Nizar Baraka explique l’engagement de l’Istiqlal envers la jeunesse – Interview –
Dans un contexte marqué par une inquiétude grandissante chez les jeunes et une aspiration pressante au changement, le Parti de l’Istiqlal (PI) a lancé le « Manifeste du 11 janvier pour la Jeunesse » , présenté comme un pacte politique inédit fondé sur l’écoute, la co-construction et l’engagement réciproque. Son secrétaire général, Nizar Baraka, revient pour Hespress FR sur le diagnostic qui a conduit à cette initiative.
La jeunesse marocaine a récemment exprimé son malaise à travers des manifestations, et à l’approche des élections législatives, l’Istiqlal a choisi se tendre la main à cette frange de la population déconnectée de la politique, lui donner la plume pour dresser ses priorités, avec la promesse de transformer leurs « aspirations » en « obligations » .
En lançant son Manifeste du 11 janvier, le parti de la Balance, revient sur les raisons de la rupture de confiance entre les jeunes et le champ politique, les mécanismes envisagés pour transformer ce pacte en actions concrètes, et les motivations derrière la concrétisation d’une annonce lancée par Baraka pour l’année 2025, en approche plaçant la jeunesse au cœur de la décision publique.
Quel diagnostic précis sur la situation de la jeunesse vous a conduit à lancer ce pacte ?
La question de la jeunesse n’est pas nouvelle dans les préoccupations et les programmes du Parti de l’Istiqlal, toutefois, plusieurs points doivent être rappelés. Selon certaines enquêtes 42% des jeunes expriment le souhait d’émigrer. Cette réalité alarmante, confortée par les tentatives d’émigration massives de 2024, nous a alarmé et pousser à une mobilisation collective pour proposer des mesures à même d’offrir à chaque jeune un projet d’avenir dans son pays.
D’ailleurs de nombreux rapports émanant d’institutions nationales, notamment le Conseil économique, social et environnemental (CESE), ont mis en évidence les limites d’un grand nombre de politiques publiques dédiées à la jeunesse, en particulier en ce qui concerne l’amélioration de leur situation économique, sociale et de leurs droits.
Ces constats sont également corroborés par les travaux du Haut-Commissariat au Plan et d’autres institutions nationales qui montrent que notre bénéficie aujourd’hui d’une aubaine démographique, plus de 34% de sa population étant jeune (15 à 34 ans). Cette dynamique constitue un potentiel majeur de progrès et de prospérité si elle est accompagnée par des politiques publiques permettant aux jeunes de participer pleinement et activement à tous les domaines de la vie publique.
Le Parti de l’Istiqlal avait présenté, lors des élections de 2021, un programme électoral spécifiquement dédié à cet aspect fondamental, intitulé « Jeunesse productive, ambitieuse et intégrée » , articulé autour de cinq axes structurés sous forme d’engagements clairs.
Les rencontres que j’ai menées à travers l’ensemble des préfectures et provinces du Royaume avec les militantes et militants du parti ont révélé d’importants déficits en matière de communication et de réponse aux besoins de la jeunesse, ainsi qu’un fort sentiment d’inquiétude quant à leur avenir. Elles ont, en parallèle, confirmé la volonté réelle des jeunes de contribuer au développement du pays, mais à travers de nouvelles approches, mieux adaptées à leur génération et tenant compte des profondes transformations numériques et technologiques que connaît le monde, y compris le Maroc.
L’ensemble de ces constats a conduit le Parti de l’Istiqlal à opérer un changement d’approche, tant dans la compréhension des réalités vécues par les jeunes que dans la formulation des réponses et des alternatives à proposer.
C’est dans ce cadre qu’une méthodologie scientifique a été adoptée, reposant sur de larges consultations organisées dans plus de 600 communes, ayant permis de rencontrer plus de 15 000 jeunes au cours de l’année 2025, que j’avais annoncée, dès le 11 janvier 2025, être l’Année de la Jeunesse et du Volontariat.
Le parti a également innové en créant un espace de débat porté par les jeunes de la nouvelle génération via l’Académie Istiqlalienne des Jeunes, pour interagir avec les expressions et les aspirations des nouvelles générations et instaurer un dialogue structuré avec elles.
Toute cette dynamique a permis d’aboutir aujourd’hui à l’élaboration du « Manifeste du 11 janvier pour la Jeunesse » , présenté le 11 janvier 2026 simultanément dans les 12 régions du Royaume, ainsi qu’auprès des Marocains du monde dans la ville de Toulouse en France.
Qu’est-ce qui ne fonctionne plus dans la relation entre la jeunesse marocaine et les institutions politiques ?
Les consultations menées, ainsi que la rencontre avec 1500 jeunes à Bouznika en novembre, ont mis en lumière plusieurs enseignements majeurs, dont l’existence d’un profond sentiment d’inquiétude et de pessimisme politique. Les jeunes expriment la conviction que l’avenir du Maroc ne pourra répondre à leurs attentes sans une réelle ouverture des décideurs à leur égard et sans un accès effectif aux responsabilités politiques et aux positions de leadership.
Nombre d’entre eux font également état d’un sentiment d’impuissance, qu’ils relient à ce qu’ils perçoivent comme une fermeture du champ partisan. Cette situation les conduit à privilégier d’autres formes d’expression et d’engagement, notamment à travers les espaces numériques ou la protestation sur le terrain. Ils soulignent par ailleurs, avec insistance, la question de la corruption des élites, qu’ils considèrent comme un frein majeur à la confiance et à la participation politique.
Nous sommes ainsi face à un diagnostic lucide posé par la jeunesse elle-même sur sa condition, ses attentes et les blocages auxquels elle se heurte.
Pourquoi avoir choisi de placer la jeunesse au cœur de votre action politique, et pourquoi maintenant ?
La jeunesse a toujours occupé une place centrale dans la vision et les orientations du Parti de l’Istiqlal. Allal El Fassi en demeure l’illustration la plus emblématique, il a constitué une source d’inspiration majeure pour plusieurs générations de jeunes Marocains, en particulier au sein du parti. Nous comptons d’ailleurs parmi les premières formations politiques au Maroc à avoir consacré, de manière structurelle, la présence des femmes et des jeunes au sein de ses instances dirigeantes.
Contrairement à certaines interprétations, l’attention portée aujourd’hui à la question de la jeunesse ne relève nullement d’une réaction conjoncturelle à une dynamique ou à un mouvement particulier. J’avais en effet annoncé de manière publique et assumée, bien avant l’émergence de la récente dynamique protestataire, faire de l’année 2025 l’Année de la Jeunesse, dans une démarche de fond, cohérente et anticipative, fidèle à l’Histoire du parti et à sa responsabilité politique vis-à-vis des générations futures.
Ce pacte n’est ni une loi ni un programme exécutif. Comment garantir qu’il ne demeure pas un simple texte de principes ? Quelles obligations concrètes êtes-vous prêts à assumer pour le traduire en actions mesurables ?
La philosophie du Manifeste repose sur un principe clair d’engagements moraux réciproques entre les différentes parties prenantes. Toutefois, et c’est un élément fondamental, ce sont cette fois les jeunes eux-mêmes qui ont rédigé les articles du Manifeste du 11 janvier 2026 et défini les priorités qu’il porte. Le Parti de l’Istiqlal a accompagné ce processus sans s’y substituer, dans une logique d’écoute et de co-construction.
En contrepartie, le Parti de l’Istiqlal prend un engagement politique explicite, celui de transformer ces aspirations en obligations. Cela passe par la traduction des attentes et des revendications exprimées en engagements politiques concrets, mesurables et exécutables. Les jeunes consultés ont d’ailleurs insisté pour que ces engagements soient assortis d’indicateurs clairs permettant d’en évaluer objectivement la mise en œuvre.
Ces engagements seront intégrés au programme électoral du parti, qui fera ainsi office de document contractuel explicite, fondant une relation de responsabilité et de redevabilité entre le parti et la jeunesse.
En quoi ce pacte reflète-t-il un changement profond de regard sur les jeunes, et pas simplement une tentative de les réintégrer comme électeurs ou relais politiques ?
Comme je l’ai indiqué, le Parti de l’Istiqlal a changé d’approche dans son traitement des enjeux jeunesse, en s’ouvrant non seulement à la jeunesse istiqlalienne, mais à la jeunesse marocaine dans toute sa diversité.
Nous avons aussi pris conscience de l’importance des transformations numériques et culturelles structurant la dynamique de la jeunesse, ainsi que de leur rôle dans l’élaboration des visions, des programmes et dans le suivi de la capacité du parti à en respecter les engagements.
Il ne s’agit donc pas d’un ajustement de façade, mais d’un changement réel dans la compréhension et dans l’action. L’adhésion de nombreux jeunes au parti dans le cadre de cette initiative témoigne de l’envie de la jeunesse marocaine de participer lorsqu’elle trouve les cadres et les espaces correspondant à ses attentes et à sa manière de s’exprimer.
Vous parlez dans ce pacte d’égalité des chances. Comment réduire concrètement l’écart entre l’école publique et l’école privée ?
Le principe d’égalité des chances constitue un pilier fondamental de la doctrine istiqlalienne en matière de justice économique et sociale. Le Parti de l’Istiqlal réaffirme le rôle central de l’État et de l’action publique dans la garantie de l’accès effectif aux droits, au premier rang desquels figure le droit à une éducation de qualité.
Mais en tant que parti attaché à la promotion de l’initiative économique individuelle dans un cadre régulé, nous considérons que cette ambition ne peut se concrétiser sans un relèvement substantiel du niveau de l’école publique, condition indispensable à l’égalité réelle des chances et à la mobilité sociale.
Les résultats des consultations confirment que l’éducation est perçue par les jeunes comme le principal levier de dignité et d’émancipation, à condition qu’elle soit moderne, performante et adaptée aux exigences de notre époque, notamment à travers des ingénieries pédagogiques, numériques et linguistiques à la hauteur des transformations économiques et technologiques en cours.
Le pacte reconnaît l’importance de la santé mentale des jeunes, une première. Comment cet engagement pourrait-il se traduire dans les politiques publiques ?
Les consultations ont mis en évidence un pessimisme politique croissant, un sentiment d’incertitude nourri par le vécu quotidien, et une projection anxieuse de l’avenir. Cela impose de réfléchir à des dispositifs d’accompagnement social et psychologique, à la prise en charge des addictions, ainsi qu’à la création de services de conseil psychologique dans les établissements scolaires et de santé.
Un tel effort ne peut être porté par un seul acteur. Il doit mobiliser l’ensemble des institutions concernées afin de restaurer la confiance des jeunes dans l’avenir et dans le pays, et de recréer une dynamique collective fondée sur l’espoir, l’engagement et la capacité à transformer les situations négatives en perspectives de progrès.
Vous évoquez la participation des jeunes à la décision. S’agira-t-il d’un rôle consultatif ou d’un pouvoir réel ? Comment comptez-vous atteindre les jeunes les plus éloignés des institutions, notamment ceux qui sont hors de l’école et hors du marché du travail ?
Le parti considère que les jeunes doivent être des acteurs essentiels du processus institutionnel, et non de simples bénéficiaires. Leur « empowerment » (autonomisation, ndlr) politique constitue un levier central pour un changement et un développement global.
Cela implique de recourir à des politiques publiques ciblées et différenciées, capables de prendre en compte la diversité des trajectoires, des réalités territoriales et des attentes multiples de la jeunesse marocaine.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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