L’expulsion des Marocains d’Algérie en 1975 : une tragédie occultée

Par Hassan Alaoui

L’Histoire ne pardonne pas, elle n’oublie pas non plus. Cinquante ans après l’expulsion en décembre 1975, en plein Aïd al-Adha, de milliers de de Marocains installés en Algérie, la mémoire reste écorchée toujours. Et le débat sur cette injustice du gouvernement Boumediene reste vif, inachevé. Chaque année, au même mois de décembre la mémoire opère son retour, marquée au sceau du sentiment tragique d’injustice jamais réparée.

Une rencontre s’est tenue récemment au siege du CCME animée par Mohamed Cherfaoui, président de la CIMEA, ( Collectif international de soutien aux familles marocaines expulsées d’Algérie en 1975), par le vice président Abderazak Hannouchi, acteur associatif et défenseur des droits de l’Homme et Driss Yazami président du CCME. Elle avait pour objet l’examen de l’avancement des revendications – jamais disparues – des expulsés marocains en décembre 1975 par l’Etat algérien ou de leurs descendants.

A cette occasion, Mohamed Cherfaoui, nous a accordé un entretien dans lequel il évoqué les conditions de cette mesure répressive du pouvoir algérien, ses conséquences et son impact.

Maroc diplomatique: Mohamed Cherfaoui, vous êtes président de la CIMEA et vous avez présenté au CCME récemment un rapport inédit avec des données précises sur l’expulsion collective et arbitraire comme vous l’avez souligné. Quelle est la genèse de ce rapport et comment et avec qui l’avez-vous élaboré ?

Mohamed Cherfaoui : « Un drame occulté depuis un demi-siècle. Effectivement notre Collectif International de soutien aux familles d’origine marocaine expulsées d’Algérie en décembre 1975 (CIMEA 75), avec le soutien du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME), rend public une étude inédite intitulée » Mémoire contre l’oubli et pour une reconnaissance des expulsions des familles marocaines en 1975 « .

Rappelons qu’en décembre 1975, le gouvernement algérien dirigé par le colonel Houari Boumediene a procédé, sans aucune information officielle, à l’expulsion massive de dizaines de milliers de Marocains, établis, en Algérie depuis plusieurs générations. Et cela à la veuille de la fête sacrée de l’Aïd El Kébir.

Ces expulsions caractérisées de collectives et arbitraires, en violation du droit international ont frappé indistinctement des familles entières, y compris des couples algéro-marocains. Les victimes furent regroupées dans des centres, dépouillées de leurs biens, expulsées vers le Maroc.

Quels sont les objectifs de ce rapport ?

Cette étude est une enquête rigoureuse objectivée par des archives inédites. Conscient que la reconnaissance des injustices commence par l’établissement rigoureux des faits, le Collectif CIMEA 75 a entrepris un travail d’investigation (piloté par Madame Saïdi, ex-sénatrice belge) sur des sources inédites, celles collectées à Genève auprès de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (LICROSS).

Ces archives ont été complétées par une revue de presse marocaine et internationale (1975-1978), par l’ouvrage de Mohamed Lebjaoui (à l’époque responsable de la Fédération FLN de France), ainsi que par les publications de Mohamed Boudiaf (président algérien assassiné en juin 1992 à Annaba ) et d’autres cités dans le rapport.

A partir de ces sources croisées, le rapport met en lumière plusieurs constats majeurs : D’abord le déclenchement brutal des expulsions dès le 8 décembre 1975, environ 45.000 personnes furent recensées, principalement concentrées à Oujda, Nador et Figuig. L’ampleur de la mobilisation internationale de plus de 20 Sociétés nationales de la Croix-Rouge parmi lesquelles la Suisse, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Canada, la France, l’Égypte, l’Espagne et la Turquie, … Ensuite la mise en lumière du drame humain de cette tragédie. En effet, parmi ces familles se trouvaient également d’anciens résistants marocains qui avaient contribué à la libération de l’Algérie du joug colonial, engagement qui ne les protégea point.

Source de l’article : Maroc Diplomatique