Manger trois repas : l’habitude française qui n’est pas si « naturelle »

La structure ternaire de nos journées alimentaires constitue davantage une construction sociale qu’une obligation biologique. Pourtant, ce rythme s’avère intimement lié au fonctionnement de notre organisme. Comprendre les mécanismes qui régulent notre appétit et notre métabolisme permet d’évaluer la pertinence de cette organisation nutritionnelle.

L’horloge biologique et ses exigences nutritionnelles

En 2017, trois scientifiques américains obtiennent le prix Nobel de médecine pour leurs recherches sur les rythmes circadiens. Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young confirment comment notre organisme régule naturellement ses fonctions vitales sur 24 heures. Cette horloge interne orchestre notre sommeil, notre température corporelle, notre pression sanguine et nos comportements alimentaires.

Lire l’article

Selon Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, chaque cellule possède des récepteurs sensibles à l’alternance jour-nuit. Cette synchronisation influence directement notre capacité à assimiler les nutriments. Structurer son alimentation en trois moments distincts favorise le respect de ces cycles naturels. L’organisation traditionnelle française découle du principe des trois huit : huit heures dédiées au repos, huit heures d’activité personnelle, huit heures de travail.

Les travailleurs nocturnes illustrent parfaitement les dangers d’un rythme perturbé. Ces personnes développent fréquemment des troubles alimentaires, oscillant entre surconsommation et restriction excessive. Le grignotage compulsif résulte directement de cette désynchronisation, entraînant des répercussions métaboliques significatives.

Le premier repas, pivot de l’équilibre métabolique

Contrairement aux idées reçues, le petit-déjeuner représente une étape cruciale dans notre journée nutritionnelle. Cette prise alimentaire matinale interrompt le jeûne nocturne et active notre métabolisme. Arnaud Cocaul recommande même d’en faire le repas principal, à condition de privilégier des aliments de qualité.

Les choix alimentaires du matin déterminent largement notre énergie quotidienne. Malheureusement, les produits ultratransformés envahissent progressivement nos tables, notamment chez les jeunes générations. Les céréales industrielles ou la viennoiserie quotidienne constituent des habitudes à modérer. Le nutritionniste préconise plutôt :

Du pain au levain naturel.

Du pain petit épeautre.

Des céréales complètes non raffinées.

Des aliments riches en protéines et fibres.

Cette approche garantit une libération progressive de l’énergie et stabilise la glycémie jusqu’au déjeuner.

Les variations culturelles et leurs fondements scientifiques

La généralisation des trois repas en France remonte au XIXe siècle, période de la Révolution industrielle. Néanmoins, cette organisation ne constitue pas une règle universelle. En Espagne, certaines régions pratiquent jusqu’à cinq prises alimentaires quotidiennes. Le Japon examine le concept du repas unique avec le jeûne japonais. Au Maroc ou au Nigeria, deux repas suffisent traditionnellement.

Ces variantes culturelles soulèvent une question fondamentale : quelle approche optimise réellement notre santé ? Arnaud Cocaul souligne l’absence de publications scientifiques validant les bénéfices de ces différents rythmes. La recherche médicale privilégie actuellement la régularité et la synchronisation avec les cycles circadiens plutôt qu’un nombre spécifique de repas.

Source de l’article : Futura, Le média qui explore le monde