les 10 plus belles feuilles à admirer au palais Brongniart

les 10 plus belles feuilles à admirer au palais Brongniart

Chaque année, le milieu du mois du mars voit les amateurs de belles feuilles se presser à Paris. Tous convergent vers le palais Brongniart dans lequel se tient le salon du Dessin, du 25 au 30 mars pour ce nouveau cru. L’événement, de par la qualité des œuvres exposées, son éclectisme et sa dynamique globale, affirme son statut d’incontournable. Il s’accompagne d’une myriade d’expositions périphériques organisées en galeries, comme la très belle exposition inaugurale de la galerie Duponchel ou encore la présentation consacrée au mystérieux symboliste Léonard Sarluis organisée par Caroline Thieffry (Artwins) et Mathieu Néouze.

Plusieurs nouveautés intègrent cette 34e édition axée autour de la matérialité et des supports « insolites » , de la création d’un parcours « jeune collectionneur » jalonné de dessins à prix plus abordables (de 2 000 à 8 000 euros), au retour du stand de feuilles anonymes (les visiteurs pourront écrire leurs idées d’attributions dans un carnet prévu à cet effet) en passant par des « solo shows » (comprenez ici monographie d’artiste) chez Michel Descours, James Butterwick ou encore Demisch Danant. Sans oublier l’invité d’honneur, cette année le MuMa – Le Havre. Coup d’œil (et de cœur) en 10 feuilles !

1. À la découverte d’un singulier symboliste ukrainien

La galerie James Butterwick, spécialiste des artistes ukrainiens du début du XXe siècle, présente cette année une belle redécouverte pour l’histoire de l’art : Dmitry Lebedev (1899–1922), singulier symboliste mort du typhus à seulement 23 ans. Son œuvre est façonnée par le difficile contexte dans lequel il évolua, celui d’Odessa dans les années 1920. Entre révolution russe, guerre civile et tragédies, Lebedev use de son crayon pour mettre en exergue des questions de rêves, de mythologie, de religion mais surtout de mort et de solitude. Deux de ses feuilles, Ghost Ship (1918) et Dance (1918), ne manquent pas d’attirer l’attention.

2. Portrait au trait ingresque

Le modèle n’est pas inconnu. Gaspard Bonnet fut au début du XIXe siècle l’inspecteur en chef des domaines impériaux français (directeur des Domaines) à Rome, envoyé par Napoléon. Il pose ici pour Ingres et son crayon affûté. Nous sommes en 1812. Le caractère fini du visage vient contrebalancer l’inachevé du vêtement, une manière récurrente dans les portraits dessinés du peintre de La Grande Odalisque, qui se plaît à jouer avec le blanc du papier. Offerte au modèle, la feuille ne fut pas vue durant près de 100 ans avant de réapparaître en 1913 dans l’exposition « David et ses élèves » à Paris. Vendue en 1919 lors de la vente de la collection de Lebeuf de Montgermont, elle a poursuivi son chemin tout au long du XXe siècle avant d’arriver entre les mains de Stephen Ongpin.

3. L’enfance par Louis-Maurice Boutet de Monvel

Voilà une feuille touchante par ce qu’elle montre de l’intimité d’une famille. Louis-Maurice Boutet de Monvel (1850–1913) croque ici son fils, le bien connu Bernard Boutet de Monvel, encore enfant, accoudé à sa table de dessin. Reconnu pour ses illustrations pour bambins, Louis-Maurice n’en est pas à son coup d’essai : cette touchante vision vient s’insérer dans une série consacrée à ses propres enfants, Bernard donc, et Roger. À voir chez F. Baulme Fine Arts.

4. Mariano Fortuny en carnet chez Delamano

L’espagnol Mariano Fortuny (1838–1874) investit le stand de Delamano Old Masters avec plusieurs dessins dont cette composition, datée de 1870, qui se pare de tonalités chères à ce touche-à-tout explorateur. Dix ans auparavant, il voyageait déjà au Maroc et tombait amoureux des couleurs chaudes de l’Orient. Cette composition s’intègre dans un carnet de 26 dessins.

5. Une esquisse de Chassériau pour le Christ au Jardin des Oliviers

Quiconque a visité le musée des Beaux-Arts de Lyon est sans doute déjà tombé en admiration devant l’imposant Christ au Jardin des Oliviers de Théodore Chassériau (1819–1856), vaste toile de près de 4 m 50 de haut. Une œuvre insigne résultant d’une commande officielle, présentée au Salon de 1840 et déposée dans l’église de Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime, avant de rejoindre les bords du Rhône. La galerie Fabienne Fiacre, adepte de belles découvertes, présente une étude du maître pour cet ambitieux grand format religieux. L’intensité spirituelle du tableau fini transparaît déjà et éclaire les allées du palais Brongniart.

6. Mme Eriksson, son vélo et Carl Larsson

Les aquarelles de Carl Larsson (1853–1919) ont quelque chose d’indescriptible, de rassurant. En témoignent celles prenant pour thème Noël. Le Suédois offre au spectateur un cadre confortable et lui donne envie de se glisser dans ces chaudes demeures colorées et chaleureuses. Cette étude, présentée par Benjamin Perronet, prépare la figure de Mme Eriksson tenant son vélo, située en bas à droite de La Prière des écoliers, une grande fresque (295 × 750 cm) réalisée par Larsson dans l’atrium de l’école Norra Latinläroverket à Stockholm. L’œuvre fut achevée en 1901 et s’apprécie aujourd’hui encore sur place.

7. Singulier autoportrait d’Alberto Martini

Artiste confidentiel, Alberto Martini (1876–1954) trace ici ses traits à l’encre de Chine, sur un fond trouble et dans une ambiance étrangement macabre. Le natif d’Oderzo montre ici son goût pour le surréalisme, lui qui refusera pourtant de rejoindre le groupe rassemblé autour d’André Breton à Paris avant de se plonger dans les ténèbres d’Edgar Allan Poe et d’explorer les enfers de Dante.

8. Un ensemble de dessins d’Auguste Allongé

L’école de Barbizon est cette année mise à l’honneur chez Nathalie Motte Masselink qui présente un ensemble de grandes feuilles au fusain d’Auguste Allongé (1833–1898). L’accrochage explore sa pratique réfléchie du fusain, théorisée dans un traité publié en 1873 (Le Fusain). Des manches à balai permettant d’obtenir d’intenses noirs aux racines de réséda offrant un noir plus velouté, Allongé a utilisé nombre de matériaux pour créer la matière première nécessaire à ses compositions.

9. Eugène Isabey à la folie chez Demisch Danant

Stéphane Danant a choisi d’allouer les cimaises de son stand à un seul artiste, Eugène Isabey (1803–1886). La mer, source d’inspiration principale du peintre, se voit ainsi logiquement mise à l’honneur. Vues marines de nos belles Bretagne et Normandie ou encore scènes plus sombres de naufrage, le fils de Jean-Baptiste Isabey, célèbre miniaturiste de l’Empire, se dévoile en finesse et variations. Un « solo show » d’intérêt.

10. Le trait vif de Louis Cretey : de rares feuilles !

Source de l’article : Beaux Arts

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