Quelle place occupe l’amandier dans l’agriculture marocaine ?

L’amandier confirme sa place centrale dans l’arboriculture marocaine en termes de superficie, mais les données internationales mettent en évidence une réalité plus contrastée sur le plan productif. Selon les statistiques FAOSTAT publiées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la surface récoltée en amandier au Maroc atteint 246 275 hectares, un niveau inédit qui positionne le Royaume parmi les pays disposant des plus vastes vergers d’amandiers au monde. En parallèle, la production nationale est estimée à 163 616 tonnes d’amandes en coque, un volume qui reste modéré au regard de l’étendue des plantations.

Ce décalage entre surfaces et volumes soulève des questions structurelles sur la performance agronomique réelle de la filière. Rapportée à la superficie récoltée, la production moyenne nationale reste inférieure à une tonne par hectare, traduisant une productivité globalement faible comparée aux standards des bassins intensifs méditerranéens, notamment en Espagne ou en Californie, où l’irrigation maîtrisée et le matériel végétal amélioré permettent des rendements nettement plus élevés.

Au Maroc, l’expansion de l’amandier s’est historiquement appuyée sur son adaptation aux zones de montagne et aux conditions de bour. L’arbre est largement implanté dans le Moyen Atlas, le Haut Atlas et certaines zones de l’Oriental, où il joue un rôle économique et social majeur pour les exploitations familiales. Cette vocation extensive explique en partie les rendements observés en 2024, fortement dépendants de la pluviométrie et des épisodes de gel tardif ou de stress hydrique prolongé.

Les données FAOSTAT ne distinguent pas les systèmes de conduite, mais les observations de terrain convergent vers une dualité croissante de la filière. D’un côté, des vergers traditionnels, souvent issus de semis, à faible densité et à conduite peu intensive, dominent encore en superficie. De l’autre, des plantations modernes émergent progressivement dans les périmètres irrigués, avec des variétés sélectionnées, une densité maîtrisée et une gestion plus rigoureuse de l’eau et de la fertilisation. Ces vergers récents restent toutefois minoritaires dans l’ensemble national, ce qui limite encore leur impact sur la production globale.

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La campagne 2024 s’inscrit en outre dans un contexte climatique difficile, marqué par une succession d’années sèches. L’amandier, bien que réputé tolérant à la sécheresse, n’échappe pas aux effets cumulés du déficit hydrique sur la floraison, la nouaison et le calibre des fruits. Dans plusieurs bassins, les professionnels rapportent une alternance de production accentuée et une hétérogénéité importante des rendements entre parcelles, reflétant les limites des systèmes non irrigués face au changement climatique.

Malgré ces contraintes, l’importance stratégique de l’amandier demeure intacte. La culture contribue à la stabilisation des sols en zones pentues, à la diversification des revenus agricoles et à la valorisation de territoires souvent peu adaptés aux grandes cultures. Les chiffres FAOSTAT 2024 confirment que le Maroc dispose d’un potentiel foncier considérable, mais que le principal enjeu réside désormais dans l’amélioration de la productivité par hectare plutôt que dans l’extension des surfaces.

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Les marges de progrès passent notamment par la rénovation des vergers âgés, l’introduction de variétés plus performantes, une meilleure maîtrise de la taille et de la nutrition, ainsi que par le développement raisonné de l’irrigation localisée là où les ressources hydriques le permettent. Dans ce contexte, l’amandier pourrait évoluer d’une culture de résilience vers une filière économiquement plus compétitive, à condition d’un accompagnement technique adapté et d’une valorisation commerciale renforcée.

En 2024, les chiffres sont sans équivoque : l’amandier marocain est une filière de surface, mais encore insuffisamment une filière de rendement. La transformation de ce potentiel en valeur ajoutée durable constitue l’un des défis agronomiques majeurs des prochaines années.

Source de l’article : AgriMaroc.ma