Maroc – Sénégal : Un lien de l’âme et de l’Histoire que nul match ne saurait rompre [Tribune]
À l’heure où l’effervescence sportive accompagne les grandes rencontres footballistiques, les émotions peuvent parfois s’emballer, au point de faire oublier l’essentiel. Des voix s’élèvent alors pour tenter de réduire une relation plurimillénaire à un simple ballon gonflé d’air, balloté sur une pelouse pendant quatre-vingt-dix minutes. Or, une vérité s’impose avec force : une histoire vieille de plus de deux mille ans ne saurait se résumer à un match de football, et une relation stratégique, solide comme une chaîne de montagnes, ne peut être ébranlée par un emballement médiatique passager.
Des affinités spirituelles au-delà des frontières
La relation entre le Maroc et le Sénégal ne relève ni d’un simple voisinage géographique, ni d’un échange d’intérêts conjoncturels. C’est d’abord un lien d’allégeance spirituelle, d’éducation morale et de cheminement intérieur. Les distances s’abolissent, remplacées par les routes du savoir, les caravanes de la science et les chaînes de transmission spirituelle.
J’en ai eu une illustration particulièrement éloquente, lors de ma récente visite au Royaume du Maroc. J’ai eu l’honneur de représenter Son Éminence le Cheikh Mountakhā (qu’Allah le préserve) à l’occasion de la soutenance de thèse de doctorat de son fils, le Cheikh Abdou Hakim. Cet événement, bien plus qu’un simple acte académique, fut une réactualisation des pactes de fraternité, de science et de foi qui unissent, depuis des siècles, les foyers spirituels du Sénégal et du Royaume chérifien.
Les confréries soufies, et au premier rang d’entre elles la Tijāniyya, ont constitué le véritable système sanguin de cette relation, irriguant les cœurs avant les esprits. Fès, Touba, Tivaouane, Kaolack et Dakar sont devenues les organes d’un même corps spirituel, respirant à l’unisson l’air de la fraternité religieuse et de la loyauté spirituelle, bien au-delà des cadres étroits de l’État-nation moderne, pour s’inscrire dans l’horizon plus vaste de l’Umma unifiée.
Convergence des destins et des positions politiques
Ce qui singularise également les relations maroco-sénégalaises, c’est la remarquable convergence de vues sur la scène internationale. Le Sénégal, dirigeants et peuple confondus, a toujours été un allié fidèle et constant du Maroc dans la défense de son intégrité territoriale, notamment sur la question du Sahara marocain. Cette position, réaffirmée dans toutes les enceintes internationales, ne relève pas d’un simple calcul diplomatique, mais d’une conviction profonde quant à la justice de la cause et à l’unité de destin liant les peuples Nord-africains aux sociétés sahariennes du cœur du continent.
Cette solidarité s’étend à de nombreux dossiers internationaux, faisant des deux pays un modèle exemplaire de coopération stratégique Sud-Sud, fondée sur la confiance, la constance et la vision à long terme.
Une histoire partagée : sang, alliances et mémoire
Au fil des siècles, les vastes étendues désertiques n’ont jamais été des barrières, mais des ponts de circulation pour les caravanes commerciales, intellectuelles et humaines. De ces échanges sont nées des relations de parenté, des alliances matrimoniales et un métissage culturel profond, au point qu’il devient parfois difficile de distinguer les frontières culturelles entre les deux sociétés.
Nous partageons un héritage commun dans les pratiques sociales, les codes vestimentaires, la jurisprudence collective, et jusque dans notre manière d’appréhender le monde. En théologie : l’ash‘arisme ; en droit : le malikisme ; en spiritualité : la voie de Junayd. Autant de piliers qui fondent une même vision de l’islam et de la société.
Le piège des eaux troubles et l’exigence de lucidité
Les tentatives actuelles de manipulation, cherchant à attiser les tensions à travers les réseaux sociaux ou certains médias dépourvus de sens des responsabilités, relèvent d’un bruit de fond au service d’agendas hostiles à cet axe de stabilité régionale. Face à cela, la conscience collective marocaine et sénégalaise se doit de s’élever au-dessus de ces mesquineries, et de comprendre que le sport est un vecteur de rapprochement, non de division.
Le Marocain à Dakar est chez lui ; le Sénégalais à Fès est parmi les siens. La profondeur stratégique du lien entre Rabat et Dakar dépasse largement les émotions éphémères et constitue une référence rare en matière de coopération fraternelle.
Témoignage de terrain : la Grande Mosquée de Dakar
Je ne saurais conclure sans évoquer un épisode révélateur de cette symbiose spirituelle et institutionnelle. Durant l’exercice de mes fonctions de Conseiller aux affaires religieuses au ministère de l’Intérieur du Sénégal, j’ai eu l’occasion d’apprécier la qualité du dialogue empreint de respect et de finesse diplomatique avec Son Excellence l’Ambassadeur du Royaume du Maroc à Dakar, Monsieur Hassan Naciri.
Celui-ci portait une initiative généreuse du Royaume visant à contribuer à la rénovation et à la restauration de la Grande Mosquée de Dakar, édifice emblématique de la souveraineté et de la spiritualité sénégalaises. Ce projet exemplaire a réuni le ministère de l’Intérieur, l’administration de la mosquée et la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains, illustrant de manière concrète la vision royale qui fait du savoir religieux et du sacré un socle fondamental de l’unité africaine.
La main qui bâtit et restaure est infiniment plus puissante que toutes celles qui cherchent à diviser.
Conclusion
Aussi longtemps que résonneront les prières dans la Grande Mosquée de Dakar, que les cœurs se recueilleront au mausolée de Sidi Ahmed Tijani à Fès, et que les positions politiques resteront fermes dans les forums internationaux, la relation entre le Maroc et le Sénégal demeurera écrite à l’encre de l’âme et de la fidélité.
Aucun gazon de stade ne saurait en effacer les lignes.
Source de l’article : Yabiladi.com



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