Les biostimulants dans les vergers d’agrumes
Leviers agronomiques face au stress hydrique, à la salinité et aux exigences des marchés
Dans les principaux bassins agrumicoles du Maroc, la conduite des vergers s’inscrit aujourd’hui dans un contexte de contraintes multiples. La pression sur la ressource en eau, l’augmentation de la salinité des sols et des eaux d’irrigation, l’alternance de production et les standards élevés des marchés d’exportation imposent une optimisation fine des itinéraires techniques. Dans ce cadre, les biostimulants se sont progressivement imposés comme des outils complémentaires à la fertilisation, dont l’objectif n’est pas de nourrir directement l’arbre, mais d’améliorer l’efficacité de ses fonctions physiologiques.
Selon la définition officielle adoptée par la Commission européenne, un biostimulant est « un produit qui stimule les processus nutritionnels des plantes indépendamment de la teneur du produit en nutriments, dans le but d’améliorer une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : l’efficacité d’utilisation des nutriments, la tolérance au stress abiotique, les caractéristiques de qualité ou la disponibilité des nutriments confinés dans le sol ou la rhizosphère » (Règlement UE 2019/1009). Cette définition est aujourd’hui largement reprise par la FAO et par l’European Biostimulants Industry Council (EBIC).
Chez les agrumes, cultures pérennes à fort investissement et à cycle long, l’intérêt des biostimulants se concentre sur les phases clés du développement végétatif et reproductif, où l’arbre est particulièrement sensible aux déséquilibres physiologiques.
Les acides aminés : soutien métabolique et gestion des stress
Les biostimulants à base d’acides aminés sont largement utilisés en agrumiculture pour leur action directe sur le métabolisme végétal. Issus majoritairement de l’hydrolyse enzymatique de protéines végétales, ces composés sont rapidement assimilables par la plante, sans nécessiter de transformation préalable.
Les acides aminés interviennent dans la synthèse des protéines, la régulation osmotique, la photosynthèse et l’activation enzymatique. Plusieurs travaux scientifiques montrent qu’en conditions de stress hydrique ou salin, leur application permet de limiter l’accumulation de composés toxiques et de maintenir l’activité physiologique des feuilles, notamment via la proline et la glycine bétaïne, connues pour leur rôle d’osmoprotecteurs (Colla et al., Plant Physiology and Biochemistry, 2017).
Dans les vergers d’agrumes marocains, ces produits sont principalement utilisés en sortie d’hiver pour favoriser la reprise végétative, pendant la floraison pour soutenir la nouaison, et en période estivale afin d’atténuer l’impact des stress thermiques. Leur efficacité dépend fortement de la qualité de l’hydrolyse, de la composition en acides aminés libres et du stade d’application, comme le souligne la FAO dans ses recommandations sur l’usage raisonné des biostimulants en cultures pérennes.
Les extraits d’algues : régulation hormonale et stimulation de la croissance
Les extraits d’algues, notamment issus d’algues brunes telles qu’Ascophyllum nodosum ou Ecklonia maxima, constituent une autre famille majeure de biostimulants en agrumiculture. Leur intérêt repose sur la richesse de leur composition, qui associe polysaccharides, oligo-éléments, composés phénoliques et régulateurs de croissance d’origine naturelle.
La littérature scientifique montre que ces extraits agissent sur l’architecture racinaire, la division cellulaire et l’équilibre hormonal de la plante, en particulier via des composés à activité auxinique et cytokinique (Khan et al., Journal of Plant Growth Regulation, 2009). Chez les agrumes, cette action se traduit par un développement accru des racines fines, une meilleure absorption de l’eau et des nutriments, et une réponse physiologique plus stable face aux stress abiotiques.
Appliqués en pulvérisation foliaire, les extraits d’algues sont fréquemment utilisés pour accompagner la floraison et la nouaison, tandis que les applications au sol visent à améliorer la vigueur générale de l’arbre. Des essais rapportés par l’INRAE et par plusieurs instituts méditerranéens indiquent également un impact positif sur certains critères de qualité des fruits, notamment l’homogénéité du calibre et la fermeté de l’écorce, éléments clés pour l’exportation.
Les micro-organismes bénéfiques : agir sur la fertilité biologique du sol
À la différence des acides aminés et des extraits d’algues, les biostimulants microbiens agissent à l’échelle du sol et de la rhizosphère. Ils regroupent principalement les champignons mycorhiziens arbusculaires et certaines bactéries dites rhizobactéries promotrices de croissance (PGPR).
Chez les agrumes, les mycorhizes jouent un rôle déterminant dans l’absorption du phosphore, du zinc et de l’eau, grâce à l’extension du réseau racinaire via les hyphes fongiques. Plusieurs études montrent que les arbres mycorhizés présentent une meilleure tolérance à la salinité et au stress hydrique, ainsi qu’une efficacité accrue de l’utilisation des engrais phosphatés (Begum et al., Frontiers in Plant Science, 2019).
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Les bactéries de la rhizosphère, quant à elles, peuvent solubiliser certains éléments minéraux, produire des phytohormones et stimuler les défenses naturelles de la plante. Leur installation nécessite des conditions de sol favorables et une vision à moyen et long terme, mais leurs effets sont considérés comme structurants pour la durabilité des vergers. La FAO souligne que ces solutions sont particulièrement pertinentes dans les systèmes de production confrontés à la dégradation biologique des sols.
Une approche complémentaire adaptée aux vergers marocains
D’un point de vue agronomique, ces différentes familles de biostimulants ne doivent pas être opposées. Les acides aminés répondent à des besoins physiologiques immédiats, les extraits d’algues accompagnent la dynamique de croissance et de fructification, tandis que les micro-organismes contribuent à restaurer la fertilité biologique des sols sur le long terme.
Dans les conditions marocaines, marquées par la rareté de l’eau et la nécessité de maintenir la compétitivité des agrumes sur les marchés internationaux, l’enjeu réside dans une intégration raisonnée de ces outils au sein d’un itinéraire technique cohérent. Les résultats les plus probants sont observés lorsque les applications reposent sur des analyses de sol et de feuilles, des observations de terrain et des essais conduits localement.
Les biostimulants ne constituent pas une solution miracle, mais des leviers d’optimisation agronomique. Utilisés de manière maîtrisée, ils peuvent contribuer à sécuriser les rendements, améliorer la qualité des fruits et renforcer la résilience des vergers, tout en valorisant les atouts des filières agrumicoles du Royaume.
Sources
Source de l’article : AgriMaroc.ma



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