Sébastien Loeb face à son destin et un choc des générations sur le Dakar 2026 : « C’est de loin le meilleur pilote du plateau et il n’a toujours pas gagné »
Le marchand de sable, costume que le directeur du Dakar, David Castera, enfilera à partir du prologue samedi, est passé tôt mercredi soir dans le motor-home de Sébastien Loeb. Se retrouver seul en Arabie saoudite, un pays peu propice aux excès, n’était pas la meilleure des situations pour improviser un réveillon festif. Surtout qu’il y avait « école » le lendemain. « Comme on roulait en essais ce matin (jeudi), je n’ai même pas attendu minuit, je me suis endormi devant une série à 23 heures » , racontait l’Alsacien en ce premier de l’an, durant lequel il a effectué, comme bon nombre de concurrents, une soixante de kilomètres afin de « vérifier que tout était bien monté et que tout fonctionnait normalement » sur son Dacia Sandrider.
La page 2025 tournée et les « festivités » achevées, celui qui court toujours après sa première victoire sur le Dakar après neuf participations espère que la période défaites est terminée. Le fait d’avoir bouclé la saison sur un succès référence au Rallye du Maroc, mi-octobre, son deuxième seulement depuis qu’il a basculé en rallye-raid en 2016, tend à prouver que Loeb (51 ans) a enfin trouvé le mode d’emploi de sa nouvelle discipline, après avoir trop souvent vu ses espoirs de victoire s’envoler sur des pépins mécaniques, des erreurs de navigation ou des fautes de pilotage à force de trop en faire, sans en avoir forcément l’impression pour autant.
Une concurrence féroce pour la victoire finale « Avec ma carrière en rallye, mon rythme naturel de pilotage est très porté sur l’attaque, donc je roulais en rallye-raid sans trop me poser de questions. Avec l’expérience accumulée sur ce terrain particulier qu’est le rallye-raid, j’en lâche sans doute un peu plus désormais, concède le nonuple champion du monde WRC, qui s’élance avec un nouveau copilote, Édouard Boulanger. Cela me permet sûrement de faire moins d’erreurs, mais une seule peut suffire pour tout foutre en l’air, comme au Dakar l’an dernier (tonneaux lors de la troisième étape). » Si Loeb (5 podiums sur le Dakar) est loin d’être un manche dans le désert, son absence de réussite étonne jusqu’à Sébastien Ogier, qui vient de le rejoindre au palmarès du WRC. « Seb est de loin le meilleur pilote du plateau et il n’a toujours pas gagné, cela prouve que la part d’aléatoire est très importante en rallye-raid, observe le Gapençais, pas attiré pour l’instant par le pilotage à vue dans le désert. C’est d’autant plus bizarre de voir qu’il n’y arrive pas que sa force en rallye était de savoir parfaitement doser son effort. » Au-delà des questions sur sa capacité à adapter son rythme à un terrain plein de surprises et à des choix de carrière qui lui ont sans doute coûté quelques mésaventures, notamment ses quatre participations avec BRX (2021 à 2024), Loeb est aussi tombé sur quelques os. Ceux des dinosaures Stéphane Peterhansel (60 ans), Nasser al-Attiyah (54 ans) et Carlos Sainz (63 ans), trio qui a cannibalisé les victoires entre 2015 et 2024, jusqu’à la victoire surprise de Yazeed al-Rajhi l’an dernier. Si Peterhansel, « Monsieur Dakar » , brillait de mille feux jeudi aux côtés de son Defender doré dans le bivouac de Yanbu, sur les rives de la mer Rouge, il n’aspire plus à la victoire. Mais Sainz (Ford) et Al-Attiyah (équipier de Loeb chez Dacia) seront encore, malgré le poids des années qui commence parfois à se faire sentir, de redoutables adversaires.
La liste des prétendants à la victoire, le 17 janvier, encore à Yanbu après une boucle de 8 000 km, ne s’arrête pas là. « C’est fini le temps où on était trois à pouvoir gagner, analyse Loeb. Maintenant, si tu fais une mauvaise spéciale, tu finis 12e. » La faute à une nouvelle génération qui ne voit plus le rallye-raid comme une reconversion ou une caisse de semi-retraite, mais comme un vrai choix de carrière. « Même s’il ne faut pas enterrer trop vite Nasser ni Seb, qui sont au-dessus du lot, on sent qu’on s’approche d’un renouvellement de génération, analyse Peterhansel. Ces gars-là ont un désert à la porte de leur maison, ils ont du talent et ont grandi dans des Championnats nationaux de très bon niveau, sur des courses qui, dans l’esprit, se rapprochent d’un Dakar. Avant ils se contentaient de coups d’éclat, mais là, on sent qu’ils deviennent plus constants et que l’un d’eux peut gagner rapidement. » « Avec tous ces jeunes, le nombre de vainqueurs potentiels a explosé, constate aussi Sainz. (Mattias) Ekström, (Mitchell) Guthrie, (Lucas) Moraes, (Seth) Quintero, (Joao) Ferreira, (Henk) Lategan ont des top voitures et sont super rapides. Et j’en oublie certainement. » « Je ne suis pas là juste pour faire le nombre » , clame ainsi le Portugais Ferreira (26 ans), qui s’est révélé en 2025 au volant d’un Toyota. Eryk Goczal, du haut de ses 21 ans, rêve lui aussi de bousculer l’establishment dès son premier Dakar en catégorie reine. Loeb, Sainz et Al-Attiyah restent favoris. Mais ils ont tout intérêt à ne pas s’endormir.
Source de l’article : L'Équipe



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