Macha Méril « Comme ma soeur, aimons la vie jusqu’au bout »
« Je voulais lui rendre hommage, qu’on sache qui elle était et qu’on garde une trace de sa vie qui n’a pas été toujours facile. » C’est ainsi que Macha Méril justifie « Je marche vers elle » , ce dernier accompagnement en forme de retrouvailles, sorte d’urgence universelle à s’imprégner d’un proche quand la mort se précise. Hélène qu’on découvre donc au fil des pages, sœur aînée de 11 ans, véritable « colonne vertébrale de la famille » après le décès de son père en 1946.
Ancienne monteuse de film sur pellicule, elle travailla notamment sur de grandes séries télévisées des années 60 et 70, tandis que sa petite sœur tournait devant la caméra. « Avec cette profession, elle avait un jugement sur les comédiens extrêmement pointus et je voulais qu’elle m’approuve, qu’elle pense que je faisais bien ce métier. Et je crois qu’elle m’aimait bien. » estime celle qui fut l’épouse de Michel Legrand. « La vieillesse, c’est pas mal non plus » Actrice : un métier justement que cette fille d’aristocrates russes exilés au Maroc va commencer en entrant au cours Dullin, à Paris, avant d’être révélée dans « Une femme mariée » de Jean-Luc Godard en 1964, devenant l’une des égéries de la Nouvelle Vague. Depuis, même si elle n’aime pas le terme, une belle « carrière » au cinéma, avec notamment Pialat, Buñuel ou Cayatte, de nombreux téléfilms et du théâtre, sans oublier l’écriture d’une vingtaine de romans et livres de cuisine.
85 ans aujourd’hui, qu’elle assume totalement. « La vieillesse, c’est pas mal non plus, ça permet de voir les choses vues d’avion. » lui avait malicieusement confié sa sœur Hélène. Une phrase fétiche, à valeur d’exemple. « Il faut aimer la vie jusqu’au bout et ma sœur l’a aimée jusqu’à la dernière minute. » Questions Bonheur
Première question : quand vous vous levez le matin, est-ce que c’est tout de suite de bonne humeur ou il ne faut pas trop vous approcher avant d’avoir bu votre café ou votre thé, goût russe, j’imagine ?!
Alors, premièrement, pas de café ni de thé ! Je prends une tasse d’eau chaude, parce que, pour moi, le grand repas de la journée, c’est le dîner. C’est le repas social, c’est le repas familial. Après, on a toute la nuit pour digérer, mais il faut continuer à jeûner jusqu’au déjeuner. Parce qu’on ne va pas s’alourdir avec le petit déjeuner et tous ces trucs que les gens bouffent, en plus des œufs, du bacon, je ne sais pas quoi, du fromage, quelle horreur ! Alors donc, je ne mange rien le matin. Et puis, je n’aime pas non plus être trop brusquée le matin. Alors d’abord, il faut vite que j’aille me mettre un peu d’eau sur la figure. Et je me présente à l’endroit où les autres prennent le petit déjeuner. Et quand je suis toute seule, c’est mon chat qui me regarde et qui sait dans quel état je suis. Je ne suis pas de mauvais poil, non non. J’aime bien le matin !
On continue. Quand vous avez un petit coup de déprime, qu’est-ce que vous faites pour vous remonter le moral ?
Un petit coup de vin blanc d’abord. Donc un Pouilly Fuissé si c’est possible, si vous avez ça à m’offrir ! Mais sinon, je vous assure que ça ne m’arrive plus, la déprime.
Et pourquoi donc ?
C’est peut-être une conquête à la fois quand Michel Legrand et ma sœur m’ont quittée. C’est-à-dire, aujourd’hui je suis invincible. Rien ne peut m’arriver, parce que je sais ce qui se passe. Je sais ce que c’est que de partir, je les ai vus, je les ai accompagnés jusqu’au bout. Et donc, je ne m’attends pas au pire. Rien ne peut m’arriver !
Une sorte de vaccination contre la déprime … Est-ce qu’il y a un endroit, Macha Méril qui vous fait du bien, qui vous apaise ou qui vous redonne de l’énergie ?
C’est sur scène Vous savez quand on monte sur scène et qu’on a le public qui vous attend, en général bienveillant, il attend toujours le meilleur, ils veulent avoir du plaisir, du bonheur. Et même mieux que ça : que je vais leur donner quelque chose, un message qui va les aider à vivre. Vous savez, Michel Legrand disait toujours que la musique, ça doit aider à vivre. Et moi je pense que le théâtre aussi, ça doit aider à vivre. Donc tout ce moment-là, à peu près magique, où je vais ouvrir la bouche et je sens dans le public qu’ils attendent beaucoup de moi. Qu’est-ce que vous voulez ? Il n’y a rien de plus gratifiant et de plus réconfortant. Donc je suis heureuse quand je suis sur scène.
Question gratitude, Macha Méril. Est-ce qu’il y a une personne qui a beaucoup compté pour vous dans votre vie professionnelle ou personnelle et à qui aujourd’hui vous avez vraiment envie de dire merci ?
Ca va vous paraître une banalité, mais c’est ma mère. Parce que ma mère a eu ce culot de me ramener à Paris avec mes deux sœurs quand mon père est décédé. Et ça, ça a complètement changé ma vie. Je suis devenue une Parisienne. Et toute ma vie en a été éclairée, illuminée. En plus, il y a une chose qu’on ne choisit pas dans la vie, c’est sa date de naissance. Je suis née en 1940, ce qui fait que j’avais 20 ans au moment où le monde changeait. Et j’ai assisté à cette éclosion créative qu’ont été les années 60-70. J’étais à Saint-Germain-des-Prés, je dansais le be-bop, mais je rencontrais aussi Éric Rohmer, Jean-Luc Godard, Belmondo, c’étaient tous mes copains, on dansait ensemble. Et ça, qu’est-ce que vous voulez, c’est irremplaçable, j’ai eu du bol !
Je pensais quand même aussi à Michel Legrand, célèbre compositeur de musique de film que vous avez épousé en 2014 et qui est mort en 2019. Qu’est-ce qu’il vous a apporté, Michel Legrand ?
Une sorte d’apothéose, c’est-à-dire que tout d’un coup, j’ai connu le bonheur. Jamais je n’avais vécu ça. Et c’est drôle parce que lui-même, un jour à une émission, il a dit que toutes ses relations précédentes étaient des essais.
Et que vous étiez donc l’aboutissement !
Voilà. Alors là, c’est quelque chose qui est tellement suprême, tellement supérieur. Ca n’a plus rien à voir avec les qualités et les défauts de chacun. C’est qu’on est tout d’un coup fait l’un pour l’autre. On est fait pour vivre ensemble, construire quelque chose ensemble. Alors il m’a laissé un cahier des charges, je ne vous dis pas ! Parce qu’ensemble, on avait tellement de projets que j’essaye de réaliser les uns après les autres maintenant, ce n’est pas si simple. Mais je sais que de là où il est, il regarde ce que je fais et qu’il m’approuve.
Pour terminer, Macha Méril, vous connaissez le dicton « Pour vivre heureux, vivons cachés » , mais pour vous, pour vivre heureuse, il faudrait vivre comment ?
Surtout pas cachés ! Alors ça, j’aime pas du tout ce dicton. Je trouve qu’il faut au contraire être tout le temps en prise avec le monde. Il faut savoir ce qui se passe et vivre, que ce monde sache aussi ce que vous pensez. Je pense qu’il faut participer à l’existence, à la politique, aux événements. Il faut aller au théâtre, il faut aller au cinéma, il faut avoir des amis, il faut « bouffer » ensemble. Il ne faut pas s’enfermer. Il ne faut pas être dans une sorte de petite protection parce que c’est le début du racisme, c’est le début de l’ignorance de la vie des autres. Je pense qu’il faut au contraire ouvrir la porte et la fenêtre !
Source de l’article : RCF Radio



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