Menacés d’expulsion, 32 800 migrants ont échappé aux Services frontaliers en 2025

Environ 32 800 migrants menacés d’expulsion au Canada ont disparu dans la nature après avoir échappé à la surveillance des Services frontaliers. Ces données de 2025, qui englobent surtout des réfugiés déboutés, ne font pas sourciller l’organisation, convaincue que ses équipes répondent à la demande.

On a effectué 22 100 renvois pour l’année 2025, ce qui constitue un record depuis la création de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), indique en entrevue le directeur général des programmes d’exécution de la loi et du service intérieur, Carl Desmarais.

Responsable des frontières, l’ASFC est tenue de renvoyer les étrangers visés par un mandat d’expulsion. Un exercice, qui, selon M. Desmarais, n’arrête jamais en raison du nombre de réfugiés déboutés. C’est ce qui lui fait dire que l’inventaire des personnes recherchées est dynamique et fluctue chaque jour.

Symbole de cette dynamique, des données obtenues par Radio-Canada confirment que la moitié des 63 000 étrangers visés par un mandat d’expulsion était portée disparue en date du 31 août 2025.

Nombre de personnes au Canada visées par un mandat d’expulsion

AnnéesPersonnes visées par un mandat d’expulsionPersonnes portées disparues dans le lot202563 29832 811202050 00034 700

Source : Site web de l’ASFC et rapport du Vérificateur général

La situation était à peu près la même en 2020, ce qui avait valu à l’ASFC d’être blâmée par le Vérificateur général pour la « piètre qualité » de ses données et les faiblesses de base dont elle faisait preuve.

Le nombre de personnes recherchées aujourd’hui est à peu près le même qu’en 2020, mais ça ne veut pas dire que ce sont les mêmes personnes, explique Carl Desmarais. On a lancé 7000 mandats d’arrêt lors des années financières 2023-2024 et 2024-2025, alors qu’on en a exécuté à peu près 9500. Ça montre qu’il y a un roulement et qu’on a les moyens de retrouver ces personnes.

M. Desmarais ajoute que certains étrangers recherchés peuvent quitter le pays volontairement sans en informer les autorités canadiennes.

La vaste majorité des personnes à expulser sont des demandeurs d’asile déboutés. Quelques milliers sont des criminels.

Motifs d’expulsion du Canada

Motifs d’expulsionNombre de personnes viséesMotifs de sécurité69Violation des droits de l’Homme ou des droits internationaux21Criminalité5Criminalité transfrontalière1399Crime organisé38Fausses déclarations438Cessation72Non-respect/non-demandeurs d’asile1399Non-respect autres/demandeurs d’asile déboutés25 786Section non saisie dans le système287Autres28Total29 542

Source : Site web de l’ASFC, données du 31 octobre 2025

Pour les mandats d’arrêt, on les révise sur une base périodique et de façon proactive. On attribue certaines priorités. Un mandat qui vise quelqu’un avec un historique de criminalité sera par exemple revu de façon plus intense que s’il s’agissait d’un réfugié débouté.

Un cas rare mais troublant

Il reste que les longs délais d’expulsion peuvent parfois bouleverser la vie de citoyens canadiens. C’est le cas de Stéphanie, dont l’agresseur et ex-conjoint, Mouad Sghir, n’a toujours pas été renvoyé vers le Maroc, son pays d’origine.

Emprisonné en 2023, Mouad Sghir a recouvré sa liberté le 4 janvier 2026. J’avais des rendez-vous médicaux dans la ville où il se trouve actuellement, mais je ne pourrai pas m’y prendre. Je ne suis pas prête à me retrouver dans la même ville que lui, confie-t-elle.

Mouad Sghir a sauvagement battu et violé Stéphanie en 2020. Il a été décrit par la Commission des libérations conditionnelles comme un délinquant dangereux, sujet à un risque élevé de récidive. Après son crime, il a même été en cavale pendant 11 mois avant de finalement être arrêté en 2021.

Je ne comprends pas pourquoi on laisse la chance à un ancien fugitif violent d’être libre. Il n’a fait aucun effort de réinsertion en prison. J’aimerais qu’on me dise où sont mes droits à moi, parce que les miens, je les sens bafoués, poursuit Stéphanie. J’ai l’impression qu’on me demande de m’effacer, alors que c’est moi la citoyenne canadienne.

Carl Desmarais, qui n’est pas autorisé à commenter le cas de Mouad Sghir, réitère que les dossiers de cette nature sont suivis de façon très rapprochée.

C’est important de se rappeler que les individus qui ont commis des crimes ont certains droits d’appel. Dans certains cas, il est possible aussi qu’on ait besoin d’obtenir l’autorisation du pays d’origine. Il y a plusieurs circonstances qui peuvent faire en sorte que le renvoi prenne plus de temps qu’anticipé, détaille-t-il.

Les délinquants comme Mouad Sghir sont encouragés par les autorités à amorcer eux-mêmes les démarches devant conduire à leur expulsion. En cas de refus, l’ASFC peut elle-même entreprendre le processus, par exemple via des démarches diplomatiques, pour effectuer en temps opportun le renvoi, précise M. Desmarais.

L’expulsion d’un délinquant peut seulement s’amorcer à sa sortie de prison. Libéré depuis deux semaines, Mouad Sghir réside chez un proche et doit se présenter deux fois par mois à un bureau de l’ASFC.

Ministre interpellé

Engagé dans le dossier, le député fédéral d’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, assure poursuivre les pressions auprès du ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree.

Nous sommes conscients que le Canada souhaite respecter les conventions internationales en s’assurant que la personne expulsée possède un passeport valide. M. Sghir a perdu ses droits d’être sur le territoire en raison de ses crimes graves et, document de voyage ou pas, il devrait déjà avoir été expulsé, mentionne-t-il par écrit.

C’est peut-être utopique, mais j’aimerais vraiment que le ministre fédéral de la Sécurité publique me réponde et m’explique pourquoi il (Mouad Sghir) est encore ici. J’aimerais aussi comprendre pourquoi il n’est pas détenu dans une prison en attendant son expulsion.

Le cabinet du ministre Anandasangaree n’a pas donné suite à nos demandes médias, tout comme le bureau du premier ministre et les partis fédéraux.

Source de l’article : Radio-Canada

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