Le phénomène qui transcende les limites du hockey

Rivalité passionnée, version française du phénomène télévisuel Heated Rivalry, a lancé plusieurs conversations autour du milieu du sport professionnel.

Cette série de Crave, propriété de Bell Média produite en partenariat avec Accent Aigu Production, a connu un lancement record sur la plateforme et est également diffusée sur HBO, puis ailleurs dans le monde.

Cette production originale réalisée et scénarisée par Jacob Tierney a un grand impact culturel actuellement et elle est inspirée de la série littéraire à succès Game Changers de l’auteure canadienne Rachel Reid. Au-delà de la fiction, les enjeux et tourments racontés dans cette histoire sont bien ancrés dans la réalité.

Cette série romantique et dramatique en six épisodes raconte l’histoire de Shane Hollander (joué par Hudson Williams) et Ilya Rozanov (Connor Storrie), deux supervedettes de la Ligue de hockey majeur qui entretient plusieurs similarités avec la présente Ligue nationale de hockey. Capitaines de Montréal et Boston respectivement, ils sont liés par l’ambition, la rivalité et une relation intime secrète. Ils sont déchirés entre leur rêve sportif, l’amour et leur réelle identité qu’ils doivent taire durant de nombreuses années dans un domaine ultra-compétitif et où l’hyper-masculinité peut s’avérer toxique.

Bien que le hockey en soi demeure à l’arrière-plan à l’écran, il est un élément central de la trame narrative en mettant en relief un milieu clos et conservateur comme le sport professionnel, source du conflit intérieur des personnages principaux.

La distribution comprend également les Québécois François Arnaud et Sophie Nélisse. François Arnaud était d’ailleurs un invité de RDS lors d’un match du Canadien de Montréal en décembre afin de commenter la fulgurante ascension de la série qui change les perceptions de plusieurs. « On espère que la série puisse mettre ça de l’avant, nous fasse réfléchir à l’hyper-masculinité dans le domaine du sport, ce que ça a de bien et de moins bien. » « J’ai toujours cru quand j’ai lu le script qu’on allait faire quelque chose de bien et d’important, sauf que je n’aurais jamais espéré un tel buzz. Il y a des joueurs de la LNH qui se sont prononcés, qui en ont parlé. J’espère que le monde du hockey va s’intéresser un peu à la série. » S’exprimant plus récemment sur le tapis rouge des Critics’ Choice Awards après la fin de la première saison, Arnaud a cependant critiqué le fait que la LNH puisse tenter de capitaliser sur le succès de la série pour son marketing sans toutefois être une source de changement concret au sein de sa propre ligue. « Il y a une certaine démographie de femmes et de membres de la communauté LGBTQ+ qui s’intéressent à l’histoire et à laquelle on s’attendait. Mais le fait que des joueurs de hockey en parlent, et que la LNH, qui a ses torts, nous utilise pour attirer les spectateurs… J’espère simplement que ça apportera de vrais changements au sein de la ligue, un vrai impact sur la façon qu’elle traite ses propres joueurs, car historiquement, ce n’est pas l’association la plus ouverte. » Certaines équipes du circuit Bettman continuent d’instaurer à leur calendrier des journées thématiques pour la Fierté annuellement. En contrepartie, la LNH a plutôt régressé dans la façon d’afficher son soutien à ces évènements en bannissant les chandails de la Fierté et les rubans arc-en-ciel sur les palettes de bâton de hockey en 2023. Défenseur des Coyotes de l’Arizona à l’époque, Travis Dermott avait défié cette interdiction en apposant tout de même ledit ruban sur son bâton durant un match. Depuis, cette interdiction a été levée après avoir consulté l’Association des joueurs et la Coalition d’inclusion du joueur de la LNH, mais pas celle concernant les chandails thématiques.

Il n’y a jamais eu de joueur ouvertement homosexuel dans la LNH. Un seul détenant un contrat de la LNH, mais n’y ayant pas joué, a fait son coming-out en juillet 2021. Il s’agit du défenseur des Condors de Bakersfield Luke Prokop, qui était sous contrat avec les Predators de Nashville jusqu’en 2024-2025. Prokop évolue présentement dans la Ligue américaine de hockey et est très impliqué dans les mouvements favorisant l’inclusion de tous dans le milieu du hockey.

Brian Burke, ancien dirigeant d’équipe dans la LNH, a quant à lui cofondé You Can Play, un organisme luttant pour l’élimination de l’homophobie dans le sport, après la mort de son fils homosexuel Brendan dans un accident de voiture en 2010.

Un des deux acteurs principaux, Hudson Williams, a par ailleurs révélé que plusieurs athlètes professionnels l’ont contacté de façon anonyme afin de se confier grâce à l’impact qu’a eu la série sur eux.

L’ancien hockeyeur professionnel Brock McGillis a même dévoilé avoir vécu une histoire secrète similaire à celle des personnages principaux dans la série pendant plusieurs années. Il doute cependant qu’elle réussira à encourager des joueurs actifs à faire eux aussi leur coming-out face à la réalité et au manque d’ouverture actuels d’univers sportif, disait-il au magazine People. Et ce, malgré la réception extrêmement positive auprès du public.

Malheureusement, le milieu du hockey demeure extrêmement conservateur et peu de joueurs osent aborder le sujet de l’homosexualité dans le sport. Ceux-ci se conforment généralement à une certaine ligne directrice de la ligue ou de leur équipe respective dans leurs échanges avec les médias sportifs ou les médias sociaux. Un contexte très différent de celui de la LPHF, où plusieurs joueuses affichées ouvertement ont partagé leur histoire.

Le sport évolue, trop lentement. Mais parfois la fiction qui s’arrime à la réalité peut servir de moteur de réflexion, espérons-le à l’extérieur de la patinoire comme dans les vestiaires.

Source de l’article : RDS