les professionnels saluent des pluies « providentielles » après sept ans de sécheresse

Dans le cercle agricole marocain, les éloges ne tarissent pas en faveur des récentes précipitations dont les impacts n’auront pas qu’un effet immédiat pour l’agriculture, mais également sur le long terme, témoignent en boucle les acteurs interrogés.

Précipitations : que de la verdure. De Casablanca à Marrakech, le paysage qui naguère offrait un spectacle désolant d’aires cultivables jaunies par la sécheresse a laissé la place à un spectacle de verdure et de brume s’élevant de terres abondamment arrosées. À certains endroits, des agriculteurs réunis en coopérative labourent, ailleurs des vaches broutent de l’herbe fraîche. Conséquence directe d’une pluviométrie qui n’a pas laissé indifférent le monde agricole marocain.

Certains acteurs en viennent à perdre leur latin, ne s’en remettant qu’au divin, face à ce retour soudain d’un cycle climatique qui a autrefois rythmé les saisons agropastorales. « Des paysages qui réapparaissent soudain pour nous surprendre agréablement et nous redonnent l’espoir de retrouver des résultats positifs d’une campagne agricole productive attendue depuis plus de 7 ans » , relate, heureux, Mohamed Al Amour, président de la Fédération interprofessionnelle des fruits rouges. Pour lui, les pluies, neiges et froid récemment observés ont permis un « retour à la vie de nos forêts, parcours, arbres fruitiers, nappes phréatiques, lacs, barrages, ruisseaux et rivières, le tout revient à la vie » .

En tout état de cause, à l’exception des incidents occasionnés en zones périurbaines, le monde rural, agricole précisément, a très bien accueilli ces pluies providentielles « après 7 ans de sécheresse » , dit pour sa part Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’Olive (Interprolive). Pour lui, il est évident que les agriculteurs ne pouvaient pas être plus heureux que cela. Une saison qui a redonné de l’espoir, d’autant plus qu’après près d’un septennat, les agriculteurs avaient commencé à le perdre. Mais là, maintenant, l’espoir renaît. « Ça nous a donné envie de reprendre nos activités et de faire confiance à l’avenir » , avoue le professionnel.

Pour l’agriculture, des impacts prégnants

Côté impact, on le sent tout de suite sur les cultures d’automne, c’est-à-dire sur les grandes cultures comme les céréales, les oléagineuses et les légumineuses. Les cultures maraîchères et vivrières ne sont pas en reste. Amine Amantoullah, producteur de tomates dans la région du Souss Massa, a confié à notre rédaction que le froid qui s’installe avec les pluies a permis d’annihiler les parasites menaçant les cultures et qui avaient même fait prédire des risques de pénuries au mois de novembre dernier.

Une prédiction reléguée désormais aux calendes grecques grâce à un climat favorable au développement de tous les végétaux et à la diminution des parasites, assure l’agriculteur.

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Autre impact : l’aspect hydrique. Avec un taux de remplissage jamais égalé depuis des années, certains barrages ont atteint le niveau de 100 %, et la moyenne nationale frôle désormais les 50 %. D’autres facteurs renforcent l’optimisme sur le plan de l’eau. « Il y a les nappes qui vont reprendre, les oueds, avec la fonte de neige, automatiquement, il y aura beaucoup plus d’eau encore, donc ça c’est l’effet immédiat aussi » , explique le président d’Interprolive.

Une observation confirmée par Amine Mantoullah qui affirme que du côté du Souss Massa, l’on constate ces taux de remplissage record. Il cite à cet effet l’un des principaux barrages de la région, rempli à plus de 60 % et duquel dépendait l’irrigation de près de 8.000 hectares. Avec la baisse des niveaux les années antérieures, l’irrigation relevait un peu plus de l’eau dessalée et des puits.

Pour Rachid Benali, les ingrédients d’une saison explosive sont réunis. Maraîchage, fruits et légumes devraient tous ressentir le bon effet des pluies.

Ce n’est pas tout. Benali poursuit en disant que « le point le plus important, c’est l’élevage. Là, avec toutes les régions du Maroc qui ont été bien arrosées, on va avoir un bon pâturage pour nos éleveurs ; que ce soit sur l’ensemble du territoire, et ça va diminuer leur consommation d’orge et d’aliments composés. Ces derniers seront donc soulagés et moins dépendants de ces phénomènes d’achat d’aliments qui coûtent très cher pour leur élevage » .

Un dernier avantage drainé par ce temps, et qui n’est pas rien, « c’est le fait d’avoir du froid » , dit Rachid. « Et ça c’est très important parce que ces dernières années, on a eu des mois de décembre et janvier cléments. Pourtant, cette température, toutes les plantes en ont besoin, surtout les rosacées. Avec ce retour glacial de ces dernières semaines, c’est un bon point pour le développement des cultures » .

Quid de l’avenir « Nous ne pouvons pas parler de l’avenir. Laissez-nous, Monsieur, déguster les bénéfices tant attendus de cette campagne, et prions Dieu pour que celles à venir soient égales ou meilleures » , fait savoir le dirigeant de l’interprofession des fruits rouges. Une façon de ne pas mettre la charrette avant les bœufs.

Chose toutefois certaine, le monde agricole voit l’avenir en rose, pour emprunter les termes de Rachid Benali. Après un cycle infernal de sécheresse (qui aura duré 7 ans, d’après les estimations du ministre de l’Eau), le monde agricole se réjouit des précipitations des dernières semaines. Il n’en est pour autant pas rassasié et espère « en avoir encore au mois de février, courant février, mars, pratiquement jusqu’à la fin de saison » , fait savoir Benali.

Source de l’article : H24info