Marché du travail: le ministère veut accélérer l’intégration des jeunes en entreprise (FMEC 2026)

À la tribune de la deuxième édition du Forum Marocain de l’Emploi et de la Compétence du FMEC 2026, organisé lundi 26 janvier à Casablanca par Industrie du Maroc Magazine, Nour Elamarti, Directrice de la Coopération Internationale et du Partenariat au ministère de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences a défendu une vision élargie de l’employabilité. Dans un marché du travail bousculé par des mutations économiques, technologiques et climatiques, elle a estimé que le diplôme ne suffit plus et que l’enjeu est désormais de s’insérer, s’adapter et évoluer dans la durée.

Dès les premières minutes de son intervention, la responsable a salué un forum qu’elle considère désormais comme un point de rencontre attendu pour les acteurs qui « placent l’humain au cœur de la performance et de la compétitivité » . Elle a également rendu hommage à la mobilisation des organisateurs et des participants, avant d’entrer dans le cœur du sujet. « Dans ce contexte, l’employabilité ne peut plus être réduite au seul niveau de diplôme » , a-t-elle affirmé, en appelant à une approche plus large, fondée sur la qualification, l’adaptabilité, la mobilité et la capacité à s’intégrer rapidement en entreprise.

La formation professionnelle, pivot de l’ajustement entre compétences et économie

Dans son propos, Nour Elamarti a insisté sur le rôle stratégique de la formation professionnelle dans le développement du Royaume. Elle l’a présentée comme un levier essentiel pour rapprocher les compétences des besoins réels de l’économie, accompagner l’évolution des métiers et permettre aux entreprises de disposer de ressources humaines qualifiées.

Cette orientation, a-t-elle expliqué, s’appuie sur une démarche de partenariat et de contractualisation avec les professionnels, impliqués à toutes les étapes, depuis la planification jusqu’à l’évaluation. Dans cette logique, elle a rappelé la mise en place d’instituts de formation professionnelle à gestion déléguée, administrés par des fédérations professionnelles dans des secteurs structurants, notamment l’aéronautique, l’automobile, le textile ou encore les énergies renouvelables. D’autres filières, comme l’eau, l’assainissement, l’environnement et l’industrie pharmaceutique, devraient à leur tour être dotées de ce type d’infrastructures.

Au-delà de cette gouvernance sectorielle, la responsable du ministère a mis en avant un chantier plus visible dans les territoires, celui des Cités des métiers et des compétences, déployées à l’échelle nationale. Ces structures, a-t-elle rappelé, visent à renforcer l’employabilité des jeunes tout en répondant aux priorités économiques propres à chaque région. L’idée est d’ancrer les parcours dans le réel, en tenant compte des besoins locaux, comme l’automobile dans le Nord ou le tourisme dans certaines régions, pour que la formation cesse d’être déconnectée du marché.

L’apprentissage comme réponse « terrain » aux besoins immédiats

Autre point fort de son intervention, l’apprentissage, présenté comme une voie de professionnalisation directe. Nour Elamarti a évoqué le lancement d’un programme gouvernemental récent destiné à renforcer ce modèle, avec un objectif affiché de montée en puissance à l’horizon 2026.

Elle a insisté sur la logique de ce dispositif, qui privilégie une formation largement construite en entreprise, afin de doter les jeunes de compétences pratiques, plus proches des exigences du terrain. L’idée, a-t-elle expliqué, est de réduire la distance entre la formation et l’emploi, en permettant aux apprentis d’acquérir rapidement les gestes, les rythmes et les réflexes du monde professionnel.

L’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences au centre de l’intermédiation

Nour Elamarti a également souligné le rôle de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences, l’ANAPEC, dans la mise en cohérence des dispositifs publics et des besoins des entreprises. Orientation, accompagnement, insertion, mais aussi renforcement des services d’intermédiation, l’agence est présentée comme un maillon central pour fluidifier l’accès à l’emploi, notamment pour les jeunes.

Dans une approche assumée d’élargissement des publics, elle a rappelé que certains programmes, autrefois réservés aux diplômés, s’ouvrent désormais aux non-diplômés. L’objectif est de toucher des populations plus vulnérables et d’élargir l’accès aux dispositifs actifs, avec des mécanismes d’accompagnement plus inclusifs.

Insertion durable : inclusion, entrepreneuriat, et simplification des démarches

Au fil de son intervention, la représentante du ministère a défendu une vision globale de l’insertion professionnelle, qui ne se limite pas au recrutement. L’action publique, a-t-elle indiqué, repose aussi sur la modernisation des services à travers la digitalisation et la simplification des démarches, afin de réduire les frictions administratives qui freinent parfois l’accès aux dispositifs.

Elle a par ailleurs insisté sur le rôle de l’entrepreneuriat, en rappelant que la pérennité d’une entreprise dépend largement de la préparation et de l’accompagnement des porteurs de projets. Dans cette optique, le ministère prévoit la création d’instituts dédiés à l’entrepreneuriat dans plusieurs régions, afin d’outiller les initiatives locales et de structurer l’accompagnement sur la durée.

Anticiper les métiers qui montent, former pour les secteurs qui tirent

Enfin, Nour Elamarti a replacé l’employabilité dans une perspective d’anticipation. Dans un contexte de transformation rapide, a-t-elle souligné, il devient indispensable de suivre les métiers émergents et de former en conséquence, notamment dans la data, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, l’industrie et la transition énergétique.

La formation continue a également été citée comme un levier majeur, à la fois pour accompagner les entreprises et pour maintenir l’employabilité des salariés. Pour la responsable, l’enjeu n’est pas seulement de former une première fois, mais de permettre aux parcours de rester solides malgré l’évolution des technologies et des organisations.

En conclusion, Nour Elamarti a défendu une conviction de fond. L’insertion professionnelle durable repose sur un accompagnement complet, qui combine formation, intermédiation, inclusion, entrepreneuriat et partenariat renforcé avec les acteurs économiques. Une approche qui, pour elle, relie directement la performance économique aux enjeux sociaux, parce que « l’emploi » , a-t-elle rappelé, reste d’abord une question de dignité et de cohésion.

Source de l’article : Industrie du Maroc