« Recruter ne suffit plus » : au FMEC, Hicham Rahioui appelle à mieux intégrer et faire progresser

À l’ouverture de la deuxième édition du Forum Marocain de l’Emploi et de la Compétence (FMEC), organisée lundi 26 janvier à Casablanca par Industrie du Maroc Magazine, Hicham Rahioui Idrissi, PDG du groupe, a placé l’emploi au centre du débat. Non comme un indicateur, mais comme une question de stabilité sociale, de dignité et de trajectoire. « L’emploi, ce n’est pas une statistique. C’est une stabilité, une dignité, une projection dans l’avenir » , a-t-il rappelé.

Derrière cette phrase, une idée de fond a traversé toute son intervention. Le marché du travail n’est pas seulement tendu, il est en pleine recomposition. Et face à cette accélération, les entreprises ne peuvent plus réduire le recrutement à un acte administratif. « Il faut attirer, intégrer, former, mais surtout donner envie de rester et de progresser » , a-t-il insisté.

La marque employeur comme levier de compétitivité humaine

Le thème retenu cette année, « DRH et marque employeur, l’alliance stratégique pour accélérer l’employabilité et l’insertion des jeunes » , a été présenté comme une réponse directe à ce que vivent les entreprises sur le terrain.

Dans le discours du PDG d’Industrie du Maroc Magazine, la marque employeur n’a rien d’un exercice d’image. Elle devient une question de cohérence et de crédibilité, observée dans les détails du quotidien. « La marque employeur n’est pas un slogan. Elle se juge dans la cohérence entre le discours, le management et les perspectives offertes » , a-t-il affirmé.

Autrement dit, l’attractivité ne se décrète pas. Elle se construit, puis elle se prouve, dès l’accueil, dans la manière d’accompagner, et dans la capacité à faire grandir les talents.

Un marché du travail mondial bousculé, et une pression qui monte sur les compétences

Hicham Rahioui Idrissi a ensuite élargi la focale pour replacer l’emploi marocain dans un mouvement beaucoup plus large. À l’échelle internationale, les transformations technologiques, économiques et démographiques déplacent les lignes à grande vitesse. Le Forum économique mondial estime qu’à l’horizon 2030, 22 % des emplois seront remodelés, avec 170 millions de nouveaux postes créés et 92 millions appelés à disparaître, soit un solde net de 78 millions d’opportunités, a-t-il rappelé.

Mais, dans ce basculement, le vrai point de tension ne se situe pas uniquement dans les volumes, mais également dans l’adaptation. Le même rapport souligne d’ailleurs qu’environ 39 % des compétences clés évolueront d’ici 2030, tandis que 63 % des employeurs citent déjà le déficit de compétences comme le principal frein à leur transformation.

Ce diagnostic explique pourquoi la formation continue prend une place nouvelle, plus stratégique, plus urgente, et pourquoi l’entreprise est de plus en plus attendue sur la capacité à intégrer et faire évoluer, pas seulement à recruter.

Afrique et Maroc, une pression d’échelle, une exigence de qualité

Pour le dirigeant, cette mutation est encore plus décisive sur le continent africain, où l’emploi doit absorber une dynamique démographique massive. En effet, d’ici 2035, près d’un demi-milliard de jeunes Africains atteindront l’âge de travailler.

Au Maroc, l’équation se pose avec la même intensité, mais avec une urgence immédiate. Le gouvernement affiche une feuille de route visant 1,45 million d’emplois à l’horizon 2030.

Dans ce contexte, Hicham Rahioui Idrissi a insisté sur un point qui dépasse les annonces. Créer un emploi ne suffit plus si la trajectoire ne tient pas. L’enjeu se joue dans la solidité des passerelles entre formation, intégration et progression.

Robotique et intelligence artificielle: l’industrie change, le travail aussi

Le PDG d’Industrie du Maroc Magazine a ensuite ancré son propos dans l’industrie, là où la transformation est déjà visible. Non pas par un discours de rupture, mais par un glissement rapide des tâches et des compétences.

En 2023, 541 302 robots industriels ont été installés dans le monde, et le parc mondial dépassait 4,28 millions d’unités en fonctionnement dans les usines.

À cette robotisation s’ajoutent désormais des usages concrets de l’intelligence artificielle dans la production, la maintenance prédictive, le contrôle qualité et l’optimisation logistique. Certaines organisations expérimentent même des segments « lights-out » , capables de fonctionner avec une présence humaine très réduite sur certaines séquences.

Pour Hicham Rahioui Idrissi, cette évolution ne signe pas la disparition du travail industriel. Elle marque sa montée en technicité, et impose une réponse. Former, accompagner, et donner un chemin de progression lisible.

Un virage digital pour suivre l’économie au rythme des chaînes de valeur

Dans la dernière partie de son intervention, le PDG a relié ces mutations à un autre enjeu, souvent sous-estimé. La circulation de l’information économique et industrielle doit suivre le rythme des recompositions à l’échelle des continents.

C’est dans cet esprit qu’il a annoncé la refonte de la plateforme Industrie du Maroc Magazine, engagée depuis fin 2025, avec une extension multilingue, une édition dédiée à l’Afrique, ainsi qu’une application mobile pensée pour rendre l’information plus accessible et mieux connectée aux réalités économiques.

Un forum pensé comme un outil

Au fil de cette prise de parole, Hicham Rahioui Idrissi a défendu une ambition qui se veut concrète. Faire du FMEC un espace de travail, où l’emploi se traite comme un enjeu de compétitivité et de cohésion, sans posture, mais avec méthode.

Avant de déclarer officiellement ouverte cette deuxième édition, il a remercié les participants et invité l’ensemble des acteurs à transformer l’échange en leviers, et les constats en trajectoires.

Source de l’article : Industrie du Maroc