Saisis par les douanes, des ossements fossilisés datant de plusieurs millions d’années ont été remis à un laboratoire scientifique spécialisé
À la suite d’une saisie des douanes, un laboratoire spécialisé en paléontologie de l’université de Poitiers s’est vu remettre une centaine de fossiles qui serviront à la formation des étudiants.
C’est lors d’une intervention en 2023 dans une voiture en provenance du Maroc que les douanes ont saisi une centaine d’ossements et mâchoires fossilisées en très bon état de conservation. Ces objets viennent d’être remis au laboratoire Paveloprim de l’université de Poitiers à des fins pédagogiques.
Des fossiles qu’on ne peut dater
Cette collection compte notamment de nombreuses mâchoires de mosasaures. Il ne s’agit pas d’une espèce de dinosaure mais d’un reptile marin de type lézard vivant il y a plusieurs millions d’années. Ce sont des fossiles uniques mais qu’on ne peut malheureusement pas dater, ce qui en réduit l’intérêt scientifique. « C’est incroyable d’avoir des fossiles dans cet état-là mais de ne pas être capable de les remettre dans un contexte, de ne pas être capable de reconstruire leur environnement, c’est triste, » déplore Jules Martineau, étudiant en Master 2 – Paléontologie, Biodiversité, Écologie, Évolution. « Ce n’est pas ce qu’on souhaite quand on est passionné. On a envie de savoir où ces animaux vivaient, dans quel contexte, quelles étaient les interactions entre eux et c’est dommage de perdre toutes ces informations-là. » Un point de vue que partage évidemment le directeur du laboratoire Paveloprim. « Nous les paléontologues, quand on trouve des fossiles, on prend du sédiment, tout un ensemble de végétaux et d’animaux qui ont vécu ensemble et avec le niveau stratigraphique (relatif aux couches rocheuses, aux strates), on peut connaître l’âge, » explique Gildas Merceron, le directeur du laboratoire et également directeur de recherche CNRS. « Dans ce cas, les douanes nous ont transmis ce matériel impressionnant mais on ne connaît pas la localisation, ni si ces objets viennent du même niveau stratigraphique ou de différents niveaux. Donc, la valeur scientifique de ces objets a quasiment disparu. On a accepté de recueillir ces pièces dans notre laboratoire pour s’en servir de support à la formation de nos étudiants. » Du matériel pédagogique
Et c’est là où les outils numériques entrent en scène. Les fossiles sont numérisés et deviennent un outil pédagogique pour apprendre à utiliser les scanners.
Jérôme Surault est le responsable de la plateforme technique de Paveloprim : « La numérisation 3D va nous permettre d’abord de faire une copie virtuelle de l’objet. On va pouvoir travailler sur cet objet, faire des analyses, réaliser des coupes et parfois exporter ces fichiers à l’étranger pour comparer avec d’autres spécimens. On ne travaille pas directement sur l’objet, ce qui préserve sa sécurité et sa longévité. » La déception de ne pas pouvoir dater ces fossiles uniques est donc compensée par le matériel offert pour l’enseignement des étudiants. « Ces nouvelles technologies permettent d’avoir de nouvelles informations, rien à voir avec ce que l’on peut obtenir avec la morphologie externe, » se réjouit Chloé Sanguedolce, également étudiante en master 2 – Paléontologie, Biodiversité, Écologie, Évolution. « Ce sont de nouveaux résultats qu’on obtient avec la morphologie interne des fossiles, c’est très intéressant. Ce sont des technologies qui nous sont vraiment nécessaires et il y en aura d’autres dans les prochaines années. » C’est parfait pour nous, les paléontologues, c’est tout ce qu’il nous faut. Ces manipulations pédagogiques sont une réelle chance.
Chloé Sanguedolce
Etudiante en master 2 – Paléontologie, Biodiversité, Écologie, Évolution
Les étudiants peuvent analyser ainsi en profondeur ces os pétrifiés sans risquer d’abîmer les pièces mais ils déplorent l’augmentation des trafics et la perte des données paléontologiques qui en résulte.
Source de l’article : France 3 Régions



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