Ottawa tarde à annoncer son changement d’approche en matière d’IA

Moins d’un an après son arrivée au pouvoir, le premier ministre Mark Carney a signalé un changement majeur dans l’approche du Canada en matière d’intelligence artificielle (IA) pour se concentrer sur les avantages économiques.

Il a également mis l’accent sur le développement de l’IA souveraine dans le cadre de son initiative de grands projets d’intérêt national.

Mais son gouvernement n’a pas encore consacré de fonds publics importants à l’intelligence artificielle.

Ottawa n’a pas encore précisé son approche révisée de la politique sur l’IA. Le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, devrait dévoiler une mise à jour de la stratégie nationale au cours de la nouvelle année.

M. Solomon n’a pas mis l’accent sur la réglementation, soulignant l’approche du laissez-faire adoptée par les États-Unis.

Surréglementation versus innovation

Alors que l’année 2025 touche à sa fin, M. Solomon a annoncé de nouvelles ententes sur l’intelligence artificielle avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne lors de la réunion des ministres de l’Industrie, du numérique et de la Technologie du G7 à Montréal. Il a toutefois soutenu que l’approche du Canada n’avait pas changé, malgré la décision de signer des protocoles d’entente avec l’Europe favorable à la réglementation.

Notre position est exactement la même qu’auparavant, a déclaré M. Solomon dans une entrevue avec La Presse canadienne, plus tôt ce mois-ci.

Ce que j’ai dit depuis que je suis devenu ministre, c’est qu’il y avait un juste milieu entre ce que je considérais comme une surréglementation de l’UE, qui freine l’innovation, et les États-Unis et la Chine.

Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, souhaite quant à elle voir les humains être au volant du développement de l’IA.

Cela doit être fondé sur nos valeurs démocratiques. Notre démarche est centrée sur l’humain. Nos idées sont assez semblables à ce sujet, sur la manière dont nous voulons développer les technologies. C’est la raison pour laquelle il est important de travailler ensemble maintenant.

Elle souligne que l’Union européenne a pris au sérieux les critiques concernant la surréglementation. Bien que Bruxelles continue de soutenir fermement son approche actuelle et sa loi sur l’IA, les autorités européennes souhaitent également mettre en œuvre cette politique d’une manière favorable à l’innovation et réduire les formalités administratives.

Nouveau projet de loi en 2026

M. Solomon prévoit présenter un nouveau projet de loi sur la protection de la vie privée, lorsque la Chambre des communes reprendra ses activités l’an prochain. Lorsqu’il était ministre de l’Industrie, l’actuel ministre des Finances, François-Philippe Champagne, avait déposé le projet de loi C-27, qui aurait mis à jour les lois canadiennes sur la protection de la vie privée dans le secteur privé et introduit de nouvelles obligations pour les systèmes d’IA à fort impact.

M. Solomon compte inclure la partie de ce projet de loi consacrée à la protection de la vie privée, mais pas les éléments de réglementation de l’IA à large portée.

Ce ne sera pas exactement le même projet de loi que le C-27, qui […] visait à réglementer l’IA de manière beaucoup plus entière, convient-il.

Il ajoute que le projet de loi comprendra des mesures visant à protéger les enfants et à lutter contre les hypertrucages.

M. Solomon envisage d’inclure des restrictions d’âge pour l’accès aux agents conversationnels et le droit de supprimer les hypertrucages. Dans son entrevue accordée au début décembre à La Presse canadienne, il a refusé de donner des détails sur ce qui sera inclus.

Nous voulons trouver des moyens de protéger les citoyens. Nous voulons également trouver des moyens de faire respecter la loi.

Heidi Tworek, professeure d’histoire et de politique publique à l’Université de la Colombie-Britannique, juge qu’il sera plus difficile d’adopter une réglementation, étant donné l’attitude de l’administration Trump aux États-Unis.

Mais ce gouvernement ne semble pas non plus se concentrer sur cet aspect, car il est beaucoup plus préoccupé par la question de l’innovation.

Depuis qu’il est dirigé par Mark Carney, le gouvernement fédéral donne la priorité à l’IA. Il l’a placée dans un cadre qui privilégie ses applications commerciales, dit la professeure Tworek.

Elle argue que cette priorité est évidente dans la composition du groupe de travail mis en place par le ministre Solomon pour le guider dans la mise à jour de la stratégie nationale en matière d’IA. Ce groupe a été accusé d’être trop influencé par les voix de l’industrie.

Paul Samson, président du Centre for International Governance Innovation, dit que de nombreux pays seraient heureux de voir le Canada jouer un rôle plus actif dans la gouvernance internationale de l’IA, par exemple en interdisant l’accès de l’IA aux armes nucléaires.

Le Canada hésite un peu à trop s’exposer en raison du facteur Trump et du secteur américain des grandes technologies.

M. Samson raconte avoir eu des conversations avec des représentants d’autres pays et de grandes organisations internationales qui aimeraient voir le Canada en faire davantage, mais qui ne peuvent le dire publiquement. Parmi eux figurent des représentants de pays non membres du G7 qui recherchent un catalyseur un peu plus connecté, comme un pays du G7, pour lancer la discussion.

Source de l’article : Radio-Canada