Les Perles des Lagunes: nouveau bijou de la musique ivoirienne

Les rires fusent à Rabat, dans les loges des Perles des Lagunes. À l’occasion du festival Visa for Music, elles viennent de jouer leur premier concert international. Le trio débriefe avec chaleur. « On se sent ultra galvanisées ! » , explique Ruth Tafebe. Jahelle Bonee poursuit : « Je me sens reconnaissante. Nous sommes très contentes de représenter la Côte d’Ivoire ainsi. On espère aussi que c’est le début de grandes choses. » Trois univers en fusion

Perles des Lagunes est né en 2025, d’une résidence artistique, sous la direction artistique du chanteur et producteur Blick Bassy, au MASA Lab, l’incubateur du Marché des arts du spectacle d’Abidjan. Lorsqu’on leur demande d’où provient leur nom, qui évoque singulièrement le surnom de leur ville natale mais aussi la figure mystique et féminine de Mamie Wata, les Perles des Lagunes répondent avec humour. « C’est trois perles qui, au bord des lagunes, roulèrent les unes vers les autres et se dirent » On est trop belles comme ça ! Et si on voyageait ensemble ? « Et chaque perle, de son éclat, de son histoire, a fait ce joli bijou. » Car si le groupe est récent, chacune de ces artistes aussi talentueuses qu’attachantes a derrière elle un joli parcours musical que l’on retrouve dans ce projet. La musique de Ruth Tafebe s’est construite dans ses premiers albums autour de l’afrobeat classique. Elle se tourne aujourd’hui vers le highlife, d’inspiration ghanéenne, très populaire en Afrique de l’Ouest dans les années 1970 et 1980, qu’elle rêve de réveiller.

Quant à Jahelle Bonee, deux albums à son actif (Béflehmi en 2018 et Meet My Soul en 2023), son groove extrêmement chaleureux vient du jazz. Un jazz « aux couleurs de la Côte d’Ivoire » , précise celle qui s’est produite dans toutes les villes du pays. Un jazz qui fusionne volontiers chez elle avec le hip-hop et le blues, ainsi que des rythmes traditionnels ivoiriens. Ces derniers passionnent également Reine Ablaa, dont l’afrohouse music, très dynamique et électro, est construite sur les rythmiques traditionnelles et ancestrales, avec du son très ivoirien.

Leurs univers sont riches. La tentation aurait été de miser sur le répertoire et le talent de chacune. Mais Les Perles des Lagunes voulaient fusionner leur musique. Aussi, toutes les chansons retenues ont-t-elles été réarrangées, dansées et chantées ensemble. Sur scène, vêtues de noirs et de somptueux bijoux – dont des perles bien sûr – le trio déploie une énergie phénoménale, extrêmement communicative.

La richesse des langues ivoiriennes « Les Perles des Lagunes, c’est la musique ivoirienne autrement » , précise Jahelle Bonee. Une musique qui met en avant avec fierté la richesse du patrimoine linguistique ivoirien. Elles chantent donc un petit peu en français, mais surtout en baoulé et en tagmana. Les 78 langues parlées en Côte d’Ivoire les passionnent. « C’est un pays où l’on est très francophone aussi, notamment avec le nouchi. Mais nos langues locales, on a tendance à moins les partager. Il est grand temps qu’on assure leur promotion » , affirme Ruth Efebé. Ainsi sur « Massacho » ( « Reine » en français), chante-t-elle en tagmana, la langue de son père, pour la première fois. Dans le groupe, la solaire Reine Ablaa chante quant à elle essentiellement en baoulé. Et représente la culture akan, notamment à travers « Pakinou » , ou encore « Mériou » inspiré par un jeu qui se pratique en Côte-d’Ivoire entre femmes.

L’union (féminine) fait la force

Les Perles des lagunes fusionnent aussi leurs auditeurs et leurs réseaux, dans une très belle harmonie. « Avec les femmes ça fonctionne » , précise Jahelle Bonnee. « C’est un peu plus compliqué avec les hommes. Je me sens très bien avec ces deux » queens « dont j’apprends beaucoup. » Les chansons n’ont pas forcément une dimension féministe mais apportent « des points de vue féminins » , précise Ruth Tafebé. Surtout, comme le souligne avec ferveur Reine Ablaa, « l’univers a joué sur la fusion de nos énergies. Nous sommes trois entités différentes qui ont réussi à communiquer. Personne ne pourrait se rendre compte que nous n’étions pas un groupe au départ. » Un trio enthousiasmant, qui continue de se produire en Afrique, et qui rêve déjà d’enregistrer son premier album.

Ruth Tafebe : Facebook / Instagram / YouTube

Jahelle Bonee : Facebook / Instagram / YouTube

Source de l’article : RFI