L’impact des pluies sur les agrumes devrait se manifester avec retard

L’impact des pluies sur les agrumes devrait se manifester avec retard

Les pluies importantes enregistrées ces dernières semaines au Maroc ont profondément marqué plusieurs bassins agricoles. Si ces précipitations ont permis d’améliorer ponctuellement la situation hydrique dans certaines zones, elles ont également provoqué des dégâts notables dans d’autres régions, notamment dans les bassins du Gharb et du Loukkos. La filière agrumicole figure parmi les secteurs les plus affectés. Selon les professionnels, les effets positifs potentiels de ces pluies sur la production ne devraient toutefois se faire sentir qu’à moyen ou long terme.

Dès la mi-février, la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus) avait alerté sur les conséquences des intempéries qui ont frappé plusieurs régions du pays. L’organisation évoquait notamment des risques importants d’asphyxie racinaire liés à la stagnation prolongée de l’eau dans les vergers. Dans certaines zones, près d’un tiers des plantations seraient menacées, ce qui pourrait entraîner non seulement des pertes de fruits mais également la disparition d’un nombre significatif d’arbres.

Cette situation pourrait peser sur les revenus des producteurs tout en réduisant les volumes disponibles pour la commercialisation.

Dans les régions les plus touchées, les dégâts sont déjà visibles. « La situation est très difficile dans ces régions, où certaines exploitations sont restées sous l’eau pendant une longue période et où les pertes de fruits et d’arbres sont considérables » , explique à Freshplaza Tariq Kabbage, président de Station Kabbage Souss. Selon lui, l’impact sera surtout perceptible sur le marché intérieur, car une grande partie de la production issue de ces bassins est destinée à la consommation nationale.

Il rappelle également que la part des oranges marocaines dans les exportations d’agrumes s’est progressivement réduite ces dernières années, en raison d’une rentabilité devenue insuffisante pour de nombreux producteurs.

Au-delà des pertes directes dans les vergers, les intempéries ont également perturbé la logistique d’exportation. Les conditions météorologiques difficiles observées au nord du pays ont notamment affecté l’activité portuaire durant les mois de janvier et février, compliquant l’acheminement des cargaisons vers les marchés internationaux.

Dans d’autres bassins agrumicoles, notamment dans la région du Souss, les pluies sont intervenues à un moment peu favorable du calendrier agricole. « Les précipitations sont arrivées alors que les fruits avaient déjà atteint leur maturité. Dans ces conditions, leur effet sur les agrumes est plutôt négatif » , souligne toujours à la même source Tariq Kabbage.

Malgré ces difficultés, les professionnels n’excluent pas que ces pluies puissent produire certains effets bénéfiques à plus long terme, en particulier sur la reconstitution partielle des ressources en eau. Toutefois, ces impacts resteront progressifs. Selon Tariq Kabbage, l’amélioration éventuelle des nappes phréatiques pourrait influencer les décisions de plantation dans les prochaines années.

La filière agrumicole marocaine traverse ainsi une phase de transition structurelle. Les rendements restent sous pression et les marges des producteurs demeurent limitées. Contrairement à certaines cultures annuelles, les agrumes réagissent lentement aux variations climatiques. Les effets positifs d’une amélioration pluviométrique peuvent mettre plusieurs années avant de se traduire par une hausse tangible des volumes.

Dans ce contexte, les pépiniéristes observent également un ralentissement des nouvelles plantations. Tariq Kabbage, qui dirige aussi une pépinière d’agrumes approvisionnant des exploitations dans plusieurs régions du pays, indique que les commandes d’arbres sont actuellement peu nombreuses. Dans les zones sinistrées comme le Gharb, certains producteurs pourraient même être contraints de reporter ou d’annuler leurs projets de plantation.

Malgré les pertes enregistrées, les professionnels soulignent toutefois que les dégâts auraient pu être encore plus importants. Dans plusieurs régions, notamment dans le Loukkos et le Gharb, d’autres productions comme les céréales ou les cultures maraîchères ont été sévèrement touchées par les inondations.

Les acteurs du secteur saluent par ailleurs la mobilisation rapide des autorités et des services de secours. Les interventions des Forces Armées Royales, de la gendarmerie, de la protection civile et des administrations locales ont permis d’apporter une assistance rapide aux populations et aux zones les plus affectées.

Source de l’article : AgriMaroc

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