« On a montré qu’on pouvait revenir de tout » : au coeur des célébrations à Dakar après la victoire du Sénégal à la CAN

Dakar jubile. Des dizaines de milliers de spectateurs sont venus ce mardi crier leur amour des Lions de la Teranga, vainqueurs dimanche de la CAN contre le Maroc (1-0 a.p.). Presque tous portent les maillots verts frappés des noms devenus talismans : Mané, Gueye, Mbaye… Les vuvuzelas se mêlent aux percussions improvisées. La capitale entière bat au même rythme.

Fatou attend son équipe depuis le début de matinée. « Je suis venue accueillir nos champions. Cette équipe nous a rendus fiers » . Autour d’elle, les Sénégalais dansent, chantent, rient. La grande parade traverse Dakar du nord au sud, et sur son passage, les immeubles, les trottoirs, les ponts se transforment en tribunes populaires.

Quand le bus des Lions apparaît enfin et que les joueurs présentent la coupe, la clameur devient assourdissante. Seynabou, 45 ans, a les yeux rougis. « Les voir passer avec la coupe, ça me donne des frissons » . À côté d’elle, un jeune homme hurle sa joie : « La meilleure équipe d’Afrique ! Sénégal ! » .

La fête effacerait presque les tensions de la finale. Depuis dimanche, elles s’invitent dans les discussions improvisées. Ibrahima, étudiant en droit, refait le match avec précision. « On a cherché à nous prendre la coupe avec l’arbitrage. Il y a eu de la colère, un sentiment d’injustice. Mais cette équipe a montré une force incroyable. On a montré qu’on pouvait revenir de tout. » Pour lui, comme pour beaucoup, le moment de flottement à la fin du temps réglementaire aurait pu tout faire basculer. « Si le Sénégal avait quitté le terrain sans revenir, on aurait renvoyé une très mauvaise image. Heureusement pour nous, Mané a montré la voie. » Alors que son équipe était rentrée aux vestiaires, l’ancien joueur des Reds de Liverpool est resté sur le terrain, haranguant ses coéquipiers pour qu’ils retournent sur la pelouse.

Moussa, 27 ans, moto-taxi, tranche sans hésiter : « Sadio est une légende, sur et en dehors du terrain. Il finit sur une victoire. C’est définitivement le plus grand joueur sénégalais, et peut-être même d’Afrique. » « Il a changé de dimension, abonde Bamba. Son attitude a marqué les esprits. » Les polémiques arbitrales, elles, ne sont pas oubliées. « Cette CAN restera aussi une CAN de la honte pour l’arbitrage » , ajoute-t-il, tout en reconnaissant une victoire « méritée sur le terrain » . Pour Mohamed Ghandour, consultant pour la chaîne nationale RTS, « le Sénégal était au-dessus. Discipline, profondeur de banc, intelligence tactique. Mais il y a eu un vrai problème entre le niveau d’organisation de classe mondiale – les infrastructures, les stades, le niveau de jeu – et celui de l’arbitrage. » À Dakar, la ferveur n’est pas près de retomber. C’est une joie profonde, un soulagement collectif, une fierté, presque un exutoire dans un contexte social et politique tendu. « Le foot est magique » , souffle Amadou, jeune enfant venu avec ses parents, les deux étoiles du Sénégal dessinées sur ses deux joues.

Source de l’article : L'Équipe