muscler l’architecture invisible du ciblage
Après avoir engagé l’un des chantiers sociaux les plus ambitieux de son histoire récente, le Maroc s’apprête à renforcer les fondations techniques et institutionnelles de la généralisation de la protection sociale. L’État travaille à la mobilisation d’une expertise spécialisée pour sécuriser la deuxième phase du projet, axée sur la fiabilité des données, l’interconnexion des systèmes et la gouvernance des registres, avec un accent particulier sur les populations vulnérables et les territoires moins couverts.
La généralisation de la protection sociale ne repose pas uniquement sur des arbitrages budgétaires ou des choix politiques. Elle dépend aussi, de manière décisive, de la solidité des outils qui permettent d’identifier les bénéficiaires, de croiser les informations et de piloter les dispositifs dans la durée. C’est dans cette logique que les pouvoirs publics préparent une nouvelle étape du chantier, centrée sur le renforcement en profondeur des registres nationaux et des capacités de gestion qui les entourent.
Au cœur de cette phase figure le Registre national de la population, appelé à jouer un rôle de plus en plus structurant dans l’écosystème social. L’enjeu consiste à consolider son infrastructure technique, à fiabiliser ses processus et à élargir son périmètre d’usage. Cela passe par l’amélioration continue des systèmes d’information, qu’il s’agisse de leur architecture, de leurs capacités de traitement ou de leur sécurité, mais aussi par une meilleure articulation avec d’autres plateformes administratives et sociales.
L’extension des services d’authentification numérique et l’intégration effective de l’identifiant digital civil et social dans les systèmes de gestion des programmes publics constituent, à cet égard, des leviers clés pour fluidifier l’accès aux prestations et limiter les doublons ou les erreurs de ciblage.
Cette montée en puissance suppose également un effort soutenu d’inscription et de mise à jour des données, notamment dans les zones rurales, enclavées ou faiblement couvertes. L’amélioration de la qualité des informations collectées et leur actualisation régulière apparaissent comme des conditions indispensables pour garantir l’équité et l’efficacité des politiques sociales.
En parallèle, le Registre social unifié fait l’objet d’un renforcement ciblé, dans une optique de précision et de résilience. L’objectif est d’améliorer ses fonctionnalités techniques, de renforcer son interopérabilité avec les systèmes tiers et d’optimiser les circuits de collecte, de contrôle et de traitement des données sociales. Une attention particulière est portée à la gestion des réclamations, perçue comme un indicateur de confiance des ménages dans le dispositif. Le chantier vise également à élargir la couverture du registre dans les zones les plus exposées à la vulnérabilité économique et aux chocs climatiques, afin d’adapter plus finement les réponses publiques aux réalités territoriales.
Au-delà des outils, cette nouvelle phase mise sur un renforcement de la gouvernance et des capacités institutionnelles. L’accompagnement prévu englobe la gestion globale du projet, l’appui opérationnel à l’Agence nationale des registres et la mise en place de mécanismes avancés de suivi-évaluation. Le recours à la big data et à la business intelligence doit permettre de passer d’une logique de suivi administratif à un pilotage stratégique, fondé sur l’analyse en temps réel des données et l’évaluation de l’impact des programmes. Cette approche intègre également la formation, l’assistance technique et les audits nécessaires pour sécuriser la mise en œuvre d’un chantier appelé à structurer durablement l’État social marocain.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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