Sahara marocain : les États-Unis relancent les discussions et ramènent l’Algérie à la table des négociations
Huit ans après l’enlisement des « tables rondes » de Genève, un huis clos discret s’est tenu les 8 et 9 février 2026 à l’ambassade des États-Unis à Madrid, réunissant le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario et la Mauritanie, en présence de Staffan de Mistura. La presse espagnole fait état d’un dispositif de confidentialité strict et d’une initiative pilotée par Massad Boulos, conseiller spécial du Président Donald Trump pour les affaires africaines et arabes, aux côtés de responsables américains en lien avec les Nations unies. Le 9 février, Washington a annoncé de manière officielle la reprise des échanges à Madrid dans une publication sur X, où la mission des États-Unis auprès des Nations unies a affirmé que ces discussions portaient sur « la mise en œuvre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Sahara occidental » .
Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 prolonge le mandat de la Minurso jusqu’au 31 octobre 2026 et fixe le vocabulaire du moment : « solution politique » , « réalisme » , « compromis » , et surtout reprise des échanges « sans conditions préalables » , en prenant pour base la proposition marocaine d’autonomie. Dans la foulée, Massad Boulos, conseiller spécial du Président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, a relayé la position américaine. Dans un autre post publié sur la même plateforme, il a affirmé que, « sous la direction du Président » , les États-Unis « restent engagés » en faveur d’ « une solution juste, durable et mutuellement acceptable » , censée « faire avancer une paix durable » et « un meilleur avenir pour tous dans la région » .
Le fait politique : Alger, « non-partie » revendiquée… mais de retour à la table « L’Algérie n’est pas et n’a jamais été partie prenante au conflit » , déclarait encore Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, le 2 novembre 2025, lors d’un entretien diffusé sur AL24 News, au lendemain de l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2797. Cette position s’inscrit dans une ligne réaffirmée depuis plusieurs années. À l’automne 2021, Alger avait acté son rejet du format des « tables rondes » et fait savoir que sa participation à ces réunions « n’est plus à l’ordre du jour » , qualifiant ce format de « contreproductif » et indiquant en avoir informé le Conseil de sécurité. Dans les enceintes onusiennes, la même doctrine a été reprise à plusieurs reprises, rien qu’en juin 2024, la délégation algérienne a notamment réitéré qu’Alger « n’était pas partie » au conflit. C’est ainsi donc que le retour de l’Algérie, sur la table des discussions semble l’élément le plus saillant pour les observateurs. Une première configuration à quatre depuis la table ronde de Genève en mars 2019.
Après Bruxelles, Madrid : une séquence occidentale qui se poursuit
La rencontre madrilène survient dans le sillage d’une récente prise de position européenne jugée historique par beaucoup d’observateurs. Le 29 janvier 2026, à l’issue du 15e Conseil d’association UE-Maroc, un communiqué conjoint signé par Kaja Kallas et Nasser Bourita a repris une formule appelée à circuler: « Une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables » , tout en saluant la résolution 2797 et en encourageant les discussions « sans conditions préalables » . Dans ce contexte, la rencontre de Madrid apparaît comme le prolongement opérationnel de ce signal américo-européen : après la formulation politique, l’activation diplomatique. Reste que, à ce stade, l’initiative américaine n’a pas produit de texte commun ni de lecture partagée : elle ouvre un cadre, sans encore en dévoiler la substance. Interrogé à New York sur les pourparlers tenus à huis clos à Madrid, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, est resté laconique : « Les discussions se poursuivent. Dès que nous aurons des résultats tangibles à partager, nous vous en informerons » , a-t-il déclaré. De son côté, Massad Boulos, s’est dit optimiste, réaffirmant l’engagement américain en faveur d’ « une solution juste, durable et mutuellement acceptable » .
Source de l’article : Le Matin.ma



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