Pharmaciens : des syndicats s’opposent à l’ouverture de capital

Cette mesure est présentée comme un moyen de moderniser le secteur qui souffre de plusieurs lacunes avec un modèle économique désuet qui ne permet plus aux pharmaciens d’officine de tenir financièrement. Cela dit, cette solution entraîne l’entrée des non-professionnels dans le capital afin de partager des risques et le fardeau des investissements. Pour l’instant, on parle d’ouverture encadrée du capital pour mettre fin de façon ordonnée au monopole de propriété.

Des sources de la Confédération des syndicats des pharmaciens y voient le reflet d’une vision capitaliste qui ne tient pas compte de la spécificité de la profession. Ils s’y opposent farouchement sous prétexte que l’ouverture du capital néglige la dimension professionnelle de cette activité et le caractère stratégique de son produit dans la santé.

Selon des professionnels interrogés par L’Opinion, cette mesure constitue une tentative d’inscrire les pharmacies dans le cadre de l’investissement privé au risque de favoriser la marchandisation du médicament. Une pratique qui va à l’encontre des principes de l’État social et des dispositions constitutionnelles, argue-t-on.

Du point de vue des détracteurs de cette réforme, celle-ci risque de porter atteinte à l’indépendance des pharmaciens et de vider la pratique pharmaceutique de son essence en plaçant les professionnels sous l’autorité d’actionnaires ou d’investisseurs. Elle rappelle que le pharmacien n’est pas un simple vendeur de médicaments, mais un acteur sanitaire engagé, assumant des responsabilités éthiques et légales dans la délivrance des médicaments et l’accompagnement des patients dans leur parcours thérapeutique.

Risque de domination et impact sur les prix !

De plus, nos interlocuteurs considèrent que cette mesure risque de favoriser la domination de grands acteurs financiers sur la distribution des médicaments. Les expériences d’autres pays ont montré que l’ouverture du monopole de la propriété des pharmacies entraîne une hausse des prix des médicaments et des services pharmaceutiques, l’indisponibilité de certains médicaments, ainsi que la fragilisation de l’équilibre territorial de la couverture pharmaceutique. Ainsi, les zones isolées ou vulnérables au Maroc pourraient se retrouver confrontées à des pénuries de médicaments et de services pharmaceutiques.

Toujours selon les détracteurs de la fin du monopole de propriété, la sécurité du médicament ne se résume pas à sa simple disponibilité, mais repose sur la sécurité de sa distribution et de son utilisation. D’où la nécessité de préserver l’indépendance professionnelle du pharmacien et de protéger la chaîne du médicament contre toute logique de monopole ou de recherche exclusive du profit.

La question du capital des pharmacies demeure une fausse solution à la crise du modèle économique des pharmaciens. C’est la conclusion principale qui remonte des remarques des professionnels opposés. Cette mesure repose sur un diagnostic erroné de la situation, alors que la politique nationale du médicament fait face à d’autres défis liés principalement à la gouvernance, au monopole persistant tout au long de la chaîne du médicament, à l’insuffisance de soutien à l’industrie pharmaceutique nationale, fait remarquer, pour sa part, la coalition des pharmaciens affilés au PJD dans un communiqué.

Source de l’article : L'Opinion Maroc