Melon : basculement des volumes vers l’Amérique latine, montée en puissance de la valeur en Méditerranée
Sur le marché mondial du melon, l’équilibre des puissances commerciales a changé profondément ces dernières années. Les données internationales les plus récentes, basées sur les statistiques COMTRADE montrent une redistribution des volumes exportés vers les pays d’Amérique latine, tandis que la création de valeur reste concentrée autour des producteurs méditerranéens. Ce phénomène a des implications directes pour les marchés agricoles exportateurs, y compris en Afrique du Nord, où les stratégies commerciales et agronomiques doivent s’adapter à cette nouvelle configuration.
En 2024, le Guatemala s’est établi comme le premier exportateur mondial de melon en volume, avec environ 3 913 millions de dirhams de melon exportés sur la base de 364,41 millions de kilos et d’un prix moyen mondial d’exportation, avant ajustement, estimé autour de 10,74 MAD/kg. Cette dynamique confirme une progression constante depuis 2005, lorsque le pays exportait 218 millions de kilos, l’équivalent d’un flux moins important en termes de poids et de revenus.
Les exportateurs espagnols, longtemps leaders incontestés en volume, ont vu leur part diminuer. En 2024, avec 342,44 millions de kilos exportés, les recettes associées s’élèvent à près de 3 370 millions de dirhams, confirmant la capacité de cette origine à valoriser ses produits même en recul quantitatif. Ce recul structurel des quantités exportées depuis l’Europe s’explique par des coûts de production plus élevés et des contraintes hydriques, qui pèsent sur la compétitivité par rapport aux pays tropicaux à forte production.
Le Brésil reste un acteur majeur, avec 243,4 millions de kilos exportés en 2024, ce qui se traduit par des recettes proches de 1 837 millions de dirhams. La trajectoire brésilienne illustre une capacité à structurer des volumes importants tout en restant compétitif sur les marchés internationaux.
L’analyse globale des valeurs en 2024 révèle que les recettes mondiales issues des exportations de melon ont également été réévaluées à la lumière du taux de change euro-dirham : les revenus espagnols restent les plus élevés au monde, autour de 3 370 millions de dirhams, devant le Guatemala avec environ 1 935 millions de dirhams et le Brésil à près de 1 840 millions de dirhams. Ce positionnement illustre la dualité du marché mondial : d’un côté les volumes, principalement portés par les origines d’Amérique latine, de l’autre la valeur, souvent captée par les exportateurs méditerranéens par le biais de prix unitaires plus élevés.
Sur vingt ans, les mutations sont patentes. En 2005, l’Espagne captait déjà une part dominante des revenus du melon avec environ 2 373 millions de dirhams, contre des niveaux beaucoup plus modestes pour le Guatemala et le Brésil. La montée en puissance des pays tropicaux sur les volumes exportés s’est traduite par une croissance significative de leurs revenus agrégés en dirhams, tandis que l’Europe maintenait sa stratégie de différenciation qualitative.
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Pour les marchés exportateurs du bassin méditerranéen et d’Afrique du Nord, dont le Maroc, cette évolution souligne l’importance d’une stratégie d’exportation équilibrant quantité et qualité. Dans un contexte où les contraintes climatiques et les coûts de production sont appelés à croître, l’innovation agronomique, le positionnement commercial et la diversification des marchés deviennent des leviers essentiels pour maintenir et renforcer la compétitivité à l’export.
Les chiffres de l’ONU confirment que la compétition mondiale sur le melon ne se réduit pas à une lutte pour les volumes, mais s’organise autour de la capacité à générer de la valeur ajoutée dans un paysage commercial de plus en plus concurrentiel et segmenté.
Source : Hortoinfo
Source de l’article : AgriMaroc.ma



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