Portrait – 6 choses à savoir sur Shayne Coplan, l’un des plus jeunes self-made milliardaires au monde

En octobre dernier, Intercontinental Exchange, maison mère du New York Stock Exchange (NYSE), a annoncé un investissement pouvant aller jusqu’à 2 milliards de dollars dans Polymarket. La plateforme, spécialisée dans les marchés de prédiction et fondée par un jeune entrepreneur new-yorkais nommé Shayne Coplan, est désormais valorisée autour de 8 milliards de dollars. À 27 ans, il est devenu l’un des plus jeunes milliardaires autodidactes au monde.

Ce soutien venu de Wall Street marque une forme de consécration pour un entrepreneur dont le parcours a longtemps évolué en marge. Car en l’espace de cinq ans, Coplan a transformé un pari audacieux en un outil scruté par des millions de personnes, parfois considéré comme plus pertinent que les sondages traditionnels. Une trajectoire fulgurante, jalonnée de controverses.

Un New-Yorkais fasciné par les places de marché

Shayne Coplan naît en 1998 à New York City, où il grandit dans le quartier de Hell’s Kitchen à Manhattan. Très tôt, il développe un intérêt marqué pour les marchés et la technologie puis s’interroge, l’adolescence venue, sur leur fonctionnement et leur encadrement.

À tel point qu’à 14 ans, il écrit à une antenne régionale de la Securities and Exchange Commission (SEC), régulateur financier américain, pour savoir comment créer de nouvelles places de marché, c’est-à-dire des plateformes en ligne qui regroupent plusieurs vendeurs et acheteurs. Il n’obtiendra pas de réponse, mais cette curiosité précoce ne le quittera plus.

Deux ans plus tard, Coplan décroche sa première expérience professionnelle dans une jeune entreprise du numérique, baptisée Genius, après s’être présenté sans rendez-vous dans ses locaux, malgré plusieurs refus par courrier électronique. Il poursuit ensuite des études d’informatique à l’université de New York (NYU), qu’il abandonne dès sa première année. À l’époque, Coplan préfère se consacrer à des projets personnels liés aux technologies émergentes et à l’écosystème des cryptomonnaies, sans succès notable dans un premier temps.

Il fonde en Polymarket dans la confusion du Covid-19

En 2020, alors que la pandémie de Covid-19 entraîne des confinements successifs et une forte incertitude à l’échelle mondiale, Shayne Coplan se retrouve, comme de nombreux New-Yorkais, confronté à une accumulation de questions sans réponses claires. « Quand est-ce que tout cela va se terminer ? Quand le vaccin sera-t-il prêt ? Quand le confinement prendra-t-il fin ? », se remémore-t-il dans une interview accordée à CBS News.

C’est dans ce contexte qu’il fonde Polymarket à l’âge de 21 ans. La plateforme repose sur un principe simple : permettre aux utilisateurs de miser de l’argent réel sur des événements futurs, en s’appuyant dès le départ sur la technologie blockchain et les cryptomonnaies pour gérer les transactions et les règlements entre utilisateurs.

Le premier marché lancé porte sur la date de réouverture de la ville de New York après le confinement. En quelques mois, la plateforme s’élargit à d’autres sujets d’actualité, allant de la politique à la culture, en passant par le sport et l’économie.

Le fonctionnement de Polymarket

À mesure que Polymarket gagne en visibilité, son fonctionnement attire l’attention. La plateforme propose des milliers de questions ouvertes en permanence. Pour chaque événement, les utilisateurs peuvent prendre une position « oui » ou « non » et acheter des parts dont le prix évolue en fonction des paris déjà placés et des informations disponibles.

« Ce n’est pas un sondage. Polymarket essaie de prédire une issue », résume Shayne Coplan. Les cotes affichées correspondent ainsi à la probabilité collective attribuée à un scénario donné. À mesure que de nouveaux éléments émergent dans l’actualité, ces probabilités évoluent en temps réel, reflétant les anticipations des participants.

Croissance fulgurante en pleine campagne présidentielle

Polymarket franchit un réel cap lors de l’élection présidentielle américaine de 2024. Près d’un an avant le scrutin, la plateforme ouvre un marché dédié à une question centrale : qui remportera l’élection ? À mesure que la campagne avance, les mises augmentent fortement, et un total de 3,6 milliards de dollars sont engagés sur ce seul événement, un record pour la plateforme.

Dans les dernières semaines précédant le vote, Polymarket attribue une probabilité croissante à une victoire de Donald Trump, alors que de nombreux instituts de sondage décrivent une course trop serrée pour être tranchée. « Le pourcentage de personnes qui votent pour un candidat n’est pas la même chose que la probabilité qu’il gagne », explique Shayne Coplan. Le résultat final conforte les cotes affichées par la plateforme, attirant une attention médiatique mondiale et faisant de Polymarket une référence largement consultée au-delà de ses utilisateurs actifs.

Choc avec les autorités

Cette montée en puissance attire rapidement l’attention des autorités de régulation. En 2022, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), chargée de superviser les marchés de produits dérivés aux États-Unis, sanctionne Polymarket pour avoir opéré sans enregistrement officiel. L’entreprise accepte de verser une amende de 1,4 million de dollars et s’engage à empêcher l’accès à sa plateforme aux utilisateurs basés sur le territoire américain.

Dans les faits, Polymarket met en place un blocage géographique et déplace une partie de ses opérations hors des États-Unis. Malgré ces mesures, certains utilisateurs américains continuent d’accéder au service en contournant les restrictions. En 2024, dans les dernières semaines de l’administration Biden, Shayne Coplan fait l’objet d’une perquisition à son domicile new-yorkais menée par le FBI. Il n’est pas arrêté, mais ses téléphones et ordinateurs sont saisis dans le cadre d’une enquête fédérale.

Proximité avec le clan Trump

À l’été 2025, le contexte évolue pour Polymarket. Les enquêtes menées par les autorités américaines sont abandonnées et l’entreprise entame une phase de régularisation en vue d’un retour officiel sur le marché américain. Pour y parvenir, la firme rachète une plateforme d’échange de produits dérivés déjà agréée par la Commodity Futures Trading Commission, une étape indispensable pour opérer légalement aux États-Unis.

Dans le même temps, Shayne Coplan se rapproche du clan Trump. En août 2025, Donald Trump Jr. rejoint le conseil consultatif de Polymarket, tandis que le fonds 1789 Capital investit environ 10 millions de dollars dans l’entreprise. Coplan explique alors chercher à s’entourer de profils familiers des rouages politiques et réglementaires. Quelques semaines plus tard, la plateforme obtient les autorisations nécessaires pour préparer une relance conforme de ses activités sur le territoire américain.

Pas de quoi faire taire les critiques. Plusieurs observateurs et organisations de défense des consommateurs dénoncent une dérégulation qu’ils jugent excessive, estimant que les marchés de prédiction exploitent des failles du cadre existant pour contourner les règles applicables aux jeux d’argent traditionnels. Mais Polymarket semble parfaitement adaptée à notre époque, et son jeune créateur l’a très bien compris.

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Source de l’article : Presse-citron