Prévention : Quand négliger les risques professionnels coûte cher aux entreprises africaines

L’ampleur du problème en chiffres

• Données alarmantes du continent africain

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), l’Afrique subsaharienne enregistre l’un des taux d’accidents du travail les plus élevés au monde.

 + 54 000 décès annuels liés au travail en Afrique

 4-6% du PIB perdu à cause des accidents et maladies professionnels

 16,7% de taux d’accidents mortels (le plus élevé mondialement)

 2,1 millions d’accidents du travail recensés chaque année

Les coûts cachés : L’iceberg financier

Contrairement aux idées reçues, les coûts directs (soins médicaux, indemnisations) ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Les coûts cachés, souvent négligés dans les bilans, sont 4 à 10 fois supérieurs aux coûts directs.

• Les coûts directs (20-30% du total)

 Frais médicaux : Hospitalisations, traitements, rééducation

 Indemnisations : Compensations légales versées aux victimes

 Primes d’assurance : Augmentation après sinistralité élevée

• Les coûts indirects (70-80% du total)

 Perte de productivité : Arrêts de travail, remplacement temporaire, formation des remplaçants

 Perturbation de la production : Ralentissements, retards de livraison, pénalités contractuelles

 Détérioration du climat social : Démotivation, stress collectif, turnover accru

 Atteinte à l’image : Réputation ternie, difficulté à recruter, perte de marchés

 Coûts administratifs : Enquêtes, procédures judiciaires, audits de conformité

 Investissements correctifs d’urgence : Modifications tardives et plus coûteuses des installations

Impact par secteur : Des réalités contrastées

• Secteur minier

Dans les pays comme la République Démocratique du Congo, la Zambie ou le Ghana, l’exploitation minière artisanale et industrielle génère des coûts d’accidents estimés entre 2 et 3% du chiffre d’affaires annuel des entreprises. Un accident mortel peut coûter entre 500 000 et 2 millions de dollars à une entreprise minière moyenne.

• Construction et BTP

Avec l’urbanisation galopante, le secteur de la construction connaît une croissance explosive. Au Nigeria, Kenya et Éthiopie, les accidents de chantier représentent jusqu’à 40% de tous les accidents du travail. Le coût moyen d’un accident grave est estimé à 15 000 à 50 000 dollars par incident.

• Agriculture

Employant plus de 60% de la population active africaine, l’agriculture cumule exposition aux pesticides, accidents avec machines agricoles et maladies liées au travail sous climat difficile. Les pertes économiques sont difficiles à quantifier mais affectent directement la sécurité alimentaire.

• Industrie manufacturière

Dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Maroc ou l’Égypte, les accidents dans les usines textiles, alimentaires et chimiques coûtent en moyenne 1,5 à 2% du chiffre d’affaires annuel.

Exemples concrets : Quand la négligence coûte cher

 Cas 1 – Ghana, 2019 : L’effondrement d’un bâtiment en construction à Accra a causé 7 morts et 13 blessés. Au-delà du drame humain, l’entreprise a subi : 1,2 million de dollars d’indemnisations, retrait de sa licence pendant 2 ans, perte de contrats valant 15 millions de dollars, et dégradation irrémédiable de sa réputation.

 Cas 2 – Afrique du Sud, 2021 : Une usine textile de Durban a négligé la formation incendie et la maintenance des extincteurs. Un incendie a détruit 40% des installations. Coût total : 8 millions de dollars (dommages + perte d’exploitation + licenciements).

 Cas 3 – Côte d’Ivoire, 2020 : Une plantation de cacao a connu une intoxication collective de 45 travailleurs par des pesticides mal stockés. Résultat : 200 000 dollars de soins, 3 mois d’arrêt de production, perte de certification internationale entraînant une baisse de 30% des commandes.

Les bénéfices de la prévention : Un investissement rentable

Les bénéfices mesurables

Réduction de 20 à 40% des accidents après 2 ans de programme de prévention

Diminution de 15 à 25% du taux d’absentéisme

Amélioration de 10 à 30% de la productivité

Baisse de 20 à 35% des coûts d’assurance

Attractivité renforcée auprès des talents et investisseurs

Recommandations pratiques pour les entreprises africaines

Mesures prioritaires à coût réduit

Évaluation des risques : Identifier les dangers spécifiques à chaque poste

Formation continue : Former tous les employés aux gestes de sécurité de base

Équipements de protection : Investir dans casques, gants, chaussures de sécurité

Culture de sécurité : Impliquer les travailleurs dans l’identification des risques

Maintenance préventive : Entretenir régulièrement les équipements

Rôle des gouvernements

Renforcer les inspections du travail (actuellement insuffisantes dans 90% des pays africains)

Développer des systèmes d’assurance obligatoire adaptés au contexte local

Créer des incitations fiscales pour les entreprises investissant dans la prévention

Harmoniser les réglementations au niveau régional

Conclusion

La non-prise en compte des risques professionnels n’est pas seulement une question d’éthique ou de conformité légale : c’est un enjeu économique majeur qui freine la compétitivité des entreprises africaines sur le marché mondial. Dans un contexte de croissance démographique et d’industrialisation accélérée, investir dans la prévention n’est plus une option mais une nécessité stratégique.

Les entreprises qui font le choix de la sécurité aujourd’hui construisent leur résilience et leur prospérité de demain. Il est temps que l’Afrique transforme ce défi en opportunité, pour des lieux de travail plus sûrs, des travailleurs en meilleure santé, et une économie plus forte.

Employeurs, travailleurs, décideurs politiques : la sécurité au travail nous concerne tous. Chaque mesure compte, chaque vie compte. Agissons maintenant pour une Afrique du travail digne et prospère.

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Source de l’article : leFaso.net – L'actualité au Burkina Faso