« On a été primé à New York et tout s’est enchaîné » , le parcours singulier de Didier Poiraud, artisan du cinéma fantastique

Entre sculptures animées, cinéma d’auteur et projets underground, Didier Poiraud trace depuis Nantes une trajectoire singulière à la croisée des arts. Réalisateur passionné, il revient sur son parcours, ses influences et ses projets en suspens, nourris par une même énergie créative.

Des marionnettes aux festivals : les débuts d’un cinéma artisanal

Entre BD, Beaux-Arts et Royal de Luxe : un imaginaire en mouvement

Formé aux Beaux-Arts de Nantes, Didier Poiraud ne se prédestinait pas au cinéma. « Je venais de la bande dessinée. J’ai pris la section art, mais j’ai toujours continué à sculpter » , confie-t-il. Cette double pratique du dessin et de la matière forge un regard singulier, à la fois visuel et narratif, qui s’exprime très tôt dans ses premiers projets.

L’arrivée de la compagnie Royal de Luxe à Nantes joue un rôle déclencheur. Grâce à la complicité de l’artificier Étienne, disparu depuis, Didier apprend à donner vie aux sculptures. « C’est lui qui m’a montré comment faire bouger les marionnettes » . Un savoir-faire artisanal, à la croisée du théâtre de rue et de l’animation, qui nourrit dès le départ une esthétique de l’étrange.

Des pubs déjantées au cinéma de genre

Didier et Thierry Poiraud enchaînent les campagnes publicitaires. L’une des plus marquantes : celle pour une célèbre marque de chewing-gum dans laquelle on peut voir la statue de la Liberté plonger nue dans l’Hudson. « C’était une pub avec un énorme budget. On a passé deux mois à dessiner des slips pour la statue de la liberté ! » , se souvient Didier, amusé. Une anecdote révélatrice de l’absurde parfois rencontré dans les coulisses de la création commerciale.

Malgré cette incursion dans l’univers publicitaire, Didier continue de développer ses propres univers, souvent inspirés de ses BD d’adolescent, comme Atomik Circus. Un projet nourri de science-fiction, de monstres et d’un humour noir revendiqué, qu’il parvient à porter à l’écran après des années de persévérance. « À force de persuasion, j’ai fini par embarquer un producteur » .

Atomik Circus : rêve de cinéma, énergie collective

Pour concrétiser le projet, il faut convaincre des stars. Didier se souvient d’un rendez-vous déterminant :

J’ai rencontré Vanessa Paradis, enceinte de Lily-Rose à l’époque. On a discuté place Vendôme à Paris. À la fin du rendez-vous, elle a dit oui.

Didier Poiraud

Grâce à sa présence et celle de Benoît Poelvoorde, alors en pleine ascension, le film est lancé.

Le tournage a lieu entre le Portugal, l’Allemagne et l’Angleterre, dans un esprit de liberté rare : « notre producteur nous a gâtés. On faisait ce qu’on voulait, jusqu’au jour où il a dit stop » . Si Atomik Circus n’a pas rencontré le succès public espéré, il est devenu culte dans les cercles underground, notamment grâce à son casting atypique — Poelvoorde, Paradis, le DJ Kavinsky — et son ambiance décalée.

Projets en sommeil et créations à venir

Depuis, Didier Poiraud poursuit sa carrière en solo. Il réalise des pubs à l’étranger — au Liban, en Égypte ou au Maroc — écrit plusieurs longs-métrages et continue d’explorer des esthétiques hybrides. Parmi ses projets figurent trois longs métrages comme l’histoire d’une voiture-zombie, croisement improbable entre Christine et La Momie, ou encore un film plus intimiste sur une cavale en canoë sur la Loire, qu’il rêve de tourner avec Mélanie Laurent. « Ce projet parle de notre époque. D’une femme qui s’évade et rencontre des gens qui vivent autrement. Il y a un flic à la Thelma & Louise qui la suit, et il comprend qu’elle n’est pas si mauvaise » . Si le film est encore dans les cartons, Didier garde espoir : « il faut trouver le bon producteur, celui qui veut vraiment y aller » .

Retour à la transmission

Parallèlement, il lui arrive de transmettre son expérience à de jeunes cinéastes. « J’ai donné des cours à Troyes, c’était super. Les jeunes sont à fond, tout le monde y croit, et tu retrouves l’énergie du court-métrage » . Loin des logiques industrielles, Didier Poiraud reste fidèle à son goût pour l’aventure humaine et les créations collectives.

L’art comme fil rouge

Sculpteur, réalisateur, dessinateur : Didier Poiraud est un touche-à-tout qui n’a jamais cessé d’inventer des mondes. De ses premiers courts animés à ses films underground, il incarne une forme rare d’artisanat cinématographique, nourri de passion, de rencontres et de liberté.

Ce que je retiens, c’est qu’il faut y croire, même quand tout semble bizarre ou improbable. C’est là que naissent les meilleurs projets.

Didier Poiraud

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Source de l’article : France 3 Régions