PORTRAIT – CAN. « Jamais vu quelqu’un d’aussi endurant » : Neil El Aynaoui, l’infatigable homme de l’ombre du Maroc
Il fallait du cran pour s’avancer en premier, mercredi 14 janvier, et lancer une séance de tirs au but à l’importance capitale. Devant 65 458 spectateurs, la plupart acquis aux Lions de l’Atlas, Neil El Aynaoui n’a pas tremblé pour ouvrir la voie de la finale au Maroc. « Ça ne m’a pas surpris, reconnaît Mathieu Seckinger, son entraîneur à Nancy en U13. C’est quelqu’un qui assume ses responsabilités. Il est naturellement calme et serein. » « Je l’ai eu après le match, il m’a dit qu’il avait envie de tirer, c’est pour ça qu’il a pris le ballon en premier, abonde Jalil Moustaid, un de ses meilleurs amis, avec qui il débriefe régulièrement les rencontres. Ce n’est pas un mec qui stresse ou qui va se cacher. » Mais ce tir au but réussi ne suffit pas à résumer la compétition réalisée par le Nancéien. Du haut de ses 24 ans, le milieu de terrain, qui participe à sa première CAN, s’est tout de suite rendu indispensable au sein de l’équipe de Walid Regragui. « C’est un garçon qui comprend vite les choses, signale Mathieu Seckinger, resté en contact avec son ancien joueur. Il est précieux pour un entraîneur. » Aligné dans une position de relayeur lors des deux premières rencontres, il est ensuite descendu d’un cran, en sentinelle, après le match nul décevant face au Mali (1-1), le 26 décembre. « J’étais à deux doigts de dire : » C’est terminé « » Avec, toujours, la même efficacité. Au cœur d’un onze des Lions de l’Atlas nettement plus offensif, Neil El Aynaoui est le garant de l’équilibre. Il colmate, ratisse, couvre une zone de terrain immense. « Il fait un travail énorme, décrit Jaouad Zaïri, ancien international marocain et consultant pour beIN Sports, diffuseur de la compétition. C’est devenu le métronome de l’entrejeu. Il monte en puissance et montre tout son talent. Il fait partie de l’avenir du football marocain. » Pourtant, l’histoire entre la sélection marocaine et l’actuel joueur de l’AS Roma, qu’il a rejoint l’été dernier pour plus de 20 millions d’euros, a mis beaucoup de temps avant de débuter. Courtisé avec insistance par Walid Regragui, El Aynaoui a tardé avant de se décider. Au point d’agacer fortement le technicien. « Le problème ne vient pas de nous, il vient du joueur, avait réagi le sélectionneur en mars dernier. Bien sûr, il nous intéresse, on a envie qu’il nous rejoigne. À un moment donné, il faut prendre des décisions. S’il ne la prend pas, je la prendrai à sa place. » Lire aussi : CAN. « C’est la finale que tout le monde voulait » , le coach rennais Habib Beye analyse l’opposition Maroc – Sénégal
Mercredi soir, après la qualification et la nouvelle prestation énorme de son protégé, Walid Regragui était revenu sur la situation. « Avec mon ego, à un moment, j’étais à deux doigts de dire : » C’est terminé « . Heureusement, je remercie Dieu de m’avoir calmé un peu, je le remercie de ne pas avoir fermé la porte. » Neil El Aynaoui a finalement rejoint les Lions de l’Atlas en septembre. Le coup de foudre a été immédiat. Et réciproque. « Une fois qu’il a goûté à la sélection, il m’a dit que c’était extraordinaire et qu’il ne regrettait pas du tout son choix » , témoigne Jalil Moustaid, avec qui il a longtemps évolué à Nancy. Le Maroc non plus ne le regrette pas. Depuis son arrivée, il y a quatre mois, il a disputé les douze matches du Mountakhab, l’équipe nationale en arabe, en intégralité. Sur cette Coupe d’Afrique des nations, il est le seul joueur de champ, avec Nayef Aguerd, à n’avoir manqué aucune minute depuis le début de la compétition. « Quand on a un joueur capable de faire le sale boulot, d’être technique, de courir partout, pourquoi on le sortirait ?, questionne son ami Jalil Moustaid. S’il est capable de courir 90 minutes, aucun entraîneur ne va se passer d’un joueur comme lui. » « Lors des tests Cooper, il finissait la machine » Cette capacité à répéter les efforts, le natif de Nancy la cultive depuis son plus jeune âge. « Je crois que je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi endurant que lui, salue Gaëtan Bussmann, qui l’a côtoyé une saison à l’ASNL. Il a des capacités athlétiques hors normes. Il sait répéter les efforts à haute intensité plus que les autres. Même en étant fatigué, il sait gérer la pression. » « Il a toujours été au-dessus du lot au niveau de la VMA, poursuit son pote Jalil Moustaid. Dans tous les clubs où il est passé, il a terminé premier aux tests. Pour le test de Cooper, il finissait même la machine, il allait jusqu’au bout. » Lire aussi : CAN. Les évidences Mané et Diaz, aucun égyptien, des révélations… Notre onze type de la Coupe d’Afrique
Neil El Aynaoui poursuit aujourd’hui l’histoire familiale avec le sport de haut niveau marocain. Il n’est autre que le fils de Younes El Aynaoui, ancien tennisman, 14e au classement ATP en 2002 et quatre fois quart-de-finaliste en Grand Chelem entre 2000 et 2003. Neil s’est d’ailleurs essayé au tennis durant sa jeunesse. « Il a aussi fait un peu de basket-ball, comme son grand frère en faisait, précise Jalil Moustaid. Il s’intéresse à tout, c’est inné chez lui. Et dès qu’il touche à quelque chose, il est bon. » Essayer Neil El Aynaoui, c’est l’adopter. C’est, en tout cas, le constat qu’on peut dresser au regard des différentes expériences du milieu de terrain. Capitaine de Nancy, en National, à 21 ans, il a effectué le grand saut pour Lens, alors en Ligue 1 et en Ligue des champions, à l’été 2023. « Il avait un gros potentiel, sur le plan technique et athlétique. On l’a vu très vite dès qu’il est arrivé, rembobine Franck Haise, son entraîneur lors de sa première saison dans le Nord. Il a également une intelligence et une humilité qui lui ont permis d’avancer. »
Source de l’article : Ouest-France



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