour que le récit corresponde à leurs attentes.

Un film de guerre réaliste et clinique

Après avoir exploré de nombreux genres – drame historique, péplum, science-fiction, thriller, polar – Ridley Scott se lançait dans un film de guerre réaliste et intense. Tourné entre mars et juillet 2001, La Chute du faucon noir sortira peu après les attentats du 11 septembre, dans une Amérique en deuil et en guerre.

Le film s’inspire du livre Black Hawk Down : A Story of Modern War de Mark Bowden, journaliste au Philadelphia Inquirer et coscénariste du film. Il relate l’opération de la Task Force Ranger à Mogadiscio le 3 octobre 1993, destinée à capturer des lieutenants de Mohamed Farrah Aidid, chef de guerre somalien. L’opération dégénère rapidement lorsque les soldats américains se retrouvent pris pour cibles par des factions rebelles et par la population locale.

Mark Bowden souligne : « Le film est extraordinairement fidèle à la réalité. » Toutefois, Ridley Scott a choisi de minimiser le contexte politique, le point de vue somalien et l’aspect négatif de l’opération, qualifiée par Bowden de « désastre politique » . Le réalisateur précise : « J’ai surtout voulu mettre en scène l’anatomie d’une guerre moderne. La Chute du faucon noir est un film clinique, aussi proche du documentaire que possible. » Bowden ajoute : « Comme j’ai surtout écrit sur ce qu’ont vécu les soldats américains, on a décidé que ce serait le cœur du film. Ridley Scott a fait tout ce qu’il a pu pour montrer que l’ennemi n’était pas qu’une bande de rebelles et qu’il y avait une logique derrière leur combat. » L’aide… et la pression du Pentagone

Le Pentagone, séduit par le projet, a fourni matériel et entraînement. Susan Tick, responsable de la communication chez Sony Columbia Pictures, se souvient : « La Chute du faucon noir, qui traite de l’échec du raid en Somalie, pouvait sembler être un projet peu susceptible d’obtenir l’aide du Pentagone, mais ils sont allés au-delà de tout ce que nous pouvions espérer. » Philip Strub, à la tête du bureau de liaison du Pentagone avec l’industrie du film, précise : « Le Pentagone a aimé le projet, parce que c’était une chance de montrer la bravoure des soldats et de démontrer les choix difficiles que les États-Unis doivent faire pour décider où intervenir. » Pour le tournage au Maroc, 100 soldats ont été mobilisés et Sony a dépensé 3 millions de dollars pour utiliser huit hélicoptères militaires.

Mais cette collaboration a entraîné une exigence particulière : le personnage joué par Ewan McGregor, John Grimes, a dû voir son nom changé à la demande de l’armée. Inspiré du Ranger John Stebbins, Grimes est un militaire sympathique mais bureaucratique, confronté à la dure réalité du terrain. Le problème : Stebbins avait été condamné en juin 2000 à 30 ans de prison pour des crimes abominables, malgré la Silver Star qu’il avait reçue pour bravoure lors des événements relatés dans le film. L’armée ne voulait pas que l’héritage d’un ancien héros désormais déchu pèse sur le personnage du film.

La Chute du faucon noir est à revoir en streaming sur Netflix.

Source de l’article : AlloCiné