« Mon rêve, c’était l’équipe de France » : Nathan Tchibozo, premier sportif à représenter le Bénin aux JO d’hiver
« La cérémonie d’ouverture, c’était incroyable. Vraiment. Des souvenirs qui resteront toute ma vie. Il y avait une joie immense et, en même temps, quelque chose d’impressionnant, presque vertigineux. Tu te retrouves au milieu d’athlètes venus du monde entier et tu comprends que ce moment dépasse ta petite histoire personnelle.
Et puis je repense au trajet. Je suis arrivé en car, après six heures de bus. Heureusement que ce n’était pas trop loin de chez moi, ça m’a évité de payer un avion. Me dire que je passe à la télévision devant le monde entier après être venu comme ça, simplement, c’est totalement dingue.
Mon plan A, c’est de réussir dans le ski
La réalité, c’est que je ne vis pas du ski. Pas pour le moment. Sans mes parents, je ne serais pas là. Pas de sponsors, pas de mécénat, une Fédération encore trop récente pour m’aider financièrement. Le ski coûte très cher : le matériel, les déplacements, les stages… On ne se rend pas compte de tout l’envers du décor. Heureusement, j’ai parfois des tarifs préférentiels, mais cela reste un sport exigeant. C’est un engagement total, pour moi et pour ceux qui m’entourent. À côté, je fais un bachelor en marketing du sport. J’ai un cursus aménagé pour concilier les deux. Mon plan A, c’est de réussir dans le ski. Ensuite, j’aimerais rester dans cet univers.
Ça intrigue souvent : comment un gamin qui représente un pays sans montagne ni neige peut-il faire du ski ? Pour moi, ça a toujours été une évidence. Il n’y a pas eu beaucoup de représentants africains dans l’histoire des Jeux d’hiver. Je me rappelle d’un Sénégalais, d’une Togolaise, pas plus. Mais ça se développe. Maintenant, il y a un représentant de Madagascar, du Maroc, de l’Érythrée. C’est vraiment cool. Je sais que ça doit faire parler. Ce n’est pas commun, un sportif qui représente un pays d’Afrique en ski. Mais honnêtement, je ne fais pas attention à ça. Je me considère comme un gamin de la montagne. Et si je peux montrer la voie à des jeunes Béninois, j’aurai tout réussi. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, depuis que je suis jeune, je n’ai jamais été confronté à des situations gênantes ou à des moqueries. Je prends de la distance. Je suis concentré sur mes performances.
Le Bénin, ça vient d’abord de mes parents, qui sont nés là-bas tous les deux. Mais j’ai aussi un lien personnel avec le pays : j’y vais presque tous les ans depuis que je suis petit. Moi, je suis né à Paris. J’ai commencé le ski à trois ans. Mes parents étaient partis en vacances aux Deux-Alpes. Ils ont aimé le cadre… et on est restés. Ils ne venaient pas du tout du milieu du ski. Ce sont eux qui ont dû tout découvrir et s’intégrer à cet univers particulier. Moi, j’ai grandi là-bas.
J’ai grandi avec une bande de copains, dans un monde où l’amitié et la rivalité cohabitent. On rigole, on se chambre : » Je t’ai battu ! « _ » Demain, c’est moi. « C’est bon enfant, mais le sens de la compétition est toujours là. Moi, je l’ai profondément. J’aime gagner.
Mon rêve, c’était l’équipe de France
Je me sens bien à la montagne. C’est chez moi. On est une famille de sportifs. Mon petit frère fait partie du groupe relais en équipe de France de snowboard. Ma petite soeur est encore au club des Deux-Alpes. La glisse fait partie de notre vie. Je ne me suis pas imposé du jour au lendemain dans ce milieu si fermé de la montagne. Pour en arriver là, j’ai dû énormément travailler. C’est du sacrifice au quotidien. On skie toute l’année. Il y a la préparation physique, la préparation mentale. C’est une exigence permanente.
Au début, mon rêve, c’était l’équipe de France. Intégrer l’équipe de France, participer aux grands événements. Mais le niveau est extrêmement dense, les places sont rares. J’ai alors représenté le Togo (la nationalité de sa mère) pendant un temps. Il y avait un projet. J’ai pu participer aux Championnats du monde. Puis nos visions ont divergé.
C’est à ce moment-là que mon père a décidé de créer une Fédération de ski pour le Bénin. Il en avait l’idée depuis longtemps. Après plusieurs complications, l’association sportive du Bénin pour le ski a officiellement vu le jour en 2025. Il en est le président. Pour moi, c’était naturel de le rejoindre. Représenter le Bénin, c’est représenter mes origines. C’est une part de moi.
Le président regardera sûrement ma course
Aujourd’hui, la Fédération est toute jeune. L’objectif est de montrer que c’est possible. Les Jeux Olympiques sont essentiels pour ça. Ils offrent une visibilité internationale. Je sens un engouement, au Bénin comme ailleurs. Des messages, du soutien. Je fais la une des médias là-bas. Je n’ai pas reçu de message du président, mais je sais qu’il regardera sûrement ma course. Je ne mesure peut-être pas totalement ce que cela représente, mais je sais que c’est important.
La préparation se passe bien. Je suis concentré, appliqué. J’essaie de profiter de chaque instant parce que ce que je vis est rare. Mes objectifs sont simples : faire du bon ski. Ne pas sortir bêtement en course. Viser la performance. Je reste un compétiteur, j’aime gagner et je suis fier. Fier du chemin parcouru. Fier de représenter le Bénin. »
Source de l’article : L'Équipe



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