Perspectives agricoles 2026 : Quand les pluies redonnent de l’espoir
Agriculture marocaine 2025-2026 : entre fragilités structurelles et signes tangibles de reprise
Après une campagne 2024-2025 marquée par des déficits hydriques sévères et des récoltes suffisantes, la saison agricole 2025-2026 offre une série de signaux positifs. Les pluies de fin d’année, bien que variables selon les régions, ont contribué à reconstituer partiellement les réserves en eau et à améliorer les conditions de production dans plusieurs bassins agricoles. Ce dossier propose une lecture lucide et optimiste des données disponibles à fin décembre 2025, qui dessinent une trajectoire encourageante pour le secteur, à condition que certaines conditions climatiques se maintiennent.
Pluviométrie et barrages : un bilan décembre 2025 contrasté mais porteur
L’un des marqueurs les plus scrutés de la campagne actuelle reste l’évolution des ressources hydriques. Après des années de déficit, les pluies de la période automne-hiver 2025-2026 ont permis une progression sensible des niveaux d’eau dans les barrages, bien que le bilan reste loin des moyennes historiques.
Selon les données officielles publiées fin décembre 2025, le volume total des apports hydriques reçus par les barrages depuis le début de la saison hydrologique s’élève à 1,77 milliard de mètres cubes, avec 1,34 milliard de mètres cubes enregistrés depuis le 12 décembre, soit une contribution très significative à la recharge des principaux réservoirs du Royaume.
Taux de remplissage global des barrages atteint ainsi environ 38 % de la capacité totale
Le taux de remplissage global des barrages atteint ainsi environ 38 % de la capacité totale, avec des réserves hydriques disponibles estimées à près de 6,37 milliards de mètres cubes à la fin du mois de décembre 2025.
Ces chiffres doivent être interprétés à la lumière de l’hétérogénéité territoriale des pluies : certaines régions, comme Casablanca-Settat, ont enregistré des cumuls pluviométriques significatifs, avec une moyenne régionale de 186,8 mm à fin décembre, un niveau qui traduit une amélioration notable des conditions hydriques par rapport aux saisons précédentes.
Tableau – État des réserves hydriques à fin décembre 2025
Indicateur Volume (m³) Taux de remplissage (%) Source Ressources disponibles totales des barrages 6,37 milliards ~38 % Ministère de l’Équipement et de l’Eau / lareleve.ma Apports hydriques depuis le 1er septembre 2025 1,77 milliards — Ministère de l’Équipement et de l’Eau /lareleve.ma Apports hydriques du 12 au 29 décembre 2025 1,34 milliards — Ministère de l’Équipement et de l’Eau / lareleve.ma
Ce redressement hydrique est loin d’effacer les séquelles de plusieurs années de sécheresse, mais il constitue un élément tangible d’amélioration, offrant aux agriculteurs un peu plus de marge de manœuvre pour les cultures de printemps et d’été.
Céréales et grandes cultures : un rebond conditionnel, mais réel
La production céréalière reste l’un des principaux indicateurs de la santé de l’agriculture marocaine. Après une saison précédente marquée par des rendements assez bas liés à une sécheresse prolongée, les projections pour 2025-2026 montrent une amélioration notable si les pluies persistent au début de la phase végétative des cultures.
Données du ministère et observations d’experts convergent vers une anticipation d’une récolte céréalière en forte progression par rapport à 2024-2025, avec un objectif national autour de 4,4 millions de tonnes, soit une augmentation de l’ordre de 41 % par rapport à la saison précédente, portée par les pluies reçues en mars et avril 2025, et confirmées par les précipitations de fin d’année
Cette reprise, bien qu’encourageante, reste toutefois inférieure à la moyenne historique qui atteint régulièrement 7 millions de tonnes lors des campagnes favorables. Elle confirme cependant la capacité du secteur à rebondir dès que les conditions climatiques deviennent plus favorables.
Diversification des cultures : une dynamique qui fait la différence
Au-delà des céréales, plusieurs filières à forte valeur ajoutée montrent des trajectoires exportatrices remarquables, renforçant la résilience économique du secteur agricole marocain malgré le contexte hydrique contraint.
Parmi elles, la filière dattier se distingue : pour la saison 2025-2026, la production de dattes est attendue à 160 000 tonnes, soit une progression de 55 % par rapport à la saison précédente, portée par de meilleures conditions climatiques dans les zones oasiennes et une structuration accrue des chaînes de production et de collecte.
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Ce dynamisme illustre la pertinence d’une stratégie de diversification agricole qui permet de tirer parti des marchés internationaux, en particulier pour des cultures adaptées aux zones semi-arides ou bénéficiant d’irrigation rationnelle.
Vers une stabilité des exportations agricoles
Même dans un contexte de stress hydrique chronique, l’agriculture marocaine conserve une capacité robuste à alimenter les marchés internationaux, notamment européens. Les exportations de produits frais – fruits et légumes – ont continué de maintenir leur dynamique, soutenues par la demande extérieure et par la structuration des filières d’exportation.
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Cette résilience commerciale confère au secteur agricole une contribution stable aux recettes en devises du Royaume, tout en consolidant la réputation du Maroc comme fournisseur fiable de produits de qualité.
Le défi de l’eau : gestion, technologies et investissements
Si les pluies de décembre 2025 viennent améliorer le bilan hydrique, la question structurelle de l’eau reste centrale pour la durabilité de l’agriculture marocaine. Le taux de remplissage des barrages s’est certes rapproché de 38 %, mais ce niveau demeure inférieur à ce que requièrent des campagnes pleinement productives, et témoigne des contraintes liées à plusieurs années de sécheresse consécutives.
L’une des réponses majeures est le développement de la dessalination de l’eau de mer
Face à cette réalité, les autorités ont intensifié les actions techniques et financières pour diversifier les sources d’eau disponibles pour l’agriculture. L’une des réponses majeures est le développement de la dessalination de l’eau de mer, qui fournit déjà de l’eau à des périmètres agricoles clés, notamment autour d’Agadir, tout en desservant des usages domestiques. Les projets de dessalement, avec une capacité annuelle croissante, visent à réduire la pression sur les ressources classiques et à sécuriser durablement l’approvisionnement en eau pour l’agriculture et les populations locales.
Casablanca-Settat : un cas d’école pour une campagne relancée
L’impact concret des pluies de décembre est particulièrement visible dans certaines régions comme Casablanca-Settat, qui a enregistré des cumuls pluviométriques significatifs, avec une moyenne locale autour de 186,8 mm à la date du 25 décembre 2025. Ces précipitations ont eu un effet direct sur la reprise des conditions de sol et sur la fourniture d’eau aux cultures de printemps, renforçant l’optimisme des agriculteurs et des acteurs agricoles de terrain.
Ce type de variation territoriale met en lumière l’importance d’un accompagnement technique adapté à chaque zone agroclimatique, ainsi que la nécessité de poursuive les efforts d’adaptation climatique et de gestion intégrée de l’eau.
Perspectives pour 2026 : entre prudence et opportunités réelles
Au moment où s’achève l’année 2025, les forces et les fragilités de l’agriculture marocaine apparaissent avec une clarté renouvelée. Les pluies de décembre et la progression des niveaux des barrages offrent des conditions plus favorables que lors de la campagne précédente, et la progression attendue de la production céréalière, ainsi que la dynamique des filières à valeur ajoutée, dessinent une trajectoire positive.
Cette évolution favorable repose néanmoins sur une condition essentielle : la continuité des apports hydriques au début de 2026, et donc la poursuite de pluies compatibles avec les besoins des cultures de printemps. Sans cela, le Royaume resterait exposé à des épisodes de déficits hydriques récurrents, malgré les investissements en infrastructures et en technologies comme la dessalination.
Conclusion : un optimisme fondé sur les faits et sur les leviers disponibles
L’agriculture marocaine entre dans une phase où les indicateurs climatiques et économiques montrent des signes tangibles d’amélioration par rapport aux années précédentes. La pluviométrie de fin 2025, la progression des réserves d’eau, le rebond attendu des récoltes et la dynamique des filières exportatrices offrent un cadre réaliste d’optimisme raisonné.
Cet optimisme ne repose pas sur une illusion de normalisation immédiate, mais sur une lecture lucide des faits : lorsque les conditions climatiques s’améliorent, l’agriculture marocaine a montré sa capacité à ajuster ses pratiques et à produire dans des conditions difficiles.
À l’aube de 2026, l’enjeu pour les acteurs publics comme privés est de consolider ces acquis, en poursuivant la modernisation des systèmes d’irrigation, en renforçant l’adaptation climatique des cultures et en maintenant la dynamique exportatrice qui fait du Maroc une place forte de l’agriculture méditerranéenne contemporaine.
Sources :
Source de l’article : AgriMaroc.ma



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