Pour sa dernière, Alain Souchon annonce qu’il se jettera dans la Seine
L’allure d’un jeune homme, la puissance vocale d’un artiste en grande forme
A 81 ans (!), il a l’allure d’un jeune homme, la puissance vocale d’un artiste en grande forme et l’humour salvateur. Le voilà qui raconte : « dans la rue on voit des gens par terre. Alors on les enjambe. Et on passe » . « Petit tas tombé » qui suit fait partie de ces trésors cachés, ces chansons sociales poignantes, qui sous des mélodies joyeuses, disent tous les maux de notre société. Même constat sur « Les cadors » , écrit au retour d’une visite en prison avec l’ami Voulzy. On croise toujours avec plaisir « La ballade de Jim » et ce sacré Jimmy, dragueur invétéré, malheureux après s’être fait larguer. Un joli hommage à Jane Birkin – « cette chanson nous la chantions tous les deux, ce soir je suis tout seul » avant l’unique plantage du soir : Alain s’emmêle les pinceaux sur « L’amour en fuite » . Mais Ours veille au grain et continue sa route face à une salle Pleyel envoutée. « C’est déjà ça » , autre titre engagé sans en avoir l’air, précède la si rare « S’assoir par terre » occasion d’une longue digression sur le talent de Laurent Voulzy « du même niveau que Jean-Sébastien, Ludwig Van ou Paul McCartney » assure Alain. Difficile de le désavouer pour ceux qui ont vu ce même Voulzy dans ce même Pleyel un mois auparavant….
Ours puis Pierre ont évidemment le droit à leur quart d’heure « Keith Richards » -ce moment dans les concerts des Rolling Stones où Mick Jagger s’efface pour laisser son pote interpréter ses propres morceaux. Mais Alain reste derrière le piano, assure les chœurs sur « Les montagnes de Corée » et « Pareil jamais » . Le trio poursuit son ode à Voulzy en s’appropriant « Karin Redinger » , où Laurent apparaît jouant de la guitare sur l’écran. Petite respiration bienvenue qui prépare la dernière salve, cette virée fantastique sur l’autoroute à tubes, avec « Sous les jupes des filles » ou « La vie ne vaut rien » . Après un détour par « Casablanca » , ville de naissance du chanteur, « J’étais pas là » rappelle qu’il a toujours su faire des pas de côté pour ne pas participer au cirque médiatique. Souchon a passé sa vie à regarder avec malice et honnêteté les gens, l’amour, les failles et les folies d’un monde de plus en plus incompréhensible. Lui, immensément nostalgique, forcément pacifiste met Pleyel à terre le temps d’un « Et si en plus y’a personne » très longuement ovationné. A ce moment-là, Alain tourne son regard vers les cieux. Les salue-t-il dans sa tête ? Ou se contente-t-il de les tutoyer ? Son « Merci beaucoup » qui suit vaut tous les discours.
Alors qu’il regagne les coulisses, Alain bondit en apercevant Laurent Voulzy, guitare à la main
Heureusement « Rame » arrive et fait chanter les 2000 spectateurs, tout comme ce vieux « Poulailler’s song » tout droit sorti des années Giscard, dans lequel il caquette avec plaisir. Avant que « L’amour à la machine » et « Foule Sentimentale » plongent Paris dans une folie douce. Mais le rappel qui se profile s’annonce chargé d’émotion.
Après « Le Marin » chanté au milieu des vagues de Belle-Ile-en-Mer, Pierre et Charles confient « que cette soirée est vraiment spéciale pour nous. Merci à notre père de nous avoir prêté son public pendant ces deux années. On arrive à la fin de cette tournée et ce n’est vraiment pas un concert comme les autres » . « Ah mais moi, rebondit Alain, je vais me jeter dans la Seine. » Pierre le reprend « Tu veux dire la scène ? » « Non, non, dans le fleuve ! Et puis je nagerais, je ne sais pas jusqu’à où… » Paris est debout pour « Quand je serais K.O. » avant un « J’ai dix ans » chanté par 2000 spectateurs qui ont tous le sourire aux lèvres. Alors qu’Alain regagne doucement les coulisses, il bondit en apercevant Laurent Voulzy en chair et en os cette fois, une guitare à la main. Quoi de mieux que la présence de son meilleur ami pour éviter toute impudique effusion ? Pleyel bascule dans la quatrième dimension quand le duo reprend « Belle-Ile-en-Mer, Marie-Galante » .
Avant que Laurent n’invite Paris à chanter le gimmick de « Bidon. La deuxième chanson que nous avons écrit tous les deux » . Ils ont beau avoir répété dans l’après-midi, cela ressemble à un joyeux bordel, celui de ces fins de nuit où l’on n’a pas du tout envie que ça se termine. A commencer par Alain Souchon qui répète depuis des semaines qu’il ne remontera plus jamais sur scène, qu’il n’a plus d’inspiration… Alors qu’il est censé conclure seul en scène sur « Allo Maman, Bobo » , il demande à Laurent de rester. « Tu veux bien la chanter avec moi ? » Sur le coin de la scène Pierre et Ours ne ratent pas une miette de ces adieux très heureux. Alain Souchon quitte Pleyel après 2h30 d’un concert mémorable. Que fera-t-il maintenant ? « Je pourrais peut-être écrire de nouvelles chanson » nous suggère-t-il à la fête d’après-concert. Tiens, oui, très bonne idée…
Setlist du 21 février, Paris, Salle Pleyel
1/ La p’tite Bill, elle est malade
2/ La beauté d’Ava Gardner
3/ Somerset Maugham
4/ Petit tas tombé
5/ Les cadors
6/ La ballade de Jim
7/ Le baiser
8/ Comédie
9/ L’amour en fuite
10/ Ames fifties
11/ C’est déjà ça
12/ S’assoir par terre
13/ Les montagnes de Corée
14/ Pareil jamais
15/ Karin Redinger
16/ Sous les jupes des filles
17/ La vie ne vaut rien
18/ Casablanca
19/ J’étais pas là
20/ Et si en plus y’a personne
21/ Rame
22/ Poulailler’s song
23/ L’amour à la machine
24/ Foule Sentimentale
Source de l’article : parismatch.com



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