Recomposition des chaînes de valeur mondiales : quelles implications pour le Maroc ?
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Ecrit par la Rédaction I
Le Maroc se retrouve à un moment charnière où la fragmentation de l’économie mondiale peut constituer un puissant moteur d’intégration productive, à condition de consolider les chaînes de valeur locales, d’accélérer la montée en gamme technologique et d’approfondir les politiques publiques visant à renforcer la souveraineté industrielle, tout en diversifiant les partenaires économiques.
Les tensions sino-américaines ont profondément modifié la structure du commerce mondial, inaugurant une phase de fragmentation accrue des flux, de reconfiguration des chaînes de valeur et de montée des incertitudes géo-économiques.
La multiplication des mesures restrictives a perturbé les réseaux de production dominés par la Chine, qui avaient constitué, depuis le début des années 2000, l’ossature de la mondialisation industrielle.
Les entreprises multinationales se trouvent désormais confrontées à un environnement plus instable, marqué par la hausse des coûts logistiques, la diversification des fournisseurs et la nécessité de réduire la dépendance excessive envers un seul pays ou un seul pôle industriel.
Ce phénomène a donné naissance à plusieurs stratégies nouvelles. Le nearshoring et le friend-shoring encouragent la relocalisation d’activités vers des régions politiquement proches ou économiquement fiables. « Parallèlement, le modèle » China+1 « , de plus en plus adopté par les multinationales asiatiques, consiste à maintenir une présence en Chine tout en développant des capacités industrielles dans d’autres pays jugés stratégiquement sûrs » , apprend-on dans la dernière lettre du CMC.
L’Asie du Sud-Est apparaît ainsi comme un bénéficiaire privilégié, mais la Méditerranée, l’Europe de l’Est et l’Afrique du Nord gagnent progressivement en attractivité.
Par ailleurs, l’émergence des politiques industrielles américaines et européennes, visant notamment à sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques, a entraîné une redéfinition des priorités d’investissement. « Cette dynamique ouvre de nouvelles opportunités pour des pays capables d’offrir une stabilité politique, un environnement logistique performant et une proximité immédiate avec les marchés européens, ce qui constitue un avantage comparatif majeur pour le Maroc » , annonce la même source.
Le Maroc, fortement intégré dans les chaînes de valeur mondiales via l’Europe, est directement exposé aux recompositions induites par les tensions sino-américaines. Cette exposition se manifeste différemment selon les secteurs exportateurs, chacun reflétant un degré de dépendance particulier aux intrants importés de Chine ou d’Asie, ainsi qu’une sensibilité variable aux fluctuations de la demande mondiale.
Les tensions sino-américaines, loin d’être uniquement une source de perturbations, ouvrent une fenêtre d’opportunité pour le Maroc, à condition de renforcer sa capacité d’attraction et sa résilience industrielle. L’une des forces majeures du pays réside dans son positionnement géostratégique à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et de l’Atlantique, combiné à des infrastructures de classe mondiale – notamment Tanger Med, devenu l’un des hubs logistiques les plus performants au niveau global.
L’environnement politique stable, les accords de libre-échange étendus, la montée en compétence des ressources humaines et l’essor des écosystèmes industriels structurés constituent des atouts déterminants pour capter les délocalisations liées à la reconfiguration mondiale.
Sur le plan industriel, le Maroc peut bénéficier du mouvement de relocalisation partielle des chaînes de valeur, notamment dans l’automobile, le textile, l’électronique et les industries électriques. La stratégie « China+1 » des multinationales asiatiques, tout comme les politiques européennes de réduction des dépendances stratégiques, renforcent l’attractivité du pays comme plateforme de production et de transformation. Cependant, ces opportunités s’accompagnent de risques importants. La dépendance persistante aux intrants asiatiques expose l’industrie marocaine aux fluctuations des prix mondiaux, aux ruptures logistiques et aux tensions géopolitiques.
Par ailleurs, l’intensification de la concurrence entre pays émergents (notamment en Afrique et en Méditerranée) complique la capacité du Maroc à se distinguer, d’autant que les exigences technologiques et environnementales s’intensifient.
Enfin, la montée des politiques industrielles protectionnistes en Europe et aux États-Unis impose une adaptation constante aux nouvelles normes, incitations et restrictions. Ainsi, le Maroc se retrouve à un moment charnière où la fragmentation de l’économie mondiale peut constituer un puissant moteur d’intégration productive, à condition de consolider les chaînes de valeur locales, d’accélérer la montée en gamme technologique et d’approfondir les politiques publiques visant à renforcer la souveraineté industrielle, tout en diversifiant les partenaires économiques.
Cette dynamique, si elle est bien anticipée, pourrait permettre au Maroc de transformer un choc géo-économique global en levier de compétitivité.
Source de l’article : EcoActu



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