Pr. Youssef Habibi : « La chimie verte est devenue un levier stratégique pour l’industrie marocaine »
À l’heure où l’industrie marocaine est appelée à concilier compétitivité, souveraineté et durabilité, la recherche scientifique devient un levier stratégique. À l’UM6P, le Pr. Youssef Habibi œuvre à structurer une approche des matériaux durables alignée à la fois sur les priorités nationales et sur les grandes transformations industrielles portées par le Groupe OCP.
Directeur du Centre de Recherche sur les Matériaux Durables (SUSMAT – UM6P) et titulaire de la Chaire des Matériaux Durables, le Pr. Youssef Habibi pilote des travaux de recherche à l’interface entre chimie verte, économie circulaire et applications industrielles. Des recherches qui s’inscrivent pleinement dans la stratégie de durabilité et d’innovation du Groupe OCP, partenaire structurant de l’UM6P, notamment à travers le développement d’engrais intelligents, la valorisation des ressources et la réduction de l’empreinte environnementale des procédés industriels.
En tant que Directeur du Centre de Recherche sur les Matériaux Durables (SUSMAT – UM6P), quel est aujourd’hui votre rôle dans l’orientation des recherches sur les matériaux biosourcés et les procédés verts, et comment ces travaux répondent-ils aux enjeux industriels et environnementaux du Maroc ? « Mon rôle, en tant que Directeur du Centre de Recherche sur les Matériaux Durables et titulaire de la Chaire des Matériaux Durables à l’UM6P (SUSMAT), consiste avant tout à donner une direction claire à la recherche, en l’alignant sur les défis concrets auxquels le Maroc est confronté. L’objectif est que la science contribue réellement à la transition vers une économie plus circulaire, plus sobre et plus résiliente, avec un impact tangible sur les pratiques industrielles et, par conséquent, sur notre économie. » « Cette vision s’inscrit naturellement dans la stratégie du Groupe OCP, actionnaire fondateur de l’UM6P, qui place la durabilité, l’innovation et la valorisation responsable des ressources au cœur de son modèle industriel. Nos travaux sur les matériaux biosourcés, les procédés verts et la transformation des déchets en ressources secondaires répondent directement à ces priorités, notamment en matière d’optimisation des intrants, de réduction de l’empreinte carbone et de circularité des chaînes de valeur. » « Nous partons d’un constat simple : le Maroc dispose de ressources limitées et n’est pas un pays producteur de pétrole. Il est donc essentiel de mieux utiliser ce que nous avons, en développant des matériaux alternatifs, des procédés plus propres et une nouvelle approche des déchets, désormais considérés comme des ressources secondaires pouvant être réintégrées dans de nouveaux cycles de production. » « Mon rôle est également de créer des passerelles entre chercheurs, industriels et décideurs publics, mais aussi entre le Maroc et l’international. À travers nos programmes, notamment GreenChemAfrica, l’École africaine de formation en chimie verte et durabilité environnementale — première formation du genre en Afrique, reconnue et soutenue par les trois grandes sociétés savantes de chimie ACS, RSC et IUPAC — nous formons une nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs capables d’accompagner les transformations industrielles, au Maroc comme sur le continent africain. » Quels sont les principaux projets de recherche que vous menez actuellement au sein de la Chaire des Matériaux Durables, et quel impact concret peuvent-ils avoir sur la transition écologique et le développement d’industries durables, au Maroc et à l’international ? « Au sein de la Chaire des Matériaux Durables, nos projets s’articulent autour d’une question centrale : comment passer d’un modèle linéaire, fondé sur la consommation et le rejet, à un modèle circulaire basé sur la réutilisation, la transformation et la valorisation des matériaux. » « Nos recherches portent notamment sur la conception de matériaux durables dès l’amont, afin d’anticiper leur fin de vie, de réduire leur empreinte carbone et de faciliter leur recyclage ou leur réintégration dans de nouveaux cycles de valeur. Cette approche est essentielle pour répondre aux besoins industriels tout en respectant les exigences environnementales. » « Un projet phare concerne aujourd’hui le recyclage des plastiques et leur intégration dans des chaînes de valeur jusqu’alors inexplorées, ouvrant la voie à de nouveaux usages industriels. Par ailleurs, nous nous inspirons fortement des mécanismes du vivant pour développer des solutions efficaces, économes et circulaires. C’est dans ce cadre que nous avons mis au point des engrais intelligents, en cohérence avec les priorités stratégiques du Groupe OCP, visant une meilleure efficacité de l’usage des ressources et une réduction des pertes environnementales. » « L’impact recherché est très concret. Au Maroc, ces travaux contribuent à créer de la valeur à partir des ressources locales, à soutenir l’émergence de filières industrielles durables et à renforcer une forme de souveraineté technologique. À l’international, ils favorisent des collaborations de haut niveau et un alignement avec les grandes dynamiques mondiales, tout en tenant compte des spécificités de chaque territoire. »
Source de l’article : Industrie du Maroc



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